‹ Œuvres poétiques (volume 3)Chapitre 66 sur 113 · LABOREMUS · texte numérisé non relu

LABOREMUS

Sur ces pavés, son noir et stérile domaine, Tandis que je m'en vais, silencieux, rêvant, La foule parle haut, se hâte, se démène... Et rien de tout cela ne me semble vivant.

Ce bruit des appétits, de la gaîté grossière, Ces labeurs, ces plaisirs qu'on goiàte avec effort, Toute l'activité qui fait cette poussière, M'inspirent un désir de sommeil et de mort.

Tant de fiévreux passants que je vois à l'ouvrage. Esclaves des besoins ou de l'ambition De vivre et de lutter m'enlèvent le courage : ]e regarde leur vie, et je dis : A quoi bonr

Faut-il que je m'arrache aux douceurs de mon rêve, Que j'use à ces métiers mes intimes ardeurs,

Que j'accepte ma part de ce combat sans trêve, Pour donner un complice <à toutes ces laideurs?

C'est pourtant le beau mois lumineux et tranquille, Tout rayonnant d'espoir, tout de fleurs embaumé... Mais le printemps jamais n'entra dans une ville, Et je vais hors des murs chercher le mois de mai.

A mes pieds, sur mon front, la verdure étincelle; Le bruit des pas s'éteint dans les gazons épais, De rameaux en rameaux l'or fluide ruisselle; Je passe environné de sourire et de paix.

Les enfants m'ont suivi. Jusqu'alors, en silence, Dans la foule ils marchaient, mornes, comme en prison Mais voici la campagne... Un cri joyeux s'élance Et ma troupe d'oiseaux s'envole à l'horizon.

Je me sens, à les voir, des ailes pour les suivre. L'air me porte si bien, les chemins sont si verts! Tout fredonne et fleurit, tout semble heureux de vivre ; Je marche rajeuni dans ce jeune univers.

Aux froments azurés l'épi déjà se montre ; D'un nid, à chaque pas, j'entends l'heureux babil ; Du berger souriant qui vient à ma rencontre. Le troupeau s'est doublé depuis le mois d'avril.

Pour mes gais compagnons tout est joie et surprise ; Leursyeux, qui vont fouillant de l'arbuste au sillon, Ont vu rougir, là-bas, la première cerise Et jaunir l'aile d'or du premier papillon.

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