VISION
Si ton cœur des vivants n'obtient plus de pitié, Si, lorsque ton effroi nous invoque à leur place, Le sépulcre jaloux, dont un sommeil de glace. Retient tes amis morts et jusqu'à l'amitié;
Moi, je veille et j'entends ! et du fond de la tombe, Je suis toujours présente à mon poste éternel ; Tes cris sont arrivés à mon cœur maternel ; Et le poids du cercueil en vain sur moi retombe ;
Je le soulèverai pour t'allcr secourir!
Mon âme, en s'élançant, comme un feu du cratère,
Briserait l'épaisseur du ciel et de la terre.
Si Dieu, qui sait aimer, ne venait me l'ouvrir.
En vain un noir fantôme à tes côtés murmure, En vain tout ce passé t'assiège en ton effroi, Et les plus chères mains se dressent contre toi, Je vis pour t'entourer d'une invisible armure.
Comme au temps où ma chair enfermait mon enfant, Mon être entier frémit sitôt que tu tressailles; Ta mère sent, là-haut, près du Dieu triomphant, Qu'elle te porte encore au fond de ses entrailles.
Va, Je sais tout de toi, les vertus et les torts; Je suis là comme aux jours oîi je pansais ta plaie; S'il passe à ton chevet un spectre qui t'effraie. Moi, je te défendrai des vivants et des morts!
EDITH
C'est donc vous, ô ma mère î ô douce Providence, Dont le cœur se donnait avec tant d'abondance; C'est vous, prête à quitter votre divin séjour Pour me couvrir eiicor de pardon et d'amour! Eh bien, lorsque j'entends votre voix indulgente. Devant ce front heureux qu'une auréole argenté Le doute agite encor mon esprit révolté, Le remords à mes pleurs mêle son âcreté ; Je m'accuse, et, parfois, accusant Dieu lui-même, Je sens frémir ma lèvre entr'ouverte au blasphème. Car, malgré votre palme et ce bandeau de fleurs, Je n'absous pas le ciel de vos longues douleurs, . Et mon cœur, si distrait par sa souffrance amère, N'est pas guéri pourtant de la vôtre, ô ma mère ! Ah ! du moins si j'avais, à vous mieux soulager,
Rempli chacun des jours de ce temps passager; Si chaque heure, éprouvant mon active tendresse, Ainsi que son angoisse avait eu sa caresse! Mais que d'instants perdus en futiles soucis, Qui, donnés à vos maux, les auraient adoucis ! Rien n'absoudra mon cœur, expiant ces journées Du devoir filial lâchement détournées.
Quand de ce lit sacré je m'écartais d'un pas. Pourquoi votre regard ne m'appelait-il pas? Pourquoi garder ainsi toute votre agonie Sans partager son poids avec l'enfant bénie, Laissant mes yeux dormir, par un sublime effort, Quand les vôtres veillaient en face de la mort? Ah! durant cette nuit, fin de votre martyre, Peut-être accusiez-vous mon amour sans le dire! Mais non! et votre adieu, si clément et si doux, Fut rempli de pardon et nous a bénis tous. J'ai besoin des vertus de ce pardon si tendre; Contre ces nuits d'horreur lui seul peut me défendre ! Des spectres du passé qui m'attirent entre eux, Un remords filial serait le plus affreux.