DONA SERAFINA, YNEZ, DON LOFEZ
Mais qu'a donc tout le monde L'oncle Sam discutait avec cet homme noir; Je rencontre mon père; il passait sans me voir; 11 se parlait tout seul de la Grèce et de Rome...
DONA s ERAFI N A.
Oui vous avez pour père, ô ma fille ! un grand homme Vous lisiez au couvent un Plutarque abrégé, Et pour les jeunes miss avec soin corrigé...
UN CONSEIL DE FAMILLE. SIp
Votre père est taillé sur ces patrons antiques.
A don Lopez.
Eh bien, seigneur, où vont nos desseins politiques? Restons-nous, partons-nous, qu'avez-vous résolu? J'exècre pour ma part le pouvoir absolu; Mais, réfléchissons bien! quelque chose me crie : « Un homme de talent se doit à sa patrie. » Ecoutez ce qu'hier m'a dit, très sensément, Un grand homme de plume et de gouvernement : « Vis-à-vis mon pays, je me croirais coupable, Si j'avais une foi par trop inébranlable, Un principe trop fixe, une conviction Qui m'interdît de prendre une position; Et de servir, selon que le vent me l'indique, Ou bien la monarchie, ou bien la république. Lorsqu'un homme a reçu quelque talent du ciel^ Une plume, une épée, une langue de miel. C'est un crime... et de plus une sottise extrême, D'en priver sa patrie et le monde... et soi-même. »
DON LOPEZ
Je le sais. La vertu doit trouver son emploi. Mais Sparte a bien des fils qui valent plus que moi !
DONA SERAFINA
Connais-toi mieux, Lopez !... Et d'ailleurs, dans sa ville, Si modeste qu'on soit, il faut se rendre utile.
DON LOPEZ
J'y songeais.
DONA SERAFINA
Plus on voit, — m'avez-vous dit souvent
Le vaisseau de l'État ballotté par le vent, Et plus les citoyens, redoublant de courage, Doivent, jeunes ou vieux, se porter à l'ouvrage.
DON LOPKZ.
C'est vrai.
DON A SERAFINA
Plus les marins, diligents au travail, Doivent revendiquer l'honneur du gouvernail.
DON lOPEZ.
On le faisait du temps de la grandeur romaine.
DON A SERAFINA
Qu'importent le drapeau, le nom du capitaine,
— Je vous cite toujours, — chacun, dans ce moment,
Sert l'Etat, non pas tel ou tel gouvernement!
DON LOPEZ
Oui, quel que soit le chef, qu'on l'aime ou le déteste, 11 demeure, il s'en va; mais la nation reste.
DONA SERAFINA
Tenez, pour vous parler, en ce moment, je crois Que la patrie en pleurs choisit ma faible voix : « Quoi ! mon fils, vous dit-elle, en ces jours d'agonie, Tu m'abandonnerais, toi, l'homme de génie. Qui peux être à ton gré, publiciste, orateur, financier, général, juge, administrateur!
Que t'importe la main qui signe ton office?
Accepte le fardeau... Fais-moi ce sacrifice :
Sois duc et sois ministre ! au moins sois gouverneur !
DON LOPEZ
Pour sauver mon pays, rien ne me ferait peur! Mais tous ces gens perdus de dettes et de crimes; J'irais m'associer...
DONA SERAFINA
Pour des fins légitimes, Dieu permet les moyens ; tout est pur pour les purs. D'ailleurs, ces mauvais bruits... en sommes-nous bien sûrs? Vous le savez ! toujours la noire calomnie Bave sur le pouvoir comme sur le génie. Les mécontents, Lopez, ont un art odieux De tout dénaturer...
DON tOPEZ.
Mais j'ai vu, de mes yeux!
DONA SERAFINA
Oui, les yeux des partis! il me reste à vous dire Une chose, — on a dû certainement l'écrire : — Plus le gouvernement nous paraît aller mal. Plus tel ou tel nous semble un méchant animal, Plus tel autre se carre en ses fainéantises, Plus on vexe les gens, plus on fait de sottises. Plus le pouvoir, enfin, est aux doigts des manants, Plus vous devez tâcher d'être un des gouvernants. C'est là le seul moyen qu'un peu de bien se fasse. Et vous mettez au moins un honnête homme en place.
Vous écartez ainsi les sots, les parvenus. Puis le pouvoir, ces gens mal jugiis, rnal connus, N'attendent, pour rentrer dans une bonne voie, Qu'un exemple, peut-être, et Dieu le leur envoie. Cet exemple, c'est vous! dites-leur : me voilà! Dieu le veut!
DON lOPEZ.
Que répondre à cet argument-là?
De moi, de mes talents, que mon pays dispose. Mais, ma chère, — entre nous, — m'offre-t-on quelque cho Un homme tel que moi vaut qu'on se presse un peu.» Quant à solliciter... jamais! s'il plaît à Dieu. Plutôt du sombre exil prendre avec moi les routes, Plutôt mourir !..