‹ Œuvres poétiquesChapitre 115 sur 124 · IDYLLES H E R O I Q,U E S · texte numérisé non relu

IDYLLES H E R O I Q,U E S

Crois-tu qu'en ces déserts, transfuge de la vie, Je t'apporte à nourrir quelque lâche douleur ; Que j'y vienne abriter l'égoïsme et l'envie, Ou farder au soleil leur immonde pâleur ?

Ton flanc escaladé sent-il que Je chancelle? Est-ce un débile enfant, par son rêve égaré, Qui, frappant ton granit de ce bâton ferré. En fait à chaque pas jaillir une étincelle?

l'esprit des sommet

Je ââis que la mollesse et les désirs grossiers

Et les amours vulgaires.

Au seuil de mes jardins, fermés par les glaciers.

Ne se hasardent guères ;

Que l'argent de ma neige et l'or du ciel en feux

Et l'encens de mes brises N'ont jamais soulevé, du côté des hauts lieux,

Les basses convoitises.

Les simples et les forts sont mes seuls courtisans. Mon trône de bruyère

H ERM AN. 271

Du pâtre et du chasseur inspire, tous les ans, La chanson libre et fière.

Tu viens d'un pied hardi me visiter comme eux ;

Un vent frais te caresse...

Et, pourtant, mon soleil laisse à ton front brumeux

Son voile de tristesse.

Satisfait de mon sort et moins triste que fier, Je ne viens pas gémir assombri par l'injure ; Si j'étais l'offensé de ce siècle de fer, Je mettrais plus d'orgueil à cacher ma blessure.

Mais sous mon toit béni s'assied le vrai bonheur ; J'y vois l'aïeul sourire au nourrisson robuste. Riche des fruits de l'arbre et des fleurs de l'arbuste, Je ne désire rien... j'ai le pain et l'honneur.

Je trouve en ces forêts et mon luxe et mes fêtes ; Plongé dans la nature, y parlant à nos dieux. Tout ce que je demande à cet âge odieux. C'est d'épargner encor tes bois et mes retraites.

Si je viens, triste et seul, au-devant du désert, C'est pour fuir dans l'azur, sur ta cime où je monte L'aspect même du joug dont il aime la honte Et leurs lâches plaisirs où la vigueur se perd ;

Pour couvrir du silence et de l'ombre des chênes D'indignes souvenirs dont je suis innocent;

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