Oeuvres poétiques, Volume 2
v^u'uN antre soit jaloux d'illustrer sa mémoire; Moi, j'ai besoin d'aimer ; qu'ai-je besoin de gloire, S'il faut, pour obtenir ses regards complaisants, A l'ennui de l'étude immoler mes beaux ans; S'il faut, toujours errant, sans lien, sans maîtresse. Étouffer dans mon cœur la voix de la jeunesse, Et sur un lit oisif, consumé de langueur, D'une nuit solitaire accuser la longueur:
Aux sommets où Phébus a choisi sa retraite.
Enfant, je n'allai point me réveiller poète; Mon cœur, loin du Permesse, a connu dans un jour
Les feux de Calliope et les feux de l'amour.
L'amour seul dans mon âme. a créé le génie;
L'amour est seul arbitre et seul dieu de ma vie;
En faveur de l'Amour quelquefois Apollon
Jusqu'à moi volera de son double vallon.
Mais que tous deux alors ils donnent à ma bouche
Cette voix qui séduit, qui pénètre, qui touche;
Cette voix qui dispose à ne refuser rien.
Cette voix, des amants le plus tendre lien.
Puisse un coup d'œil flatteur, provoquant mon hommage
A ma langue incertaine inspirer du courage !
Sans dédain, sans courroux, puissé-je être écouté I
Puisse un vers caressant séduire la beauté!
Et si je puis encore, amoureux de sa chaîne.
Célébrer mon bonheur ou soupirer ma peine;
Si je puis par mes sons touchants et gracieux
Aller grossir un jour ce peuple harmonieux
De cygnes dont Vénus embellit ses rivages
Et se plaît d'égayer les eaux et ses bocages.
Sans regret, sans envie, aux vastes champs de l'air
Mes yeux verront planer l'oiseau de Jupiter. *
Sans doute, heureux celui qu'une palme certaine Attend victorieux dans l'une et l'autre arène ; Qui, tour à tour convive et de Gnide et des cieux. Des bras d'une maîtresse enlevé chez les dieux, Ivre de volupté, s'enivre encor de gloire.
Et qui, cher à Vénus et cher" à la victoire, Ceint des lauriers du Pinde et des fleurs de Paphos,
Soupire l'élégie et chante les héros I Mais qui sut à ce point, sous un astre propice, Vaincre du ciel jaloux l'inflexible avarice?
Qjii peut voir en naissant, par un accord nouveau. Tous les dieux à la fois sourire à son berceau? Un seul a pu franchir cette double carrière : C'est lui qui va bientôt, loin des yeux du vulgaire, Inscrire sa mémoire aux fastes d'Hélicon, Digne de la nature et digne de BufFon.
Fortunée Agrigente, et toi, reine orgueilleuse, Rome, à tous les combats toujours victorieuse, Du poids de vos grands noms nous ne gémirons plus. Par l'ombre d'Empédode étions-nous donc vaincus? Lucrèce aurait pu seul, aux flambeaux d'Épicure, Dans ses temples secrets surprendre la nature. La nature aujourd'hui de ses propres crayons Vient d'armer une main qu'éclairent ses rayons. C'est toi qu'elle a choisi; toi, par qui l'Hippocrène Mêle encore son onde à l'onde de la Seine ; Toi, par qui la Tamise et le Tibre en courroux Lui porteront encor des hommages jaloux ; Toi, qui la vis couler plus lente et plus facile Quand ta bouche animait la flûte de Sicile ; Toi, quand l'amour trahi te fit verser des pleurs, Qui l'entendis gémir et pleurer tes douleurs. Malherbe tressaillit au delà du Ténare A te voir agiter les rênes de Pindare; Aux accents de Tyrtée enflammant nos guerriers, Ta voix fit dans nos camps renaître les lauriers.
ŒUVRES d'ANDRÉ DE CHÉNIER
Les tyrans ont pâli quand ta main courroucée Écrasa leur Thémis sous les foudres d'Alcée D'autres tyrans encor, les méchants et les sots. Ont fui devant Horace armé de tes bons mots; Et maintenant, assis dans le centre du monde, Le front environné d'une clarté profonde.
Tu perces les remparts que t'opposent les cieux, Et l'univers entier tourne devant tes yeux.
