AUX SOLDATS. I
De sauvages impurs la France est inondée ; Peuple chrétien, debout!
C'est notre Dieu sanglant qui vous appelle aux armes,
Qui vous commande ici.
Saint Louis, Jeanne d'Arc, les yeux baignés de larmes.
Vous adjurent aussi.
Il s'agit de leur France et de son âme entière;
Car le Teuton vainqueur Veut moins, dans son orgueil, rogner noire frontière
Qu'égorger notre honneur!
Il rêve d'effacer la France de l'histoire,
Par le fer, par le feu, Et de faire servir son infâme victoire
A nier notre Dieu.
Il rêve de fonder un droit contraire au nôtre,
D'affirmer hautement Que le peuple français n'est plus le peuple apôtre,
Que la liberté ment.
Aux armes, fiers Bretons, fils de libres ancêtres,
Qui, Seuls dans l'univers, N'avez jamais fléchi sous Rome et sous des maîtres.
Jamais porté de fers!
Aux armes, Vendéens, dont la race héroïque
De paysans-soldats.
Quand l'Europe tremblait devant la République,
Seule ne tremblait pas!
Bretons et Vendéens, famille encor meurtrie
De nos injustes coups, Vengez-vous, ô martyrs, en sauvant la patrie :
Les Bleus comptent sur vous.
Invoquant tousses fils, la France exténuée
Les voit tous accourir; Que du même étendard elle soit saluée
Par ceux qui vont mourir.
Vendéens et Bretons, la France vous contemple;
Montrez- nous le chemin!
Notre scandale hier, aujourd'hui notre exemple,
Paris vous tend la main.
Paris! c'est avec vous la suprême espérance;
Il va reconquérir Le droit de se nommer la tête de la France :
Ses fils savent mourir.
Notre Athène a, d'un coup, monté plus haut que Sparte
Et lavé son affront ; Elle a poussé du pied l'infâme Bonaparte :
Les dieux lui reviendront.
Républicains, chouans, nous n'avons plus qu'une âme :
Arrière les Césars !
Trochu, l'ardent Breton que tout Paris acclame.
Veille sur nos remparts.
C'est à vous, paysans, d'achever l'œuvre sainte; Debout les vieux Gaulois!