J IDYLLES H L R. O I Q^U E S
Ainsi j'ai triomphé ; m'emparant de l'histoire, J'y règne en dépit du plus fort.
Je m'appelle Caton... César, dans sa victoire, César est vaincu par ma mort. »
Silence, ô rude voix de l'héroïsme antique, Laisse une âme plus pure exhaler son cantique. Le bûcher de Rouen, les prés de Vaucouleurs Lancent autour de nous leurs flammes et leurs fleurs.
JEANNE d'arc.
« Tu m'aimas d'enfance, et je viens l'apprendre A chasser bien loin tes noirs assaillants : Garde un esprit fier dans une âme tendre; Les cœurs les plus purs sont les plus vaillants.
Tu viens conme au pied d'un autel qui brille Devant mon bûcher te mettre à genoux; Pourquoi, dans ton cœur, mon nom d'humble fille Entre les plus grands est-il le plus doux?
Si tu m'invoquas, pauvre paysanne.
Entre tous les saints de mon cher pays, C'est qu'au fond des bois et dans ma cabane Ces saints me parlaient, et que j'obéis.
C'est qu'à leur appel j'ai dit, sans murmure, A ma mère en pleurs un suprême adieu.
Pour aller porter, sous ma blanche armure^ L'âme de la France et l'esprit de Dieu.
Dieu m'a tout donné, ma force et mes armes, Pour les grands combats là-haut résolus; Je n'avais à moi que mes douces larmes, Et mon faible cœur... Tu n'as rien de plus !
J'ai lu dans toi-même au pied de ces ch3nes, Où tu viens rêver encore aujourd'hui; Ton âme inégale aux luttes prochaines Ne peut rien sans Dieu... mais tout avec lui !
Cherche donc ta force et ton vrai courage Dans l'ardent amour au pied de l'auiel, Dans l'esprit qu'exhale, au jour de l'orage, Un peuple embrasé par le vent du ciel.
Que ta lèvre pure et ta vie entière Devant l'ennemi proclament ta foi ; Puis, tenant bien haut ma sainte bannière, Au fort du combat pénètre avec moi! »
Ecoute encor ! voici qu'une autre âme s'approche, Un soldat qui vécut sans peur et sans reproche, La même croix sanglante orne son bouclier... Viens apprendre à mourir du dernier chevalier.