‹ Œuvres poétiques (volume 4)Chapitre 55 sur 138 · III. 2J · texte numérisé non relu

III. 2J

Tu semblés, comme nous, porter un deuil immense Et souffrir une part de notre immense affront. Noble terre ! en ces jours de honte et de démence, L'opprobre de tes fils éclate sur ton front.

Ils n'ont pas défendu ton chaste sein, ô mère! Nos cités ont subi les Germains triomphants!... Voici de tes douleurs, voici la plus amére : Il te faut mépriser tes débiles enfants.

Ah ! tu n'as plus pour moi de regard, de langage! Aux lieux les plus chéris je t'interroge en vain : Un silence de mort glace le paysage :

La lyre et les pinceaux s'échappent de ma main.

Que peindre et que chanter le soir de la défaite, A travers les débris de l'honneur écroulé ? Comment cueillir des fleurs et conduire une fête Sur un sol que les pieds du barbare ont foulé?

Taisez-vous à jamais, lyres, chansons, beaux rêves, Brises, joyeux oiseaux bercés au bord du nid. Murmures des forêts, voix des flots sur les grèves. Tout ce qui nous parlait d'amour et d'infini !

Un voile noir s'étend sur les sites que j'aime, La nuit se fait sur eux comme au fond de mon cœur. Je n'ai plus entendu la nature et Dieu même Dans nos bois insultés par les cris du vainqueur.

C'en est fait du bonheur de rêver et de vivre; C'en est fait de l'orgueil, du renom des aïeux !

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