‹ Œuvres poétiquesChapitre 95 sur 124 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

La prison d^ Konrad est sombre; éclairs funèbres. Ses regards de courroux sillonnent les ténèbres. Soldat vaincu d'un droit qui succombe avec lui, Et doutant de ses dieux, insultés aujourd'hui. Il maudit cette foule au cœur bas et frivole, Qui fait du crime heureux une insolente idole. Blessé sous le drapeau dont il porte le deuil, Il saigne dans sa chair, comme dans son orgueil.

Mais son mal le plus âpre est dans l'âme elle-même ; C'est un vide rongeur à la place oii l'on aime, Un désir qui survit, couvrant plus d'un remord Jeune, il invoque, hélas! et redoute la mort; Indigné de sentir que l'épreuve du glaive En le laissant vaincu n'a pas tranché son rêve. Mais un son de voix doux comme la charité Parvient, dans le cachot, à son cœur agité.

Je viens, dans la prison plaintive, Veiller au chevet des douleurs; C'est le jardin que je cultive, J'y prends mes perles et mes fleurs.

Si je n'en peux briser la porte, J'y laisse après moi, chaque soir, Pour prix des Joyaux que j'emporte, Le pain, la prière et l'espoir.

Un songe heureux vers toi m'appelle ; Quatre saintes m'ont dit ton nom ; Je sais qu'une fleur immortelle Éclôt dans ton noir cabanon.

Je veux cueillir sur tes blessures Les larmes du juste affligé, Et, si mes mains sont assez pures.

Toucher à ton cœur soulagé.

KON RAD

A d'aussi nobles mains un miracle est possible. Mes fers peuvent tomber, ma prison peut s'ouvrir, Mon flanc, qui saigne encor, devenir insensible... Mais tu parais trop tard, mon cœur ne peut guérir^

Pour fuir de son cachot, mon âme n'a plus d'aile, Je souffre de ma nuit sans désirer le jour; J'admire encor le bien, mais j'ai perdu son zèle. Et je crois à ton Dieu, mais j'y crois sans amour.

ROSA

Tu sais aimer, puisque tu pleures.

Tu sais prier, puisque tu crois !

2l8 IDYLLES HEROÏ Q^U E S ,

Je viendrai, dans tes sombres heures, T'ouvrir les deux bras de la croix.

C'est peu de souffrir sans révolte, Sachons féconder chaque pleur; Aimons Dieu! l'amour seul récolte Les fruits semés par la douleur.

Peut-être que ta gerbe est miîre, S'il y pleut une larme encor; Tu risquerais, par un murmure, De flétrir ses mille épis d'or.

KON R A D

Il est des maux portant avec eux leurs délices, Où des belles vertus les germes sont semés... Nulle fleur n'éclora dans mes âpres calices; Leur poison m'est venu des cœurs les plus aimés.

Sous le fer des méchants je tombai sans blasphème. Mais, par des coups secrets que je ne puis trahir, J'ai souffert trop souvent des vertus elles-mêmes... Je veux les oublier!... et crains de les haïr.

ROSA

J'ai vu répandre bien des larmes A de pauvres yeux délaissés; Par le sourire, ou d'autres armes, J'ai connu bien des cœurs blessés.

ROSA MYSTICA. Zip

Jamais à panser une plaie Je n'ai pleuré comme aujourd'hui! Dieu veut, sans doute, que j'essaie D'adoucir ta coupe d'ennui.

Pour que ton cœur, sans méfiance, Cherche, au fond du vase de fiel.

Cette fleur de la patience Qui manque à ta couronne au ciel.

KON R AD

Parlant du ciel ainsi, tu l'habites sans doute, Toi dont chaque regard éclaire ma prison ! La colère en mon cœur s'endort, quand je t'écoute. J'y sens se réveiller la voix de l'oraison.

Ta sereine beauté, chassant l'ombre et la crainte, Luit en des traits si purs qu'ils n'ont rien de mortel ; Sous ses longs cheveux noirs, ton front est d'une sainte. Dis s'il faut qu'on t'adore, et monte sur l'autel !

ROSA

L'humble culte qu'il faut me rendre, C'est un peu de douce pitié.

Offre à Dieu ta ferveur si tendre; Garde pour moi ton amitié.

Mes jours, comme tes jours sans trêve.

Sont pleins d'ennemis dangereux.

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