‹ Œuvres poétiquesChapitre 102 sur 124 · J0 IDYLLES HEROÏQUES · texte numérisé non relu

J0 IDYLLES HEROÏQUES

C A NTI Q U E.

J'ai respiré, dans une rose,

L'odeur du ciel ; Toute larme dont je l'arrose

Y fait son miel.

C'est mon bon ange ! elle se voue

A ma douleur...

Par l'éclat vermeil de sa joue,

C'est une fleur.

Ni le velours qui sur la pêche

Brille un matin, Ni la rose-thé la plus fraîche,

Ni le satin.

Ni le lotus au blanc calice,

De l'onde issu.

N'ont de sa peau suave et lisse

Le fin tissu.

Quand sa main, qu'elle m'abandonne,

Vient à s'ouvrir.

Ma lèvre, en y touchant, frissonne,

Je crois mourir!

Mais, ce qu'au monde rien n'égale,

Ame ni fleur, C'est l'encens que son âme exhale

Dans chaque pleur.

Ce chaste encens m'apporte un rêve

Tout plein de Dieu.

Et, comme un nuage, il m'enlève

Dans le ciel bleu.

Ce mystique parler que j'aime

Dans son ardeur, Fait oublier sa beauté même

Pour sa pudeur.

Si bien qu'à sa voix tout se calme

Et se soumet...

Je n'aperçois plus qu'une palme

Sur un sommet.

ROSA

Hier, ces doux noms que je t'inspire, Ces doux aveux, en qui j'ai foi, M'auraient fait trembler ou sourire, Prononcés par d'autres que toi.

Je les accepte de ta bouche; Sans chercher, dans mon propre cœur, D'où vient que ton accent me touche, Pourquoi je veux être ta sœur.

Calme et fort dans sa confiance, Ce cœur, rassuré d'aujourd'hui.

Sent que vers ton âme il s'élance, Et que ton âme vient à lui.

232 IDYLLES HEROIQ^UES.

Dieu nous a poussés l'un vers l'autre, Il a sur nous d'heureux desseins ; Aimons, pour sa gloire et la nôtre, Aimons, comme ont aimé les saints.

KON RAD

Oui, c'est Dieu que j'entends à travers ta parole ! C'est Dieu qui par tes mains me touche et me guérit, Qui, des feux de ce jour, t'allume une auréole, Qui para cet Éden oîi notre amour fleurit ;

Lui qui préfère aux lis, dont le baume l'encense. Qui respire ton âme en ce fervent essor ; Lui qui, pour m'enivrer, fit, de sa propre essence, La nature si belle et toi plus belle encor.

Avant l'heure oii ton cœur, débordant sur les cimes, Eût transformé ces bois, où j'ai tant soupiré, Avant de t'y conduire, ô toi qui les animes, Je n'avais rien senti, rien vu, rien admiré !

Un arôme inconnu sort, aujourd'hui, des roses; Les oiseaux sont plus vifs et plus mélodieux; Des rayons tout nouveaux ont brillé sur les choses, Depuis que j'y regarde aux flammes de tes yeux.

Je voyais tout, jadis, comme à travers un rêve Oii l'on flotte indécis sur un vague sentier ; Mais tout prend forme et vie au soleil qui se lève; Je sens de mon chaos jaillir un monde entier.

J'entends une parole et non plus un murmure ; Aux flancs noirs des ravins coule à flot le vrai jour. Ton cœur m'a fait connaître, éclairant la nature, L'infini qui se cache aux esprits sans amour.

ROSA

Mon cœur, à moi, s'y renouvelle Dans ces bois que tu fais chérir; Alerte comme l'hirondelle, Je sens mes ailes se rouvrir.

Je retrouve, en ces lieux tranquilles.

Tous mes joyaux les plus prisés ; Je n'ai rien laissé dans les villes, Sinon les fers que j'ai brisés.

A tes côtés, sur les bruyères.

Je m'agenouille avec émoi ; Comme s'il cueillait mes prières, J'y sens Dieu s'incliner vers moi.

Loin des hommes, plus lu m'entraînes Vers ces sommets couronnés d'or, Plus, dans ces régions sereines.

Plus je voudrais monter encor.

Ce chemin par oii l'on s'élève Dans l'azur qui baigne les monts, Chaque nuit Je le fais en rêve.

Depuis le soir oià nous aimons.

234 IDYLLES HER01Ci.UES.

A ton bras joyeuse, il me semble Que, dans l'air lumineux et chaud, Nous montons, nous volons ensemble, Disant : plus haut, toujours plus haut !

Là, nous écoutons, sans mystère, Des voix, qu'on ne pouvait saisir, Troublé qu'on était sur la terre, Par la douleur ou le plaisir.

Puis, bercés dans un or fluide, Enivrés d'exquises senteurs, Nous descendons, d'un vol rapide, Pour nous poser sur ces hauteurs.

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