LÉONIDAS
« Je t'ai vu, tout enfant, errer aux Thermopyles, Glanant sur ces rochers, en exemples fertiles, Où la liberté sainte a fait tant de moissons ; Tu croyais de mon sang la pierre encor trempée, Et serrais dans ta main, comme on serre une épée, Un livre où tu lisais nos sublimes leçons.
Tu voyais flamboyer l'épitaphe im.mortelle Qui du fond de l'histoire à jamais étincelle. Qui contient le secret, le prix de nos exploits;
388 IDYLLES HÉROIQ^UES.
Tu l'écoutais chanter dans la langue d'Homère; Et tu pleurais, tout haut, comme on pleure une mère, Ceux qui sont morts pour Sparte et pour ses saintes lois.
Et tu voulais mourir, et, dans ton noble rêve, Tu t'armais près de moi de la pique et du glaive; Tu me demandais place à mon dernier festin; Tu lançais avec nous le disque, au son des lyres. Et, paré pour la mort de fleurs et de sourires, Enfant, tu défiais l'Asie et le destin.
Lorsqu'à dix ans, baigné de ces pieuses larmes,
Tu brandissais ainsi de chimériques armes,
Ce jour-là, tu fus homme et tu prouvas ton cœur;
Et ceux-là sont enfants, sous leurs infâmes rides,
Dont l'oblique regaçd et les lèvres arides
Te lancent aujourd'hui leur trait lâche et moqueur.
Puisqu'en son jeune essor, sans conseils et sans craintes, Ton âme a pris sa place aux Thermopyles saintes; Puisque tu venais là mourir à mes côtés, Reste à ce poste auguste aimé du petit nombre, Et combats-y sans trtve, au grand jour ou dans l'ombre, Pour la Sparte éternelle et ses dieux insultés.
Couvre de myrte en fleur ton arme vengeresse. Expire en souriant comme un fils de la Grèce; Je t'invite au souper promis à mes soldats, Où la muse aux bras blancs, sous de tièdes ombrages. Verse un même nectar aux héros comme aux sages. Et sourit à Platon près de Léonidas. »
Voici l'accent plus sombre et la voix surhumaine Et les âpres conseils de la vertu romaine Qui défend aux grands cœurs, quand tout plie à la fois , De fléchir sous un maître et de survivre aux lois.
caton d'uti q^u b.
« Ma mort absout ton cœur de sa morne tristesse;
J'ai compris cet abattement Qui vient, malgré ta flamme et malgré ta jeunesse,
T'accabler ainsi par moment.
Quand Je renonce à vivre et succombe à ma tâche, Et meurs en condamnant les dieux.
Du mal qui m'a tué tu peux, sans être un lâche, Pleurer à la face des cieux.
Les lois ont succombé ! j'ai vu rire la foule
Autour de leur temple abattu; Avec la liberté, dans les âmes s'écroule
L'espoir dernier de la vertu.
j'ai vu prostituer l'honneur des laticlaves Aux tribuns changés en flatteurs.
Pour premiers citoyens Rome a de vils esclaves; Le sénat s'ouvre aux délateurs ! .
Que Rome soit soumise avec la terre entière
Je reste à jamais indompté !
Ce fer dans ma poitrine ouvre à mon âme fière
Un chemin vers la liberté.