III
TRIUUNS ET COURTISANS.
SIDRACH.
Moi, communiste.,. Au fond l'on garde ce qu'on pense; Dans la forme, évitons l'exil et la potence; Et tâchons, quels que soient les vainqueurs, les vaincus, De sauver, d'augmenter, s'il se peut, nos écus.
ZA PATA
Affreux juif!
SIDRACH.
Cher ami ! calculons notre affaire.
Z APATA.
Je crains que mon calcul du vôtre ne diffère,
SIDRACH,
C'est vrai, vous empruntez, je prête. Mais je veux Votre succès à vous; c'est le bien de tous deux. Si vous êtes pendu, proscrit, pauvre et malade, Si de ce mauvais trou vous restez l'humble alcade, C'est trois cent mille écus que j'y perds, sûrement ; Donc, je dois travailler à votre avancement. Dans l'ère où nous entrons j'ai mis des espérances; Je la crois très propice aux hommes de finances. Puis, je vous l'avoiirai, — car je suis bon enfant, — J'avais pris les billets du héros triomphant. Je risquais cent contre un, et d'assez rondes sommes; Mais tous mes débiteurs deviennent de grands hommes. A votre tour, ami, montez sur le pavoi !
LALCADE DE TAMPICO. 29I
Laissons ces rêves d'or, tout est fini pour moi; Je me tiens pour content de sauver ma personne.
SI D RACH.
Elle vaut peu, vraiment, les soins qu'elle vous donne ! C'est donc comme cela qu'on sait se retourner ? Vous! un homme d'esprit... mais c'est à le berner!
Comprenez donc, mon cher, j'ai des notes sinistres: J'abats depuis quinze ans des rois et des ministres, J'étais né radical, j'ai crié, j'ai mordu... Sur mes antécédents je dois être pendu.
SIDRACH.
Il en est à ce point que je lui vais apprendre Le prix d'un tel passé quand on sait bien le vendre; Mais je donnerais, moi, quatre cent mille francs Pour avoir autrefois dévoré des tyrans.
Plus on revient de loin, et mieux on vous accueille. Je vais être baron... j'aurais un portefeuille, Je serais prince et duc, quatre fois enrichi, Je serais grand vizir et grand mamamouchi!
ZAPATA
Tout cela ne m'est rien ! survivant d'un autre âge. Au moins sauvons l'honneur, je veux finir en sage
SIDRACH.
Digne d'un grand journal ! Mais, sans vous offenser.
Mon cher, c'était par là qu'il fallait commencer. Pour devenir Brutus il faut s'y prendre jeune; Il faut s'y préparer lonRuement par le jeûne. Quand on veut cultiver des sentiments si beaux, On vit de brouet noir, on porte des sabots; On plante des navets dans son petit domaine; On courtise Toinon et non pas Célimène; On ne se meuble pas comme dans un palais.,. Et l'on n'emprunte pas, pour des chevaux anglais, Ces trois cent mille écus dont j'ai l'acte authentique
Z APATA.
Qu'a cela de commun avec la politique?