‹ Œuvres poétiquesChapitre 10 sur 124 · CHOEUR DE FAUNES · texte numérisé non relu

CHOEUR DE FAUNES

Quand les fleurs tombent du rozier, Quand mûrit le rouge alizier, Quand les bois sont devenus jaunes, Entre les ceps de pourpre et d'or.

Prompts à cueillir leur doux trésor.

Voici le chœur des joyeux Faunes,

Les jours ont perdu leurs clartés, Les derniers fruits sont récoltés, Mais il reste encor la vendange.

Le soleil, au fond du raisin, Cache un feu pour l'hiver voisin :

En Bacchus Apollon se change.

Vois, sous les chênes dépouillés, Danser les Faunes barbouillés, Riant sous leur masque de lie.

Fardez ainsi votre pâleur; Le rire étouffe la douleur :

On la cache, et puis on l'oublie.

Plus mon âme a de lourds chagrins, Plus ma voix a de gais refrains, Mon œil de railleuses tendresses !

Voyez, sur les gazons flétris, Le soir qui passe en manteau gris...

C'est l'instant propice aux ivresses.

Ta joue a perdu son carmin; L'ennui rendrait chauve, demain, Ton front jauni par son haleine.

Reçois nos joyeuses couleurs :

Il faut, sur un visage en pleurs, Mettre le masque de Silène.

Pourquoi, dans tes yeux obscurcis, De ton cœur trahir les soucis?

Veux-tu que la pitié t'accable ?

Laisse notre doigt acéré Sur ton masque transfiguré Graver un rire ineffaçable.

Des traits que vous avez reçus.

Pour bien guérir, ô cœurs déçus !

Rendez des blessures pareilles.

Venez apprendre à nos leçons Comment dans le miel des chansons On tient prêt le dard des abeilles.

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