‹ Œuvres poétiques (volume 4)Chapitre 28 sur 138 · III · texte numérisé non relu

III

POEMES CIVl <i^V E i

Rompre aussi le faisceau des haines Et foncier la paix, ô rêveur?

Crois-tu que ta voix fera taire, Mieux que le clairon miliiaire, Les clameurs des ambitions, Et qu'une plume de ton aile Renversera l'hydre éternelle Qui surgit de nos passions ?

Non ! le soldat fier de lui-même Gardera sou fer sans remords; Sa main n'est pas la main qui sème Les cruels ferments de la mort.

Quand l'éclair des armes de guerre, Eteint dans ta forge vulgaire, N'offusquera plus tes regards, Crains de voir s'allumer sans nombre Et luire, à chaque pas, dans l'ombre, L'affreuse lueur des poignards.

Malheur au peuple de faux sages Qui déposera le premier Le glaive sacré des vieux âges Et l'orgueil du noble cimier!

En vain sur la terre il déploie Ses beaux tissus d'or et de soie; 11 roule sur des chars de feu; Le monde entier court à ses fêtes.

Et l'on demande à ses prophètes Ce qu'ils daignent penser de Dieu.

Tous ces trésors dont lu te pares,

HYMNEALEPEE. 123

O toi qui ne sais plus mourir!

Ils appartiennent aux barbares S'ils veulent bien les conquérir.

Vantez-moi tous vos arts serviles!

J'entends, aux portes de vos villes, Des pieds lourds chaussés d'éperons; Et les esclaves des Vandales Viennent essuyer leurs sandales, O rêveurs, sur vos nobles fronts.

La science est là qui nous raille,

Sans voir à deux pas le tombeau,

Lorsqu'avec un fer de bataille

Tu forges quelque outil nouveau.

Va! sous sa forme pacifique,

L'acier que ta mollesse abdique

Devient plus homicide encor ;

Poussé par ta sombre avarice,

11 sacrifie à chaque vice,

Et nous frappe aux pieds du veau d'or.

Mais restons ceints du glaive, ô frères !

L'étranger fiit-il endormi...

Troublé par mille instincts contraires.

Chacun porte en soi l'ennemi.

Toujours quelque horde sauvage

Rôde en nos cœurs et les ravage,

Les incline au joug de l'enfer;

Trop souvent nous sentons notre âme

Se prendre à quelque nœud infâme

Qu'il faut trancher avec le fer.

Donc, ô vous, restez ceints du glaive.

Fiers amants de la liberté!

La vie est un combat sans trêve

Pour le droit toujours insulté.

Restez armes en sentinelles,

Amis des gloires éternelles,

Luttez pour les cœurs défaillants ;

Veillez dans votre armure austère;

Dans le ciel comme sur la terre

La paix n'appartient qu'aux vaillants.

Gloire à l'épée ! il faut encore,

O ma France, en charger ta main!

L'éclat du fer qui te décore

Est le soleil du genre humain.

Tout va crouler si tu chancelles;

Ta parole a des étincelles

Sans qui tout n'est qu'obscurité;

Et, quand tu gardes le silence.

Un rayon du bout de ta lance

Eclaire encor la vérité.

D'autres sur le luth d'Ionie

Peindront mieux les molles douleurs,

Diront avec plus d'harmonie

L'accord des sons et des couleurs.

Mais toi, France, ouvrant ta poitrine,

Verse ton sang et ta doctrine,

Par qui tout l'univers se meut.

Ta croisade n'est pas fermée ;

Sois toujours la parole armée,

Et frappe en criant : Dieu le veut!

lA CHANSON d'hARMODIUS. 12$

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