‹ Œuvres poétiquesChapitre 11 sur 124 · CHANSON DU MERLE · texte numérisé non relu

CHANSON DU MERLE

Le rossignol amoureux, Langoureux,

Qui s'enivrait d'une rose, L'oiseau poète est parti,

Averti De Pliiver et de la prose.

Mais il reste encore des voix

Au doux mois Oii le raisin nous arrive.

Voyez, sans craindre les rets,

Des forêts Sortir en chantant la grive;

La grive et le sansonnet

Qui connaît Les plus beaux ceps de nos vignes ; Le merle, siffleur méchant,

Dont le chant Raille et fait peur à vos cygnes.

Il mord, le hardi voleur.

Au meilleur ; A tout fruit miàr il fait brèche; Puis, des pampres déliés,

A nos pieds, Part sifflant comme une flèche

Il effleure, oiseau fripon.

Le jupon Et la main de la plus belle :

Portant sur l'arbre voisin

Un raisin.

Qu'il becqueté en riant d'elle.

Sans doute, un jour, l'étourdi,

Engourdi Par le jus divin qu'il aime, Sans voir nos lacets subtils,

Dans leurs fils Ira se jeter lui-même.

Aux chasseurs qui Pont guetté,

Sa gaîté Le trahit sous le feuillage ; La mort vient dans son plaisir

Le saisir...

. C'est le sort rêvé du sage.

ADAH

Voici l'urne oiî j'ai bu la divine liqueur, Plus rien, plus rien n'y reste...

Et je garde aujourd'hui des voluptés du cœur Un souvenir funeste.

O vous qui dans nos prés où je dansais pieds nus,

Et d'où je suis proscrite,, Interrogez encor, sous vos doigts ingénus,

La blanche marguerite ;

Vous qui rêvez encor d'innocence et d'amour,

Enfant rieuse et blonde, Le vent qui m'a porté doit vous porter un jour

Dans ce désert du monde.

Et quand disparaîtra le mirage trompeur, A moitié dans la route,

XES SYMPHONIE

Vous aussi vous aurez ma voix qui vous fait peur, Et mes yeux qu'on redoute.

Car vous ne voudrez pas exposer votre deuil

A la foule qui passe ; A défaut du bonheur, gardons au moins l'orgueil

Pour dernière cuirasse !

Repoussons des humains l'insolente pitié : Mieux vaut leur lâche envie.

Jetons comme un mépris, à leur fausse amitié, L'éclat de notre vie.

Je veux faire pâlir le printemps et l'été

Devant ma belle automne ; Du charme rayonnant de ma sérénité

Je veux que l'on s'étonne.

Je veux plus haut qu'eux tous rire et chanter encor !

Je veux, je veux répandre Mes plus sombres pensers avec une voix d'or,

Avec un regard tendre.

Que chacun loue en moi la stoïque raison,

La tendresse divine... Quand chaque flot de miel portera son poison,

Chaque ileur son épine.

Viens, ô consolateur que J'insultais hier !

Sois mon amer génie.

Oh ! viens m'ouvrir ton temple, asile d'un cœur fier,

Ironie, Ironie!

SYMPHONIE DES SAISONS. 2Ç

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