‹ Œuvres poétiquesChapitre 116 sur 124 · IDYLLES H E R O I Q^U E S · texte numérisé non relu

IDYLLES H E R O I Q^U E S

Pour respirer un air plus vif et plus puissant Et qui soit pur, au moins, des serviles haleines.

Je cherche, au fond des bois, un autel, chaste encor, Qui résiste à l'orgueil des pompeux sacrifices Et, libre, en son mépris pour le marbre et pour l'or, N'ait pas au crime heureux offert ses dieux complices.

l'esprit.

Viens! j'accueille et nourris ce fécond désespoir,

Ces haines magnanimes; Je hausse les cœurs fiers et d'un ferme vouloir

Au niveau de mes cimes.

Viens ! j'ouvre à tes désirs cet austère jardin ;

Mon soleil t'y convie.

Récolte avec mes fleurs, de gradin en gradin,

Les conseils de la vie.

Jusqu'au champ suspendu sur cet étroit rocher Où le chamois et l'aigle osent seuls se percher Quel sentier a conduit, dans sa longue escalade, Depuis ce toit qui fume au pied de la cascade, Le hardi laboureur qui fait si haut moisson?

HRRMAN. 27J

Quel oiseau lui prêta son aile et sa chanson? Quelle occulte vertu, sous ses mains familières, Fait Jaillir tous les ans le bon grain de ces pierres? Ses bœufs n'ont pu le suivre; et, seul dans le granit, Il retourne en suant son fer que Dieu bénit; Seul dans ces hauts sillons ctayé de murailles Il a porté la herse et le sac des semailles. Le sol même est son œuvre. Au grain blond et vermeil Dieu n'a rien pour sa part fourni que le soleil. L'homme a seul amassé sur le roc qui l'appuie Ce champ aérien repris par chaque pluie. Toi-même, ô laboureur, toi seul as, sur tes reins. Porté le riche humus à ces maigres terrains. Ton blé germant là-haut, dans la roche brisée, Y boit plus de sueurs cent fois que de rosée; Et, comme on bénit Dieu sous ton toit de sapin, Nous devons te bénir quand nous mangeons ce pain. Ah ! qu'il est plein de vie et de saveur ! Ah ! comme Ce pain, fait tout entier de la vertu de l'homme, Donne un plus noble sang, un plus vaillant esprit A l'aïeul qui le sème, aux enfants qu'il nourrit!

Mais nous, ô voyageur, plus haut! montons encore Cet escalier des monts par où descend l'aurore : Chacun de ses degrés offre au cœur agrandi L'image et le conseil d'un travail plus hardi,

Arrêtons-nous, regarde! aux flancs du précipice. Sur ces murs veloutés qu'un fin gazon tapisse. Le faucheur, sur l'abîme allongeant son râteau. Ramène herbes et fleurs jusqu'au bord du plateau. II. 3 5

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