DEDICACE. S
Dans le sein de ce Dieu que je crains, que j'espère, Lorsque j'aurai rejoint et ma mère et mon père; Qu'en ce monde, ait je fus un si frêle soutien. Pour mes chers délaissés je ne pourrai plus rien... Je veux de mes soucis transmettre l'héritage A cet ami vaillant qui déjà les partage. C'est vous, alors, c'est vous, qui serei, à vous seul, Qui sere'i pour les miens et le père et l'aïeul; C'est vous qu'ici je lègue à mes fils, à mes filles. Pour leur montrer la routeoii marchaient nos familles, Et parfaire avec eux ce siècle d'amitié Dont nos pères ont vu la plus longue moitié. Celte amitié, déjà, date d'un ancien monde; Elle assista bien jeune à sa chute profonde. Après que leurs autels croulaient de toutes parts, La foi des deux enfants fut celle des vieillards ; Tous les deux, nous offrant d'inflexibles modèles, A tout ce qui tombait sont demeurés fidèles. Nous, tristes héritiers de leurs pressentiments, Nous n'assistons encor qu'à des écroulements. Dans ce ciel indécis voye\-vous, sur nos têtes. Poindre cet âge d'or des modernes prophètes ? Dans lesfaits, dans les cœurs je cherche à l'horizon Par quel côté grandit notre humaine raison; Je vois autour de nous, pendant qu'on prophétise, Pulluler la bassesse et croître la bêtise. L'infâme hypocrisie, et sous des noms divers, La morne servitude aplatir, l'univers.
Vous n'ave\ pas voulu, sous ce ciel qui menace, A ce lâche avenir confier votre race; La chaîne d'or en vous eut son dernier chaînon : Mes enfants n'auront pas d'amis de votre nom.
POÈMES CIVIQ.UE3.
Je les plains, je les plains ! ils vivront dans un âge En amitié plus pauvre et plus pauvre en courage. Mais pour vous, pour ce nom, pour votre vieille foi, Je vous en applaudis! vous files mieux que inoi. Emportant avec vous votre race et vos armes, Vous pourrez au tombeau vous coucher sans alarmes. Heureux de voir en vous finir votre maison, De rendre à vos aïeux un intègre blason. D'épargner à leur nom fier de Malte et de Rliode L'affront d'être porté sous un futur Commode. Moi, de ce nom fidèle aux dieux que je défends. Je veux orner ce livre écrit pour mes enfants. Ce nom leur donnera des conseils de noblesse. Quand vos mains cesseront d'étayer leur faiblesse, Quand vous m'aure^ rejoint, quand plus rien de nous deux, Hors mes vers, et ce nom ne veillera près d'eux. Laissons-leur à chacun, contre la foule impure, Ce double souvenir comme tine double armure; Et pour ceindre les fiancs d'un athlète affermi, Tressons l'honneur du père à l'honneur de l'ami.