‹ Œuvres poétiques (volume 4)Chapitre 60 sur 138 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

DON LOPEZ, seul.

Comme elle a doublement souci de mon honneur!

Femme des anciens jours! et que j'ai de bonheur!

Que d'hommes, devenus des renégats infâmes,

Quej'ai connus si purs! Tous tombés par leurs femmes.

Voyez ce pauvre duc, l'ami, le familier

Du dernier prince, — un peu son mauvais conseillei , —

Un grand nom, pas d'enfants, un million de rente,..

Noble et riche à ce point, aller se mettre en vente !

Madame s'ennuyait et voulait, à tout prix,

Le train d'une ambassade avec Londre ou Paris,

Pour s'y mettre à l'affût des nouveautés commodes

Et veiller de plus près sur le journal des modes.

Et l'orateur Sanchez, libéral éprouvé.

Un Brutus! A quel sort il était réservé!

On parlait trop chez lui des bals de Son Altesse;

Il vient de nous trahir... Mais sa femme est comtesse ;

Elle est des petits soirs, elle est des grands galas.

Telle autre, en jupon court, voulait des falbalas;

Il faut alimenter ces flots de mousseline.

La politique un jour conçut la crinoline;

Sachant bien qu'elle entrait, par là, dans nos maisons,

Qu'elle y venJrait ce luxe au prix des trahisons.

Elle a soufflé chez nous ces molles habitudes.

L'ampleur de ce velours couvre des platitudes.

Tel Caton, par madame à César converti,

Pour changer un vieux meuble a changé de parti. Combien sont immolés, par leur douce migère, A ces magots chinois rangés sur l'étagère! On a la tête vide; on remplit ses salons Avec du bric-à-brac. Il nous faut des galons. On veut briller; on fait d'un air de bonhomie Crever d'accès jaloux quelque meilleure amie. Nos moitiés font de nous de tristes citoyens! Le diable connaît seul tous leurs petits moyens, La liberté leur doit de bien mauvais services; Moi, je crains leur mérite, encor plus que leurs vices. La conspiration des petites vertus, C'est par là que toujours les maris sont battus; Et l'on porte, à l'abri du devoir domestique, Les coups les plus mortels à l'honneur politique. Lorsqu'un ange du ciel, sur un tendre oreiller, Invite chaque soir Brutus à sommeiller, Quand d'un ménage heureux l'intérêt sans réplique Vous fait chaque matin une ardente supplique; Quand la dévote en pleurs prêche contre un orgueil Qui réjouit Satan et met la caisse en deuil, Pouvez-vous, dites-moi, rebuter cette sainte, Qui d'ailleurs se soumet sans pousser une plainte, Mais tire, à tout propos un sermon tout entier, Tantôt du pot-au-feu, tantôt du bénitier? L'amour chez nos aïeux, et la foi, couple austère, Etaient plus détachés des trésors de la terre; Et sans prendre conseil de l'intérêt étroit, Les femmes nous poussaient du côté du bon droit. Chez Lucrèce, aujourd'hui, l'amour le plus sincère Veille à nos capitaux, tout comme chez Glycère ; Le vice et la vertu, dans un touchant accord,

UN CONSEIL DE FAMULE. Ip/

Nous tirent doucement du côté du plus fort;

Et, dans ce beau pays de la chevalerie,

Tout sordide félon a sa nymphe Egérie.

Moi, plus heureux, j'obtins ce lot, rare entre tous :

Une femme d'esprit, très simple dans ses goiîts,

Et de qui la fierté, dans un moment suprême.

Me saurait, au besoin, garder contre moi-même.

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