A LA. MARTINE CHOEUR DES ALPES
Vois ces vierges, là-haut, plus blanches que les cygnes, Assises dans l'azur sur les gradins des cieux ! Viens! nous invitons l'âme à des fêtes insignes, Nous, les Alpes, veillant entre l'homme et les dieux.
Des amants indiscrets l'abîme nous protège; Notre front n'a rougi qu'aux baisers du soleil,
Et les rosiers du soir sur notre sein de neige Répandent seuls l'ardeur de l'ambre et du vermeil.
Nos flancs ont retenu leur première ceinture ; Nul œil n'en profana les mystiques attraits ; Làj sous l'épais rideau des grands bois sans culture, Le cœur seul est admis à goiiternos s.-crets.
Nous laissons sur nos pieds verdoyants de prairies Se jouer les pasteurs et croître les troupeaux ; Viens, nous t'y verserons le lait des vacheries Sur nos tapis de fleurs argentés de ruisseaux.
Notre souffle y répand toute vie, et nous sommes Le réservoir sacré de toutes les vigueurs ; Nous gardons purs le sang des taureaux et des hommes ; Chez nous est le remède à te? vaines langueurs.
Pour qu'il reste ici-bas une place au mystère, Nous cachons nos déserts avec un soin jaloux. Nos bases de granit sont les reins de la terre, Et ce vieux continent s'étaye encor sur nous.
L'Europe, où grandit l'âme, à nos urnes s'abreuve ; Nous portons notre sève aux Celtes, cr aux Gmains. Chaque peuple, à nos pieds, reçoit de nous son fleuve Et le bois des vaisseaux façonné de nos maias.
En vain l'Himalaya mit le vieux Gange au monde, Et vit les fils du ciel descendre et s'y baigner: Les hommeset les dieux qui sont nés de notre onde Sont forts entre les forts et seuls doivent régner.
Nous avons donné l'ânae à des races guerrières Que nous berçons encor sous les chênes gaulois ; Nous sommes les autels d'où montent leurs prières ; Nous sommes les remparts de leurs antiques lois.
Chez nos rudes pasteurs, nourris d'orge et de seigle, Naquit la liberté, cet enfant des hauts lieux; Et c'est là, dans le nid du chamois et de l'aigle. Qu'elle viendra mourir quand vous serez trop vieux.
Si vos lâches cités l'accusent de leurs fautes, Sous notre dernier chêne elle aura son autel; Car nous resterons, nous, dont les dieux sont les hôtes, Fières d'avoir tendu l'arc de Guillaume Tell.
Toi donc, puisqu'il te faut un sol chaste, un air libre. Viens et fuis les bas lieux et leur souffle grossier; Si ton corps amolli veut retremper sa fibre. Viens le frotter de neige au sommet du glacier.
Viens réveiller ton âme aux sources éternelles. Toi, somnolent rêveur par la ville engourdi! L'Alpe, fille du ciel, de ses blanches mamelles Verse un lait généreux qui fait le cœur hardi.
Viens! si tu veux monter au niveau de ton rêve Et" gravir l'idéal par son échelle d'or; Nous prenons dans nos mains l'âme qui se soulève, Et l'emportons vers lui d'un invincible essor.
De nos premiers parvis, tout roses de bruyères. Monte aux créneaux d'argent perdus dans le ciel bleu .
C'est là, de nos fronts purs, que l'aigle et la prière S'élancent dans leur vol vers le soleil et Dieu.
Sur nos mille degrés qui mènent à son trône Fleurissent les moissons dont ton âme a besoin ; Recueille, en y passant, le fruit de chaque zone, La vertu qu'il te faut pour atteindre plus loin.
D'abord nous donnerons la force à tes pieds frêles, Puis le calme à ton cœur plein de trouble et de fiel ; Puis à ton âme enfin tu sentiras des ailes, Et l'aigle dépassé te cédera le ciel.
Là tu respireras l'cther incorruptible
Où germe toute chose, oîi s'allume le jour,
Et, par delà ce monde et l'univers visible,
Tes haines s'éteindront dans un immense amour.
FR AN r z.
Salut! ô noirs sapins que les glaciers défendent!
Temple contre l'homme abrite, Asile des vaincus, mes douleurs te demandent
Ta sauvage hospitalité.
Ici je n'entends plus gronder comme une injure La voix des cités que je hais ;
Si je puis respirer ton silence, ô nature, Je serai guéri pour jamais !
Je suis venu croyant à ta verte jeunesse,
A l'éternité du désert, T'apportant, pour qu'un jour leur empire y renaisse,
Mes dieux dont le culte se perd.
J'ai cru que la forêt, m'abrilant sous sa robe, Régnait en paix sur tes hauteurs. ..
Mais voilà que j'entends, sur ces confins du globe, Crier les outils destructeurs!