Les fleuves et les mers, les vents et le tonnerre. Tout ce qui peuple l'air, et Téthys, et la terre, A ta voix accouru, s'ofFrant de toutes parts. Rend compte de soi-même et s'ouvre à tes regards. De l'erreur vainement les antiques prestiges Voudraient de la nature étouffer les vestiges; Ta main les suit partout, et sur le diamant Ils vivront, de ta gloire éternel monument; Mais toi-même, Le Brun, que l'amour d'Uranie Guide à tous les sentiers d'où la mort est bannie ; Qjii, roi sur l'Hélicon, de tous ses conquérants Réunis dans ta main les sceptres différents; Toi-même, quel succès, dis-moi, quelle victoire Chatouille mieux ton cœur du plaisir de la gloire ? Est-ce lorsque Buffon et sa savante cour Admirent tes regards qui fixent l'œil du jour; du'aux rayons dont l'éclat ceint ta tête brillante Ils suivent dans les airs ta route étincelante, Animent de leurs cris ton vol audacieux, Et d'un œil étonné te perdent dans les cieux ; Ou lorsque, de l'amour interprète fidèle,
Ta naïve Ërato Êiit sourire une belle;
Qpe son âme se peint dans ses regards touchants,
Et vole sur sa bouche au-devant de tes chants;
Qu'elle interrompt ta voix, et, d'une voix timide
S'informe de Fanny, d'Êglé, d'Adélaïde,
Et, vantant les honneurs qui suivent tes chansons,
Leur envie un amant qui fait vivre leurs noms?
Le Brun, qui nous attends aux rives de la Seine, Qpand un destin jaloux loin de toi nous enchaîne; Toi, Brazais, comme moi sur ces bords appelé. Sans qui de l'univers je vivrais exilé; Depuis que de Pandore un regard téméraire Versa sur les humains un trésor de misère.
Pensez-vous que du ciel l'indulgente pitié Leur ait fait un présent plus beau que l'amitié?
Ah I si quelque mortel est né pour la connaître, C'est nous, âmes de feu, dont l'Amour est le maître. Le cruel trop souvent empoisonne ses coups; Elle garde à nos cœurs ses baumes plus doux.
Malheur au jeune enfant seul, sans ami, sans guide.
dui près de la beauté rougit et s'intimide, Et, d'un pouvoir nouveau lentement dominé.
Par l'appât du plaisir doucement entraîné, Crédule, et sur la foi d'un sourire volage, A cette mer trompeuse et se livre et s'engage I Combien de fois, tremblant et les larmes aux yeux. Ses cris accuseront l'inconstance des dieux I Combien il frémira d'entendre sur sa tête Gronder les aquilons et la noire tempête.
Et d'écueils en écueils portera ses douleurs Sans trouver une main pour essuyer ses pleurs ! Mais heureux dont le zèle, au milieu du naufrage. Viendra le recueillir, le pousser au rivage ; Endormir dans ses flancs le poison ennemi ; Réchauffer dans son sein le sein de son ami, Et de son fol amour étouffer la semence.
Ou du moins dans son cœur ranimer l'espérance I Qji'il est beau de savoir, digne d'un tel lien. Au repos d'un ami sacrifier le sien!
Plaindre de s'immoler l'occasion ravie, Être heureux de sa joie et vivre de sa vie I
Si le ciel a daigné d'un regard amoureux Accueillir ma prière et sourire à mes vœux.
Je ne demande point que mes sillons avides Boivent l'or du Pactole» et ses trésors liquides; Ni que le diamant, sur la pourpre enchaîné.
Pare mon cœur esclave au Louvre prosterné; Ni même, vœu plus douxl que la main d'Uranie
Embellisse mon front des palmes du génie; Mais que beaucoup d'amis accueillis dans mes bras. Se partagent ma vie et pleurent mon trépas; due ces doctes héros, dont la main de la Gloire A consacré les noms au temple de Mémoire Plutôt que leurs talents, inspirent à mon cœur Les aimables vertus qui firent leur bonheur; Et que de Tamitié ces antiques modèles Reconnaissent mes pas sur leurs traces fidèles. Si le feu qui respire en leurs divins écrits D'une vive étincelle échauôa nos esprits; Si leur gloire en nos cœurs souffle une noble envie. Oh I suivons donc aussi l'exemple de leur vie : Gardons d'en négliger la plus belle moitié; Soyons heureux comme eux au sein de l'amitié. Horace, loin des flots qui tourmentent Cythère, Y retrouvait d'un port l'asile salutaire; Lui-même au doux Tibulle, à ses tristes amours. Prêta de l'amitié les utiles secours. L'amitié rendit vains tous les traits de Lesbie; Elle essuya les yeux que fit pleurer Cynthie. Virgile n'a-t-il pas, d'un vers doux et flatteur. De Gallus expirant consolé le malheur?
