‹ Œuvres poétiques (volume 4)Chapitre 78 sur 138 · AUTRE CITOYEN · texte numérisé non relu

AUTRE CITOYEN

Rome est sourde aujourd'hui, de qui se faire entendre? Puis, chez un Thraséas, si je l'ai bien compris, Le silence vaut mieux pour marquer le mépris.

PREMIER CITOYEN

Hélas! dans cette Rome et ce sénat qui tremblent. Le silence et la peur beaucoup trop se ressemblent ! Parmi tous ces muets, dans le temple des lois, C'est un devoir sacré que d'élever la voix. De relever, enfin, l'honneur du laticlave Et de montrer un homme à cette foule esclave.

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LE PHILOSOPHE DEMETRinS.

Un sage peut se taire à son dernier nioment, Et l'on parle assez haut quand on meurt fièrement.

RUSTICU3 ARULtNUS.

Quand, des mains de Néron, le trépas vous délivre, Plus d'un lâche est bien mort parla terreur de vivre. Un vil gladiateur sait tomber avec art; Mais nous, tombons, du moins, sans dire : Ave Ccesar! Il nous faut une mort de quelque honneur suivie, Qui montre aux citoyens à disputer leur vie, Qui leur enseigne, enfin, la haine des bourreaux. Sait-on ce que pourrait l'exemple d'un héros, Parlant de sa hauteur, tranquille, osant tout dire, Attestant la justice et les dieux de l'empire, Forçant Rome et le monde à pleurer son trépas... Savez-vous si Néron ne reculerait pas?

DÉMÉTRIUS

Avec la liberté quand on a fait divorce, Tu crois que l'éloquence est encore une force? Regarde ce sénat ! quel jour a-t-il osé, Lorsque César accuse, absoudre un accusé? Veux-tu que Thraséas, sans profit pour sa cause. Dans ce lâche Forum à leurs affronts s'expose? Face à face insulté par de vils délateurs. Doit-il servir encor de jouet aux licteurs ? Verra-t-on sous un fer, sous une corde infâme. Flétrir le corps sacré qu'habitait sa grande âme? Non! il doit rester libre, honoré jusqu'au bout.

tic PROCÈS DE THRASÉAS. 2^3

Thraséas doit finir en silence et debout;

II doit montrer, enfin, puisqu'il faut qu'il périsse,

Dans sa mort un triomphe et non pas un supplice.

RUSTICUS ARULÉNUS.

Plaise aux dieux que sa mort fût encore un combat ! En frappant l'ennemi, je voudrais qu'il tombât. Il doit en expirant lancer le mot qui tue. A mourir en silence, hélas! on s'habitue! Qu'il parle ! un trait lancé par l'auguste vieillard Dans le flanc de Néron resterait comme un dard.

démétrius,

Il choisira, sachant que Rome le contemple. Sois sûr qu'il va donner au monde un grand exemple.

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