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LES MOISSONS

CHANT DU COCi.

Levez-vous, moissonneurs, alerte!

Le coq a chanté sur le toit.

D'ombre encor la plaine est couverte, Mais l'aube vient, le coq la voit ; Quittez vos lits de mousse verte.

Alerte, moissonneurs, alerté!

Le coq a chanté sur le toit.^

Le coq, horloge de la grange.

Sent marcher l'heure et le soleil.

Avant que l'horizon se frange D'un fil d'écarlate et d'orange.

Qu'un bout du clocher soit vermeil.

Le coq, horloge de la grange.

Sonne à tous un joyeux réveil.

l86 IDYLLES HÉROIC^UES.

Le coq vaillant chante avec joie L'amour, la guerre et le travail.

Si l'épervier là-haut tournoie, Lui, sous son casque de corail, Fier, il vaincra l'oiseau de proie.

Le coq vaillant chante avec joie L'amour, la guerre et le travail.

Les blés hauts et dorés, que le vent touche à peine, Comme un jaune océan ondulent sur la plaine ; D'un long ruban de pourpre agité mollement. L'aurore en feu rougit ces vagues de froment. Et, dans l'air, l'alouettC;, en secouant sa plume. Chante, et comme un rubis dans le ciel bleu s'allume.

Mais déjà la faucille est au pied des épis. Les souples moissonneurs, sur le chaume accroupis. Sont cachés tout entiers, comme un nageur sous l'onde ; Leur front noir reparaît parfois sur la mer blonde. Plongeant leurs bras actifs dans les flots de blé miàr, Ils avancent toujours de leur pas lent, mais sûr ; Leur fer tranchant et prompt, à tous les coups qu'il frappe Rétrécit devant* eux l'or de l'immense nappe. Derrière eux, le sillon reparaît morne et gris. Les bluets sont tombés et les pavots fleuris ; Et le soleil de juin, piquant comme la flèche, Sur leur couche de paille à l'instant les dessèche

Le sol briile ; on dirait que la flamme a passé Sur le terrain, déjà blanchâtre et crevassé. Les faux marchent toujours, allongeant derrière elles Les rangs d'épis tombés en réseaux parallèles,

FRANT2. 187

Et qui semblent de loin, tissu fauve et doré, Des toiles de lin neuf qu'on blanchit sur le pré.

Dans l'air lourd plus de voix, hors le bruit des cigales

Frappant le ciel cuivré de leurs notes égales.

Entre les moissonneurs plus de joyeux propos;

Il est temps que midi sonne enfin le repos.

L'œuvre languit ; la main, en essuyant la tcmpe^

Retombe mollement avec l'eau qui la trempe.

Les yeux cherchent; voici, travailleurs aux abois.

Que vous voyez venir, par le sentier du bois,

Les rouges tabliers, les corbeilles couvertes

D'un linge blanc qui luit entre les feuilles vertes,

Des cris ont «alué l'espoir du gai repas.

Vers l'ombre, au bout du champ, chacun marche à grands pas

On s'assied. Les grands pains sont étalés sur l'herbe.

Le maître fait les parts, trônant sur une gerbe.

La fermière a servi les rustiques apprêts

Et rempli d'un vin clair les écuelles de grés.

Mais, déjà, sous le chêne où la mousse l'invite,

Pressant comme la soif, le sommeil descend vile.

Près de l'homme endormi, les marmots en éveil

Font leur moisson d'ivraie et de pavot vermeil.

Là, debout, lui montrant sa le'rre et sa chaumière, Le fermier prend la main de la brune fermière.

Vois ces riches moissons ; vois sous ces flots de blé Notre champ qui se dore:

l88 IDYLLUS HÉROIQ^UES.

D'une moisson d'amour le printemps a comblé Mon cœur plus riche encore!

Viens! pour payer les fleurs que tu m'offrais hier, Qu'aujourd'hui tu me donnes,

Je veux, en épis miars, à ton front doux et fier Rendre ici des couronnes,

B E RTH E.

Quand tu fuyais, sombre et cherchant Un désert et des fleurs nouvelles, Je t'ai dit: Ma vigne et mon champ, Mes prés en cachent de plus belles.

Rien, dans ces lointains merveilleux, Ne vaut les fruits, les blés qu'on sème Dans le sillon de ses aïeux.

Et qu'on partage à ceux qu'on aime.

F R ANTZ.

C'est par toi que ces champs ont porté fruits et fleurs.

Ma belle ménagère!

Tu prends avec amour ta part de mes labeurs,

La mienne est plus légère.

Ces travaux sont moins durs que n'étaient mon repos,.

Ma solitude oisive; Je sens, à tes côtés, mon cœur jeune et dispos ;

Ta grâce me ravive.

B ERTH E.

Avant de trouver ton appui, Mon cœur, sous sa gaîté frivole, Succombait à ce vague ennui Qu'une mère à peine console.

Mais aujourd'hui je sens par toi, Sous ton regard qui me caresse, Un bonheur pur de tout effroi, Calme et fort comme ta tendresse.

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