‹ Œuvres poétiques (volume 4)Chapitre 111 sur 138 · UN AVOCAT · texte numérisé non relu

UN AVOCAT

On est à vos genoux !

Vous avez mal compris nos votes unanimes; La langue est pauvre en mots pour les clioses sublimes. On dit un million, quarante... assurément C'est pour dire beaucoup, sans nombre, infiniment, Tant que vous en voudrez... c'est le sens véritable.

Z AP AT A

Soil ! je m'étais trompé. Mais la stupeur m'accable !

Les partis vont saisir tous ces soupçons en l'air.

Qu'on tâche de parler et de voter plus clair

Et plus rapidement ! Messieurs, le temps nous presse.

Suivons l'ordre du jour, rédigeons une adresse,

Chacun peut librement discuter les projets.

Voici le mien : « Seigneur, vos très humbles sujets... »

CARDENIO, l'iinerrompaut.

Pardon! car jusqu'au bout je ne puis pas me taire; Voici le mien ; j'y vais tout droit sans commentaire.

Lisant.

« Prince, vous pouvez tout ; la force est dans vos mains. Je n'examine plus par quels ou quels chemins A surgi votre étoile, ou hasard, ou génie... Vous voilà tout-puissant, aveugle qui le nie.

Rien du passé, plus rien, hors vous et votre nom, Rien ne subsiste encor que le droit du canon. Jamais fils de cent rois, plus libre de tout faire N'a pu mieux à son gré pétrir un hémisphère, Et tenir en suspens, arbitre du destin, La perte ou le salut sur le monde incertain. Le soldat vous rugit, le prêtre vous acclame. De qui résiste au fer l'or a fait plier l'âme, Et l'on nous dit, à nous, qui saurions tout braver : i( Son pouvoir vient de Dieu. » Tâchez de le prouver ! Dieu règne, il a voulu régner sans violence, Il n'a pesé sur nous que par la conscience; 11 n'attend rien de nous, ni le bien ni le mal. Que librement donné par ce fier tribunal; Il veut que, pour sa perte ou son bonheur suprême, Chacun soit ici-bas l'artiste de lui-même. Ainsi des nations! Qui donc parie aujourd'hui De faire un pays libre en se passant de lui? La liberté, pareille à la vertu du sage, S'acquiert par la conquête et grandit par l'usage; Et l'on ne monte pas sans s'efforcer en rien. Par le métier d'esclave au rang de citoyen. Un roi n'y peut aider que par le bon exemple : Il marche le premier, on suit, on le contemple: Montrant justice et force aux cœurs irrésolus; Qu'il respecte le droit, il ne peut rien de plus. Oui, prince, et désormais je te donne ce titre. Le droit, le droit chancelle, on t'a pris pour arbitre; Ce peuple hésite encore, il suffit d'une main Qui le pousse vers Dieu par le seul vrai chemin. Nos destins devant toi se pèsent en silence. Mets des vertus et non du fer dans la balance.

l'alcade de tampico. 305

Tu n'es fort, et ton règne, enfin, ne s'accomplit, Que pour prêter ta force à tout ce qui faiblit. Regarde! est-ce le mal ou le bien qui succombe? Vois ces vieilles vertus, on leur creuse une tombe; Vois où s'en vont l'honneur, !a fierté, le serment; Tout se dore, aujourd'hui, tout se farde et tout ment. Vois tous ces insensés, épris de ce qui brille. Vendre à ce luxe impur le pain de leur famille. Vois le sol, qu'on arrache à nos champs désertés Devenir une fange au milieu des cités.

Vois ce peuple, orgueilleux d'un facile courage, Si prompt à se ruer dans un lâche esclavage. Chacun, impatient de la vertu d'autrui.

Est heureux d'abaisser les autres jusqu'à lui, Ne veut que des égaux, fussent-ils des esclaves, Et les sayons jaloux rognent les laticlaves. Petit ou grand, chacun fuit son libre manoir, Le sillon de l'aïeul qui ne rend qu'un pain noir; Sous un gant jaune il tend sa main déshonorée. Tout friand d'un gâteau mangé sous la livrée. Oui, ce peuple avili, qui se dit souverain, A besoin d'un héros modelé dans l'airain; Il a besoin d'avoir, et j'approuve qu'il l'aime. Un homme qui soit roi, qui règne sur lui-même, Qui refuse le joug, qui se courbe au devoir, Un héros libre, enfin, plus grand que son pouvoir. Donne-leur donc l'exemple et remplis notre attente : Il suffit d'écarter le démon qui les tente. De n'accepter pour toi ni l'or ni les flatteurs; Car nul n'est corrompu s'il n'est des corrupteurs. Tu ne peux suppléer en nous la force absente ; Fais qu'on ne sente pas ta main toute-puissante,

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