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CHANT DES FAUCHEURS

Au soleil levant les faux étincellent ; La cascade en feu jette moins d'éclairs Sous l'ardent rayon qui court dans les airs; Avec moins de bruit ses longs flots ruissellent. Au soleil levant les faux étincellent.

Vois là-haut frémir nos fiers bataillons! La liberté souffle et grossit la trombe; Sur chaque berceau, près de chaque tombe, Drus comme les blés dans nos vers sillons, Ils germent du sol nos fiers bataillons.

La faux dans tes n: ains vaut mieux que l'épée, Montagnard fidèle aux mœurs des aïeux!

Dans l'auguste foi, dans l'honneur pieux, Ainsi que ton cœur sa lame est trempée. La faux dans tes mains vaut mieux que l'épéc.

Ton marteau sonore a battu l'acier; Le grés du rocher près du flot l'aiguise, La hampe de frêne est faite à ta guise; Présente la pointe au sanglant coursier. Ton marteau sonore a battu l'acier.

Rustiques faucheurs, l'escadron se brise Sur vos rangs pressés comme une forêt.

Frappez des chevaux le nerveux jarret ; Rustiques faucheurs qu'un soldat méprise Fauchez plus avant, l'escadron se brise !

27(5 IDYLLES héroïques.

Les hauts cavaliers tombent lourdement Sous l'or et l'airain des riches armures. Les épis sont pleins, les herbes sont miires: Comme les pavots et le blond froment, Les hauts cavaliers tombent lourdement.

Rompez dans leurs mains, comme une quenouille La lance effilée au rouge pennon Et l'écu d'azur oîi s'écrit leur nom.

Sous l'acier des faux lavé de sa rouille, Leur glaive est brise comme une quenouille.

Gravissez, faucheurs, ces monceaux de morts Pareils aux sommets, votre âpre domaine. Sur ces prés sanglants le fer se promène, Four trancher la fleur des preux et des forts, Gravissez, faucheurs, ces monceaux de morts.

Vous n'aurez jamais de moissons plus belles; Ramenez vos chars pleins et triomphants; La liberté sainte a, pour vos enfants.

Lié de ses mains les blondes javelles... Vous n'aurez jamais de moissons plus belles.

Rentrez sous le hangar les faux et les tridents ; Votre toit vous rappelle après ces jours ardents. Moi j'irai sur vos monts, qu'en rêvant je traverse, Cueillir à chaque cime une vertu diverse.

Les saintes visions habitent ces hauteurs : Dieu, qui s'y manifeste à vos rudes pasteurs.

Accorde avec amour à leur race aguerrie, Après les grands combats, la grande rêverie.

lE PATRE DES MONTAGNES.

Le pâtre aux longs cheveux, roi des plateaux déserts, Seul et fort, rêve en paix sur son trône de mousse; Gouvernant, tout l'été, dans leurs pacages verts, Les noirs taureaux, les vaches rousses.

D'un geste à ses grands chiens il commande, et, le soir. Le troupeau vagabond, dispersé dès l'aurore, S'assemble autour du maître et suit à l'abreuvoir La génisse au collier sonore.

Le vent berce les pins, ces encensoirs des monts; Un souffle attiédi sort des bruyères voisines. Et l'homme des hauts lieux respire à pleins poumons La vitale odeur des résines.

La robuste fraîcheur qui tombe des glaciers, Le soleil distillant le thym et les verveines, Le souffle et la vertu des sommets nourriciers Ont coulé dans ses fortes veines.

Les miasmes impurs, les morsures de l'air. Les invisibles dards dont la nuit nous pénètre N'atteignent pas son sang et glissent sur sa chair, Comme sur l'écorce du hêtre.

Il combat, seul à seul, près du ravin béant, L'ours au poil hérissé, qui recule et qui gronde ;

278 IDYLLES HÉROK^UES.

Il sait, au jour fatal, de l'orgueilleux géant Percer le crâne avec sa fronde.

L'esprit de Dieu, souvent, a suscité sa voix, Et la harpe obéit à cette main hardie ; Et le rude pasteur lance, à travers les bois, La prière et la mélodie.

Ainsi, quand le printemps met la sève en éveil, Le vieux chêne attendri se dilate en sa force. Et l'arbre aux flancs noueux fait jaillir au soleil Un miel blond de sa noire écorce.

Mais nous, ô voyageurs, plus haut ! montons encore Cet escalier des rnonts par où descend l'aurore.

Les plus âpres sommets et le front le plus fier, Où les noirs ouragans grondaient peut-être hier, Pour qui sait les atteindre et pour qui sait y lire. Ont aussi leui"s saisons de fleurs et de sourire. L'amant de l'impossible atteint seul ces hauteurs? Connaît seul ces rayons et ces vives senteurs.

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