Voilà l'exemple saint que mon cœur leur demande. Ovide, ah 1 qu'à mes yeux ton infortune est grande 1 Non pour n'avoir pu faire aux tyrans irrités Agréer de tes vers les lâches faussetés; Je plains ton abandon, ta douleur solitaire.
Pas un cœur qui, du tien zélé dépositaire,
lO ŒUVRES d'ANORÉ DE CIIÉNIER
Vienne adoucir ta plaie, apaiser ton effroi.
Et consoler tes pleurs, et pleurer avec toi !
Ce n'est pas nous, amis, qu'un tel foudre menace :
Qjie des dieux et des rois l'édatante disgrâce
Nous frappe, leur tonnerre aura trompé leurs mains
Nous resterons unis en dépit des destins.
Qji'ils excitent sur nous la fortune cruelle ;
Qji'elle arme tous ses traits, nous sommes trois contre elle.
Nos cœurs peuvent l'attendre, et, dans tous ses combats.
L'un sur l'autre appuyés, ne chancelleront pas.
Oui, mes amis, voilà le bonheur, la sagesse.
Que nous importe alors si le dieu du Permesse
Dédaigne de nous voir, entre ses favoris.
Charmer de l'Hélicon les bocages fleuris?
Aux sentiers où leur vie offre un plus doux exemple.
Où la félicité les reçut dans son temple.
Nous les aurons suivis, et, jusques au tombeau.
De leur double laurier su ravir le plus beau.
Mais nous pouvons, comme eux, les cueillir l'un et l'autre.
Ils reçurent du ciel un cœur tel que le nôtre;
Ce cœur fut leur génie ; il fut leur Apollon,
Et leur docte fontaine, et leur sacré vallon.
Castor charme les dieux, et son frère l'inspire.
Loin de Patrocle, Achille aurait brisé sa lyre.
C'est près de Pollion, dans les bras de Varus,
Que Virgile envia le destin de Nisus.
Que dis-je ? ils t'ont transmis ce feu qui les domine.
N'ai-je pas vu ta muse au tombeau de Racine,
ÉPÎTRBS II
Le Brun, faire gémir la lyre de douleurs
Que jadis Simonide anima de ses pleurs?
Et toi dont le génie, amant de la retraite
Et des leçons d'Ascra studieux interprète,
Accompagnant Tannée en ses douze palais,
Étale sa richesse et ses vastes bienfaits,
Brazais, que de tes chants mon âme est pénétrée
Qpand ils vont couronner cette vierge adorée
Dont par la main du temps Tempire est respecté.
Et de qui la vieillesse augmente la beauté I
L*homme insensible et froid en vain s'attache à peindre
Ces sentiments du cœur que l'esprit ne peut feindre :
De ses tableaux fardés les frivoles appas
N'iront jamais au cœur dont ils ne viennent pas.
Eh 1 comment me tracer une image fidèle
Des traits dont votre main ignore le modèle?
Mais celui qui, dans soi descendant en secret.
Le contemple vivant, ce modèle parfait.
C'est lui qui nous enflamme au feu qui le dévore;
Lui qui fait adorer la vertu qu'il adore;
Lui qui trace, en un vers des Muses agréé.
Un sentiment profond que son cœur a créé.
Aimer sentir I c'est là cette ivresse vantée
Qu'aux célestes foyers déroba Prométhée.
Calliope jamais daigna-t-elle enflammer
Un cœur inaccessible à la douceur d'aimer?
Non : l'amour, l'amitié, la sublime harmonie,
Même soufile anima le poète charmant,
L'ami religieux et le parfait amant.
ŒUVRES d'ANDRÉ DE CHÉNIER
Ce sont toutes vertus d'une âme grande et fière. IJavius et Zoïle, et Gacon et Linière, Aux concerts d*Apollon ne furent point admis, Vécurent sans maîtresse, et n'eurent point d'amis.
Et ceux qui, par leurs mœurs dignes de plus d'estime
Ne sont point nés pourtant sous cet astre sublime.
