‹ Œuvres poétiques (volume 3)Chapitre 83 sur 113 · GUILLAUME TELL · texte numérisé non relu

GUILLAUME TELL

Dont j'entends la trompe sonore.

Es-tu donc las d'être immortel Dans ta douce et libre Helvétie?

Quoi! mon brave Guillaume Tell, Gessler, choyé dans ton hôtel, A ses noirs projets t'associe!

Il n'a pris cet air engageant Que pour te remettre à la chaîne, Dans sa lourde astuce germaine Contre la France il se déchaîne, Au bon Dieu lui-même il s'en prend.

Tell ! fais-toi donner notre argent Sans épouser sa sotte haine.

Hélas! il t'a déià monté

Contre la foi de tes ancêtres :

Dieu, voilà le pire des maîtres !

La véritable liberté,

C'est de persécuter les prêtres ;

Et le soir, à l'ombre des hêtres,

Au nom de la fraternité,

On en mange aux goiàters champêtres.

Te voilà dans le vrai chemin,

Guillaume, et dans le goût moderne !

Tout bon peuple aime qu'on le berne ;

Prête à Gessler ta forte main,

Et le tour sera fait demain.

C'est le vieux reître qui gouverne,

Il a muselé l'ours de Berne;

Le bonnet rance du Germain Est arboré... qu'on se prosterne!

Les mœurs, les lois, Dieu, les aïeux, Tout cela, vraiment, c'est trop vieux, Et c'est fait pour qu'on le renie.

Allons, Tell ! un coup de ginie :

Place au César de Germanie!

Gessler régnera dans ces lieux Sur les prés, les chalets joyeux, Les lacs et les monts sourcilleux, Les grands aigles et les grands bœufs.

Et sur les filles aux yeux bleus.

Et pour prix de ta félonie, La vieille Suisse étant finie, Tu verras tes petits-neveux Sous-préfets en Poméranie !

A l'auteur

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