‹ Œuvres poétiques (volume 4)Chapitre 22 sur 138 · ESTO VIR · texte numérisé non relu

ESTO VIR

Mais, le Jour d'engager cette lutte suprême, Crains de laisser un traître au dedans de toi-même : Il faut avoir dompté son ennemi secret Et les rébellions du servile intérêt.

Aux coups des voluptés, lutteur inaccessible, Il faut s'être vaincu pour se rendre invincible. Règne en maître absolu sur tes désirs; alors Tu peux livrer bataille aux tyrans du dehors; Déjà vainqueur avant que la trompette sonne, Maître de toi, tu n'es l'esclave de personne. Combats! tu peux braver de mobiles revers; Qui se possède à fond possède l'univers. Pourquoi ce chef, ce bras vengeur de nos déroutes ? Ne serait-ce pas toi, jeune homme qui m'écoutes? Tu donnerais ton sang pour ce peuple abattu; Plus généreux encor, donne-lui ta vertu ! Levons-nous ! délivrons nos cœurs et nos pensées Des hydres du logis fièrement terrassées; Puis nous jetterons tous, siirs d'un terrible écho. Le cri qui fait tomber les murs de Jéricho, Ce mot de liberté, lançant d^s foudres vives, Qui de nos Balthasars dévorent les convives; Qui réveille les morts au fond des monuments, Et rend la chair et l'àme à de vains ossements.

Debout ! et que chacun sans pitié, sans relâche. Promène dans son cœur la torche avec la hache. Frappons les vils penchants tout prêts à nous trahir; Ces révoltés qu'on aime, apprends à les haïr. Dans leur secret asile, enfin, porte la flamme Et redeviens ton maître en épurant ton âme.

POEMES CIVHJ UES.

Marcher son droit chemin et sans courber le front, Va! c'est faire à ce temps le plus cruel affront; C'est la suprême injure à qui se déshonore; On voudrait la punir, il faut qu'on la dévore. Oui, la vertu, c'est l'art, le complot tout formé, Le trait qui trouvera l'ennemi désarmé.

Et qui, mieux que la force et mieux que le génie, Doit, dans ses fondements, saper la tyrannie.

Essayons ce combat, le combat du Seigneur ! Grave sur ton écu : « Vaincre à force d'honneur ! » Resté seul, lutte encor. Va ! quel que soit leur nombre, Toute vertu les blesse et les détruit dans l'ombre. Le coup qu'elle a porté, souvent à son insu, N'en est pas moins mortel pour être inaperçu. Il sufBt d'être là, sans peur et sans reproche, Immobile en son droit, ferme comme la roche. Et de laisser passer, du haut de ses dédains, Le flux et le reflux de ces pâles gredins. Le torrent qui s'écoule en roulant cette vase De notre vieux granit n'usera point la base. Un cœur de bonne trempe en défie un millier. Cent goujats se brisaient contre un seul chevalier. Quand Dieu juge un pays dans ses desseins augustes. Le nombre n'y fait rien, il suffit de dix justes. Si l'on a bien lutté, si l'on a bien vécu, Sans péril pour sa cause on peut être vaincu. A ce divin combat qui rend Sparte immortelle, De ses fiers citoyens quel nombre envoya-t-elle? Combien de lionceaux avec son roi lion .'' Trois cents contre Xerxès et contre un million ; Trois cents ! et pour mourir.., Dites, ô Thermopyles !

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