A GRETCHEN, I
Jamais grisettes de Paris N'ont écrit en Saxe, en Tliuringe, Pour prier amants ou maris De vous dérober votre linge.
Car nous avons aussi — pardon Au graff, au margraff, vos ancêtres — Dormi chez vous sous l'édredon Et parlé, quelquefois, en maîtres.
Nous avons doucement passé Dans vos manoirs quelques années, Et, dit-on, nous avons laissé Vos jupes un peu chiffonnées.
Du moins nous ne les volions pas.
Et vous n'avez pas porté plainte.
Vous avez reçu sans contrainte Les honneurs dus à vos appas.
Ceci, généreuse Allemande, Soit dit sans vous donner du noir :
Ce n'est pas qu'on vous redemande Fichu, camisole, peignoir !
Gardez à jamais, nobles dames, Nos rubans, nos chapeaux fanés; Si nous les rapportions, nos femmes Nous les jetteraient par le nez.
Et, d'ailleurs, une paix loyale Éteint tous nos ressentiments...
Continuez, bons Allemands, A salir notre linge sale.
Février 1872.