LES SAPINS
Oui, les bois gémissants sont pleins de noirs présages ; Un monde qui t'est cher avec nous disparaît. Viens donc ! Recueille encor les leçons des vieux âges Dans les derniers soupirs de la sainte forêt !
Elle meurt! Nos remparts de rochers et déneige. Rien n'arrête un seul jour ce siècle audacieux ; Les chênes sont tombés sous un fer sacrilège, Le même dont il frappe et les rois et les dieux.
C'est notre tour, à nous, de combler les abîmes! Souillant sa chevelure aux fanges du torrent, Le sapin qui trônait, voix des Alpes sublimes. Croule avec les débris de tout ce qui fut grand.
Les sévères chansons avec nous sont bannies ! Hâte-toi, si ton cœur, disciple des hauts lieux.
Veut savourer encor les grandes harmonies Dont la terre a nourri l'âme de tes aïeux!
Me voici ! Du désert je ne veux plus descendre : Plus de pacte avec les humains !
Mes pieds de leurs foyers ont secoué la cendre Et la poudre de leurs chemins.
Les dieux, la liberté, seuls biens d'une âme forte. Sont nés chez vous sur les sommets ;
Ils y viennent mourir et je vous les rapporte : La terre y renonce à jamais.
Chez vous, en plein soleil, sur ce lit de bruyère
Oîi nos amours avaient dormi, Nous trouverons là-haut une mort libre et fière,
Loin des yeux d'un monde ennemi.
Mais avant de tomber avec tout ce que j'aime, Avant de briiler mon drapeau.
Je veux lancer encor un dernier anathème. Sur les hommes, ce vil troupeau !