AUX H EL L E \ E
Vous seuls sous nos drapeaux méritez une place, Enfants de Thémistocle et de Léonidas.
Passez calmes et fiers, et brillez dans nos villes Comme un rayon de gloire à travers nos malheurs, Et tombez avec nous, héros des Thermopyles, Tels que vos grands aïeux et couronnés de fleurs.
Peuple orné par le ciel de ses dons les plus rares, Peuple chez qui la Muse eut son premier autel, Enseignez-nous, ô Grecs, à chasser les barbares; Montrez-nous comme on meurt pour renaître immortel,
Guerriers que mon enfance admirait avec larmes. Salut, ô Nikitas, Canaris, Botzaris !
Je reconnais vos fils et je baise vos armes... Athènes les devait à sa fille Paris.
Venez de tous ces lieux d'oii nous vint la lumière. Où le jour s'est levé pour tout le genre humain ; Et des Huns ténébreux sauvez, peuple d'Homère, Le flambeau du progrès remis à notre main.
Dussiez-vous y périr, votre gloire est certaine; Chacun de vos exploits au loin sera conté. Lorsqu'on dira vos noms dans Sparte et dans Athène, La France répondra : « Morts pour la liberté! »
Deux nations, deux soeurs par les hautes pensées, Mères de la pitié, mères des douces lois, Préparent à vos morts des couronnes tressées Du laurier de l'Attique et du chêne gaulois.
Et vous, soyez témoins, vous leurs divins ancêtres ; Du haut du Partii(inon regardez jusqu'à nous, Vous que l'esprit humain aura toujours pour maîtres, £t saluez vos fils !... Ils sont dignes de vous.
Ils tiennent de vous seuls ces généreuses flammes, Poètes souverains, guerriers, sculpteurs, penseurs; Vous avez fait leurs corps aussi beaux que leurs âmes Et vous nous les donnez, maîtres, pour défenseurs.
O Grecs ! mon humble voix par les pleurs étouffée Vous dit trop mal nos cœurs, nos vœux reconnaissant s Alouette gauloise, aux cygnes de l'Alphée J'adresse de trop bas mes saluts impuissants.
Mais là-haut, dans l'éther, loin du globe éphémère Que souillent ces tyrans promis aux coups des dieux, Dans les champs éternels peints par le grand Homère, Je vois se rencontrer deux groupes radieux :
Ils sont là tous, Bayard, Turenne, Ulysse, Achille, Platon et Phidias, et Lamartine aussi!
Et, devant eux, Corneille a pris la main d'Eschyle, Le salue et l'embrasse en lui disant : Merci!
Janvier 187 1.