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LES FLEURS DU DESERT

Les Alpes nous gardent encore, Sur quelques sommets préservés, Des jardins que le monde ignore, Et que Dieu seul a cultivés.

Là, nos fleurs vivent dans la joie D'un parfum qui reste inconnu ; Mais, s'il faut qu'un homme nous voie, Poëte, sois le bienvenu !

L'orgueil, dont tu connais l'empire, T'avait dit peut-être : A quoi sert La fleur que pas un ne respire.

Et qui sèche au fond du désert?

Eli bien, à l'auguste nature, Quand elle compte son trésor.

Le bouquet de fleurs sans culture Est plus cher que la mine d'or.

Nous sommes les beautés secrètes Dont la terre, aux jours de bonheur, Se pare en ses chastes retraites Pour s'offrir aux yeux du Seigneur.

Dieu voit la pervenche sourire A l'ombre du rocher natal, Pareil aux yeux bleus qu'on admire Voilés du bandeau virginal.

Dans son ravin, seule et paisible, La fleur n'y connaît pas l'ennui ; Car le jardinier invisible Nous cultive au désert pour lui.

Il nous aime, il nous connaît toutes.

Or, malgré son amour jaloux.

Il cède aux humains quelques gouttes Du baume qu'il prépare en nous.

S'il cache au désert ses corbeilles.

S'il a fait si haut son jardin.

SYMPHON'IE ALPESTRE. l^Q

Il permet à quelques abeilles

De boire aux fleurs de notre Éden.

Tout âme, aspirant à les suivre, Goûte, avec leur miel merveilleux,

Un parfum qui l'excite à vivre Pour atteindre aussi les hauts lieux.

Chastes fleurs du désert dont l'haleine est si douce, Près de vous je respire un calme inattendu. L'orage qui grondait en mon cœur éperdu . Se dissipe en touchant la bruyère et la mousse.

Jusqu'à vous n'atteint pas le bruit de la cité, Et sa noire vapeur rampe, au loin, dans les plaines ; Vos soleils ont chassé toutes mes ombres vaines ; Et convié mon âme à la sérénité.

Je m'enivre d'oubli, de repos, de silence; Je ne sais plus s'il est des cœurs vils, des tyrans ; Et le mol éventail que le zéphir balance M'endort sur le velours des gazons odorants.

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