Voyez-les, dans des vers divins, délicieux
Vous habiller l'amour d'un clinquant précieux;
Badinage insipide où leur ennui se joue.
Et qu'autant que l'amour le bon sens désavoue.
Voyez si d'une belle un jeune amant épris
A tressailli jamais en lisant leurs écrits;
Si leurs lyres jamais, froides comme leurs âmes,
De la sainte amitié respirèrent les flammes.
O peuple de héros, exemple des morteb I
C'est chez vous que l'encens fuma sur ses autels;
C'est aux temps glorieux des triomphes d'Athène,
Aux temps sanctifiés par la vertu romaine ;
Qjiand l'âme de Lélie animait Scipion,
Qjiand Nicoclès mourait au sein de Phocion;
C'est aux murs où Lycurgue a consacré sa vie,
Où les vertus étaient les lois de la patrie.
O demi-dieux amis ! Atticus, Cicéron,
Caton, Brutus, Pompée, et Sulpice, et VarronI
Ces héros, dans le sein de leur ville perdue.
S'assemblaient pour pleurer la liberté vaincue.
Unis par la vertu, la gloire, le malheur.
Les arts et l'amitié consolaient leur douleur.
Sans Tamitié, quel antre ou quel sable infertile N'eût été pour le sage un désirable asile, Quand du Tibre avili le sceptre ensanglanté Armait la main du vice et la férocité; Quand d'un vrai citoyen l'éclat et le courage Réveillaient du tyran la soupçonneuse rage; Quand l'exil, la prison, le vol, l'assassinat, Étaient pour l'apaiser l'offrande du sénat!
Thraséas, Soranus, Sénécion, Rustique, Vous tous, dignes enfants de la patrie antique, Je vous vois tous, amis, entourés de bourreaux; Braver du scélérat les indignes faisceaux, Du lâche délateur l'impudente richesse. Et du vil afiranchi l'orgueilleuse bassesse.
Je vous vois, au milieu des crimes, des noirceurs. Garder une patrie, et des lois, et des mœurs; Traverser d'un pied sûr, sans tâche, sans souillure. Les flots contagieux de cette mer impure; Vous créer, au flambeau de vos mâles aïeux.
Sur ce monde profane un monde vertueux.
Oh I viens rendre à leurs noms nos âmes attentives,
Amitié ! de leur gloire ennoblis nos archives.
Viens, viens, que nos climats, par ton souffle épurés,
Enfantent des rivaux à ces hommes sacrés.
Rends-nous hommes comme eux. Fais sur la France heureuse
Descendre des vertus la troupe radieuse.
De ces filles du ciel qui naissent dans ton sein
Et toutes sur tes pas se tiennent par la main.
Ranime les beaux-arts, éveille leur génie.
Chasse de leur empire et la haine et l'envie Loin de toi dans Topprobre ils meurent avilis; Pour conserver leur trône ils doivent être unis. Alors de l'univers ils forcent les hommages : Tout, jusqu'à Plutus même, encense leurs images; Tout devient juste alors; et le peuple et les grands, Q.uand l'homme est respectable, honorent les talents.
Ainsi l'on vit les Grecs prôner d'un même zèle
La gloire d'Alexandre et la gloire d'Apelle;
La main de Phidias créa des immortels,
Et Smyrne à son Homère éleva des autels.
Nous, amis, cependant, de qui la noble audace
Veut atteindre aux lauriers de l'antique Parnasse,
Au rangs de ces grands noms nous pouvons être admis;
Soyons cités comme eux entre les vrais amis.
Qu'au delà du trépas notre âme mutuelle
Vive et respire encor sur la lyre immortelle.
Que nos noms soient sacrés, que nos champs glorieux
Soient pour tous les amis un code précieux.
Qu'ils trouvent dans nos vers leur âme et leurs pensées ;
Qu'ils raniment encor nos muses éclipsées,
Et qu'en nous imitant ils s'attendent un jour
D'être chez leurs neveux imités à leur tour.
il'ÎTKliS 15
Ami, chez nos Français ma mnse voudrait plaire; Mais j*ai fui la satire, à leurs regards si chère. Le superbe lecteur, toujours content de lui. Et toujours plus content sMl peut rire d'autrui, Vent qu'un nom imprévu, dont l'aspect le déride. Égayé au bout du vers une une rime perfide; Il s'endort si quelqu'un ne pleure quand il rit. Mais qu'Horace et sa troupe irascible d'esprit Daignent me pardonner, si jamais ils pardonnent : J'estime peu cet art, ces leçons qu'ils nous donnent. D'immoler bien un sot, qui jure en son chagrin. Au rire acre et perçant d'un caprice malin.
