‹ Œuvres poétiques (volume 4)Chapitre 85 sur 138 · DEUX SÉNATEURS · texte numérisé non relu

DEUX SÉNATEURS

PREMIER SÉNATEUR

J'exècre ces soudards et leurs brutalités! Quel indigne langage!

SECOND SÉNATEUR

Alors... vous acquittez ?

PREMIER SÉNATEUR

Seigneur, quelques détails, ici, sont nécessaires : Je fais pour Thraséas les vœux les plus sincères; J'estime ses vertus, — parlons un peu plus bas, — J'ai prouvé mon courage en bien d'autres débats. Je suis indépendant, certes, et je m'explique; J'ai vos opinions, j'aime la république.

J'adore la justice, au moins, et je mourrais Avant de consentir à d'iniques arrêts.

Pour sauver Thraséas, je donnerais ma tête Si je m'appartenais. Seigneur, je suis honnête, Fidèle au bon parti qu'avec vous je défends... Je ne m'appartiens plus, hélas!... j'ai des enfants! J'ai deux fils proconsuls, l'autre édile curule, Mon neveu, le préteur, en ce moment postule; — A toute ambition pour moi j'ai dit adieu. — Dois-je immoler mes fils, mes gendres, mon neveu? Mais si jamais le sort restaurait nos idées, Si le droit surnageait de nos mœurs débordées. Je prouverais combien, ferme dans mon devoir, J'ai détesté Néron et cet affreux pouvoir.

SECOND SÉNATEUR

Vous détestez Néron, seigneur!.., et moi, je l'aim»! Dépareilles horreurs! et dites à moi-même! Je dois en informer le consul et César. Retirez-vous de moi.

PREMIER SÉNATEUR

Dieux! c'était un mouchard !

Page 1