A LA FRANCE
Lève ton front sanglant et montre ta blessure, MiJre! nous sommes prêts pour de nouveaux combats. Lance un dernier appel avec une foi siare, A ton Dieu dans le ciel, à ton peuple ici-bas.
Sois fière des enfants issus de tes entrailles; Tous ont ta flamme au cœur et feront leur devoir. Dussions-nous perdre encor mille et mille batailles, Tu peux garder, ô France, un invincible espoir.
Frappe d'un pied certain cette terre héroïque, Des soldats en sont nés! vois-les tous accourir, Sous les chênes bretons, sous les palmiers d'Afrique, Tous ayant fait serment de vaincre ou de mourir.
Tous égaux par l'honneur, ouvrier, gentilhomme. Matelot, laboureur soulevé des sillons... Et, devant eux, le prêtre, armé du Dieu fait homme, A la mort des martyrs conduit leurs bataillons.
Les mères et les sœurs, pâles, mais sans murmures, Serrant le havre-sac travaillé de leurs doigts,
ALAFKANCE. l6j
Bouclent aux flancs des fils les rustiques armures, Et revêtent leurs fronts du signe de la croix.
Les vieux pères courbés qui maudissent leur âge, Donnant leur dernier souffle aux efforts belliqueux. Vont porter les brancards sur le champ du carnage, Pour ramasser leurs fils ou tomber avec eux.
Le deuil vaillant, assis au foyer de famille, Unit le saint travail à ses saintes douleurs; Pour les chers combattants l'infatigable aiguille Court avec la prière et se mouille de pleurs.
Ainsi d'humble courage et de vertu secrète Un muet sacrifice est offert en tout lieu... Femmes, ne pleurez pas! la palme est toute prête : Ces hommes sont martyrs, s'il est un juste Dieu.
Croyons à la vertu du noble sang qui coule, Au pouvoir de ces vœux poussés avec ardeur : Ces victimes de choix qui se donnent en foule Ainsi que ton salut assurent ta grandeur.
Tu resteras la France et la tête du monde, Le vrai peuple choisi pour montrer le chemin. Le peuple fraternel en qui l'amour abonde. Ouvrant à tous son cœur et sa loyale main.
Car ton génie à toi, c'est l'humanité même, L'âme du Dieu martyr saignant sur ton autel ; Accepte avec orgueil cette lutte suprême, Peuple, sois patient!... je te sais immortel.
P o i; M E s C I V I Ci,U E ■
Tourne-toi vers le Christ trop oublié naguùrc, Ce Dieu d;s chevaliers et non des conquérants, Qui t'employa, mille ans, à ses gestes de guerre... Pour son œuvre de paix il a besoin des Francs.
Si tu cessais un jour de marcher la première, Si tu manquais au Dieu qui t'aime et te conduit. Si les ombres du Nord étouffaient ta lumière, C'est que le genre humain rentrerait dans la nuit.
Poursuis donc ce combat sans haine, mais sans crainte : Puisqu'il est à l'amour, l'avenir est à toi. •
Seule, sans alliés, poursuis ta guerre sainte; Car nul ne t'aidera, pas mieux peuple que roi.
Qu'ils gardent tous leur sang, et que Dieu seul t'assiste! Qu'ils rêvent ta dépouille et te raillent entre eux : Nui sang n'est assez pur dans l'Europe égoïste Pour couler près du tien sur ton sol généreux.
Tu le donnais à flots pour le salut des autres, Ce sang qui fait partout germer la liberté; Mais il en reste encore à tes soldats-apôtres Pour toi, pour l'idéal et pour l'humanité.
Combats loyalement ces armes déloyales,
Ces sauvages pillards au cœur sordide et froid.
Et montre aux nations, tes jalouses rivales,
Où sont les vrais soutiens de l'honneur et du droit.
Tandis qu'il va, ce roi, ce lâche incendiaire. Écraser les berceaux et les femmes en deuil,