SAINTE ELISABETH
Dieu montre à qui se perd, pour le gagner aux cieux,
Ta vertu souriante, Étoile aimable et siîre invitant tous les yeux,
Astre où l'on s'oriente.
Chacun t'apportera sa lèpre et ses douleurs.
Sans que tu t'en effraies ; Car ton doigt délicat, fait pour cueillir des fleurs,
Aime à panser des plaies.
Le pauvre, à tes genoux, recevra, sans fierté,
L'aumône qu'il repousse ; Tu sauras embellir même la charité
D'une beauté plus douce.
Une grâce est cachée aux plis de ton manteau. Transformant toutes choses;
De ton voile, entr'ouvert sur ton pieux fardeau Tu fais pleuvoir des roses.
Ainsi, les bienheureux, égrenant leurs fleurons. Sèment sur nos berceaux les perles de leurs fronts,
Et font, dès sa naissance, à l'âme de tout homme Un germe de vertus des noms dont il se nomme.
A peine elle a reçu ce grain des fleurs du ciel, Dont la terre à sa lèvre empruntera le miel^ La sœur de Béatrix, la rose bien nommée, Se lève dans l'azur comme une aube enBammée.
Tout l'horizon s'embrase à sa vive rougeur; Son sourire a plongé dans les yeux du songeur, Et, pour garder cette âme, active sentinelle, La vision s'y fixe en sa grâce éternelle.
Par le songe ébloui, sitôt qu'à son réveil
L'adolescent revoit la terre et le soleil.
Il croit, au bord des prés, trouvant l'herbe si pâle.
Que la nuit s'y promène en ses sentiers d'opale.
En vain, pour l'attirer, les grands lis importuns
De leur robe d'argent agitent les parfums.
En vain sourit, tout près, la pourpre des cerises;
Sous l'ambre et le carmin les fleurs lui semblent grises,
Si fort brille, à ses yeux, de l'éclat d'un brasier,
La rose ardente au sein du mystique rosier.
21 6 IDYLLES HÉROÏQ^UES.