A MON AMI LOUIS JANMOT
Mézence, un prince étrusque, un tyran des vieux âges, Au dire des savants, faisait des mariages. 11 fut l'inspirateur, cet aïeul de Tarquin, j
De l'auvergnat Carrier, un bon républicain
lE SUPPLICE DE MEZENCn. 24.^
Qui ficelait tout nus des prêtres sur des nonnes Et noyait par milliers ces coupables personnes.
C'était trop vite fait, on mourait d'un seul coup ;
I! n'avait pas le temps de s'amuser beaucoup
Et de bien savourer ces voluptés intimes
Qu'on goîite à voir se tordre et hurler ses victimes.
Mais le peuple français, d-élivré de ses rois,
Était alors pressé de constater ses droits :
Il tuait, il tuait. Le nombre des supplices
Plus que leur lente horreur charmait ses yeux novices.
Mézence comprenait autrement le plaisir,
Etant aristocrate il avait du loisir.
D'ailleurs, sa ville était petite, et le pauvre homme
De la chair à torture il était économe.
Quand il voulait jouir selon son idéal.
Il faisait prendre un mort, de n'importe quel mal,
Puis un ennemi jeune et de structure forte ;
Membre à membre on liait la chair vive à la morte ;
Et de cette agonie, artiste curieux,
Longuement, il pouvait en repaître ses yeux.
La vengeance était lente, elle avait tous les charnres; Elle était neuve, atroce, il n'y fallait point d'armes; On la goiîtait sans peine et partant sans remords, Car la mort suffisait à produire la mort.
« Ah ! monsieur, cachez-nous ce tableau qui me navre...! » Le froid, la faim, l'odeur, le toucher d'un cadavre, Le pus noir qui jaillit de cet embrassement, Ce n'était, songez-y, que le commencement.
Bientôt brisé, cédant à ce mort qui l'enserre, Mordu des mêmes vers, rongé du même ulcère, Mais sans perdre ses sens, hélas! et sa raison. Le vivant bleuissait injecté de poison.
Et tous deux, lentement, ils pourrissaient ensemble.
Un homme a fait cela, dites que vous en semble ! — Nous en verrons peut-être autant après-demain, — N'êtes-vous pas très fier de notre genre humain?
Or un pouvoir — quel est le nom dont il se nomme? Un sinistre pouvoir fait encor pis que l'homme. Déguisant avec art son rire ou sa fureur. Il sait d'un tel supplice éterniser l'horreur; Il est très curieux d'accouplements infâmes. Et cette mort vivante il l'inflige à des âmes. Il en prend deux qu'il garde et qu'il fit tout exprès Pour souffrir, calculant tous leurs ressorts secrets: L'une est douce, est joyeuse, enthousiaste, ailée, Vers les mondes meilleurs déjà presque envolée, N'aimant rien que l'amour et les choses du cœur, Inhabile au sarcasme, au rire âpre et moqueur, Ignorant les faux biens et les calculs sordides. Ayant la beauté seule et sa fierté pour guides. L'autre est sombre, orageuse, incapable de paix, Roulant à flots l'envie et les courroux épais, Sourdeet n'admirant rien, ne sachant cequ'elleaime,