‹ Œuvres poétiquesChapitre 32 sur 124 · A MON AMI PAUL DE MAGNAN · texte numérisé non relu

A MON AMI PAUL DE MAGNAN

Novembre aux cheveux gris s'est drapé dans sa brume;

Il répand ses vapeurs sur le sillon qui fume.

Et, de ses fils d'argent croisés sur le gazon,

Tresse un premier linceul à la belle saison.

Près des bois, dépouillés comme un sombre ossuaire.

On pressent aux brouillards la neige mortuaire.

EDITH

Combien, au temps du renouveau, Quand les bourgeons naissaient à peine,

Combien le désert était beau, Combien la nature était pleine!

L'Automne, hélas ! a récolté Tous ses fruits dont j'étais avide; J'ai touché la réalité...

La terre est vide.

Mon âme avait, dans un ciel bleu, Des amours lointains et tranquilles ; Je rencontrais partout mon dieu, Même à travers la nuit des villes.

Aux champs, des esprits, par milliers.

M'emportaient dans leur vol rapide...

Plein jadis d'hôtes familiers.

Le ciel est vide.

Ce monde n'a plus d'horizon, Il est muré par les ténèbres; Et moi, dans sa morne prison, J'entends glisser des pas funèbres.

Je vois, sous l'habit des vivants.

S'approcher un squelette aride ; L'homme a jeté son âme aux vents...

Partout le vide.

SYMPHONIE DES MORTS. lOJ

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