‹ Œuvres poétiques (volume 4)Chapitre 19 sur 138 · LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA GUERRE

Lorsque VOS fils armés pour les droits de leurs villes

Teindront de leur sang généreux Les sentiers de l'Argonne ou ceux desThermopyles,

Mères! ne pleurez pas sur eux.

Au dernier qui vous reste attachez, pour qu'il parte,

Ses éperons de chevalier, Et dans un fier adieu dites-lui comire à Sparte :

« Avec ou sur ton bouclier! »

Que l'aïeul affaissé sous la cotte de mailles,

L'aïeul aveugle aux pas pesants, Marche et frappe à tâtons, dans ces saintes batailles,

Conduit par l'enfant de dix ans!

Alors n'éveillez pas la pitié qui s'est tue,

Muses, mais volez aux remparts Quand la patrie en deuil a crié : « Meurs ou tue ! »

Chantez la hache et le poignard.

Mais si l'avide orgueif arme le bras des princes.

Quand deux rois s'en vont, sans remords, Jouer au jeu cruel d'extorquer des provinces

Au prix d'un million de morts ; Quand, pour se blasouner du nom d'une victoire,

Les pâles chefs des légions, D'égorger avec art briguant l'atroce gloire,

S'élancent sur les nations, Muses, de ces forfaits ne soyez pas complices!

Les martyrs, voilà vos héros!

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