LE QUESTEUR
T HR ASÉ AS
Et maintenant, amis, qu'on apporte le fer !
L E CLU E s T E U R .
Le décret du sénat ordonnant que tu meures Et l'ordre d'assister à tes dernières heures.
THRASÉAs, lui montrant ses bras, d'où le sang coule.
J'exécute l'arrêt sans attendre à demain. Approche et vois comment finit un vieux Romain. Offrons à Jupiter, au dieu qui me délivre, Ce premier flot de sang que mon âme va suivre. V^iens, jeune homme !... écartons tout présage mauvais ; Puissent veiller sur toi les dieux chez qui je vais ! Mais, au temps où tu vis, le plus fort, le plus sage, Ont besoin que l'exemple arme encor leur courage. La mort vient lentement ; il se tourne vers Démétrius.
Démétrius!... amis!... mon maître!... mes pareils!
DÉMÉ TRIUS.
A nous ta dernière heure et tes derniers conseils! Que faire en te perdant pour garder la sagesse?
RUSTICUS
Que faire en la gardant pour frapper sans faiblesse, Pour renvoyer l'outrage à qui veut m'outrager, Pour mieux servir ta cause et pour mieux te venger?
THRASÉAS
Gardez-moi, seulement, place en votre mémoire. Mon vengeur est tout prêt...
RUSTICUS
Quel est-il donc?
THRASÉAS
L'histoire.
LE PROcfsS DE THRASÉ AS 2^9
A l'heure où mon sang coule en ce dernier frisson, L'incorruptible Muse allaite un nourrisson... Dans tout siècle de honte et de forfaits sans nombre, Elle a ses fiers témoins qu'elle exerce dans l'ombre Et dont la main, brisant tout ridicule autel, Dresse pour les tyrans un gibet immortel. Un seul homme y suffit! tous ces mauvais génies Vivants ou morts seront traînés aux gémonies. L'horreur s'exhalera de leur nom infamant, Et ce nom répété fera leur châtiment.
L'histoire aura changé leur triomphe en supplice... Soyez donc patients, amis de la justice !
RUS Ti eus.
Attendre!... et la mort vient.
THRAS ÉAS.
Puis l'immortalité.
RUSTICUS
Si tu dis vrai, mourons.
T HR A s ÉAS.
Après avoir lutté.
Attendez comme moi la sentence divine.