‹ Œuvres poétiquesChapitre 63 sur 124 · RANZ DES VACHES · texte numérisé non relu

RANZ DES VACHES

Voici les beaux jours, alerte !

L'herbe est verte.

SYMPHONIEALPESTRE. 1$$

La montagne nous attend ;

Les troupeaux couvrent les routes ;

Venez toutes, Mes vaches que j'aime tant !

Par vos noms je vous appelle;

La plus belle, Fauve et blanche au brun naseau, Tend son cou pour que j'y mette

Sa clochette; C'est la reine du troupeau.

Elle marche la première,

Et derrière.

Bondissant vers l'abreuvoir, Vont, sans cloches argentines,

Les mutines, Celles dont le poil est noir.

Mais du cornet de vos pâtres,

Mes folâtres, Vous aimez toujours les sons ; El sur le versant rapide.

Je vous guide Avec mes seules chansons.

L'oiseau gris de nos bruyères

Familières Vole, et sans s'effaroucher, Joyeux de notre venue,

Bien connue, Sur vos fronts veut se percher.

Qu'on est bien sous le mélèze,

Bien à l'aise Pour traire et battre son lait, En sifflant dès que l'aurore

Passe et dore Le toit noir du vieux chalet !

Hier, J'ai vu seul et l'air sombre.

Cherchant l'ombre, Descendre un jeune étranger :

Quel ennui dans la montagne

L'accompagne ?

J'y sens mon cœur si léger !

Oh ! comme la vie est douce

Sur la mousse, A l'ombre des grands tailljs, Sous le chêne ou sous le tremble

Où s'assemble Le groupe des armaillis !

Qu'il fait bon, sous les arcades

Des cascades, Voir, au refrain de nos chants, Briller, sur l'eau transparente,

L'amarante Et l'or des soleils couchants !

L'écho du long précipice

M'est propice ; Le signal de mon cornet, Sans y réveiller personne.

Y résonne, Et Mina le reconnaît ;

Mina folle et toute en joie

Qu'on l'envoie Ramasser de grand matin Les fraises, dans ses corbeilles.

Moins vermeilles Que sa bouche au ris mutin.

Voici les beaux jours, alerte !

L'herbe est verte, La montagne nous attend ; Les troupeaux couvrent les routes ;

Venez toutes, Mes vaches que j'aime tant !

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