A LA FRANCE
Toi, peuple, à tes vaincus tends la main sans colère ; Sois grand par la pitié comme lui par l'orgueil.
Qu'il entasse ton or dans ses fourgons avares, Qu'il enfonce en ta chair ses ongles de vautour : La terre est aux plus doux et non aux plus barbares ; Tu la posséderas, France, à force d'amour!
En vain tu vois périr tes villes embrasées, Et tes plus nobles fils égorgés dans tes bras; Quand tu t'affaisserais sur tes armes brisées, N'abdique pas l'espoir!... tu te relèveras...
Des malheurs surmontés tu sortiras plus forte. Libre des corrupteurs et d'un chef criminel. Pauvre, mais fière et pure... O ma France! qu'importe La fortune d'un jour! ton cœur est éternel.
Tu répandras encor sa chaleur qui déborde.
Aux droits des opprimés fidèle sans retour;
Toi seule tu sais vaincre avec miséricorde :
Tes vainqueurs de hasard l'apprendront quelque jour.
Tu verseras encor sur tous ces peuples sombres Tes sereines clartés et ta vive raison; Par toi l'idée en feu s'échappera des ombres Où ces pesants rêveurs la tiennent en prison.
Sans ton lucide esprit et sans ton doux génie, Confus et divisés par des murs ténébreux, Les peuples incertains et privés d'harmonie Comme autour de Babel s'ignoreraient entre eux.
l66 POÈMES CIVm U ES.
Au fraternel concert c'est toi qui les engage ; Le jour se fait pour eux quand ta parole a lui. Ils se comprennent tous en ton heureux langage, Clair comme le soleil et fOcond comme lui.
Tu ne tariras pas, ô source de lumière! •
Tes flots soulèveraient la pierre du tombeau. Jamais de ta splendeur, de ta liberté fière,' Ces barbares obscurs n'éteindront le flambeau.
Tu vaincras! Dieu te garde une ère magnifique; Mon indomptable foi me l'a su découvrir. L'amour à ton enfant donne un cœur prophétique... Va, je le sentirais, si tu devais mourir!
Je ne suis qu'un poète inhabile aux batailles. Mais ton nom prononcé m'enivre et me rend fort ; Ta grands âme palpite au fond de mes entrailles; J'ai vécu de ta gloire et mourrai de ta mort.
Je vois ton pied, posé sur la bête cruelle, Ecraser d'un seul coup tant de rois scélérats... J'en jure par le Dieu qui t'a faite immortelle, Ne désespère point, ma mère, tu vaincras!
Décembre 1870.
BONS ALLEMANDS. If)/