Le malheureux déjà me semble assez à plaindre D'avoir, même avant lui, vu sa gloire s'éteindre Et son livre au tombeau lui montrer le chemin. Sans aller, sous la terre au trop fertile sein. Semant sa renommée et ses tristes merveilles. Faire à tous les roseaux chanter quelles oreilles Sur sa tête ont dressé leurs sommets et leurs poids.
Autres sont mes plaisirs. Soit, comme je le crois. Que d'une débonnaire et généreuse argile On ait pétri mon âme innocente et facile; Soit, comme ici, d'un œil caustique et médisant.
l6 ŒUVRES D'ANDRÉ DE CHÉNIER
En secouant le front, dira quelque plaisant, Que le ciel, moins propice, enviât à ma plume D'un sel ingénieux la piquante amertume.
J'en profite à ma gloire, et je viens devant toi Mépriser les raisins qui sont trop hauts pour moi. Aux reproches sanglants d'un vers noble et sévère Ce pays toutefois offre une ample matière :
Soldats, tyrans du peuple obscur et gémissant, Et juges endormis aux cris de l'innocent; Ministres oppresseurs, dont la main détestable Plonge au fond des cachots la vertu redoutable. Mais, loin qu'ils aient senti la fureur de nos vers. Nos vers rampent en foule aux pieds de ces pervers, Qui savent bien payer d'un mépris légitime
'Le lâche qui pour eux feint d'avoir quelque estime.
' Certe, un courage ardent qui s'armerait contre eux Serait utile au moins s'il était dangereux; Non d'aller, aiguisant une vaine satire.
Chercher sur quel poète on a droit de médire; Si tel livre deux fois ne s'est pas imprimé.
Si tel est mal écrit, tel autre mal rimé.
Ainsi donc, sans coûter de larmes à personne. A mes goûts innocents, ami, je m'abandonne.
Mes regards vont errant sur mille et mille objets. Sans renoncer aux vieux, plein de nouveaux projets, Je les tiens ; dans mon camp partout je les rassemble. Les enrôle, les suis, les pousse tous ensemble. S'égaraut à son gré, mon ciseau vagabond
Achève à ce poème ou les pieds ou le front, Creuse à Tautre les flancs, puis l'abandonne et vole Travailler à cet autre ou la jambe ou l'épaule. Tous, boiteux, suspendus, traînent ; mais je les vois Tous bientôt sur leurs pieds se tenir à la fois. Ensemble lentement tous couvés sous mes ailes. Tous ensemble quittant leurs coques maternelles. Sauront d'un beau plumage ensemble se couvrir, Ensemble sous le bois voltiger et courir.
Peut-être il vaudrait mieux, plus constant et plus sage, Commencer, travailler, finir un seul ouvrage. Mais quoi 1 cette constance est un pénible ennui. « Eh bien ! nous lirez-vous quelque chose aujourd'hui? Me dit un curieux qui s'est toujours fait gloire D'honorer les neuf Sœurs, et toujours après boire. Étendu dans sa chaise et se chaufiant les pies. Aime à dormir au bruit des vers psalmodiés.
— Qui, moi? Non, je n'ai rien. D'ailleurs je ne lis guère.
— Certe, un tel nous lut hier une épître !... et son frère Termina par une ode où j'ai trouvé des traits!...
— Ces messieurs plus féconds, dis-je, sont toujours prêts. Mais moi, que le caprice et le hasard inspire.
Je n'ai jamais sur moi rien qu'on puisse vous lire.
— Bon 1 bon 1 Et cet Hermès, dont vous ne parlez pas. Que devient-il ? — Il marche, il arrive à grands pas.
— Oh 1 je m'en fie à vous. — Hélas I trop, je vous jure.
— Combien de chants de faits ? — Pas un, je vous assure.
— Comment ? » Vous avez vu sous la main d'un fondeur Ensemble se former, diverses en grandeur,
l8 ŒUVRES D*ANDRÉ DE CHÉNIER
Trente cloches d*airain, rivales du tonnerre?
Il achève leur moule enseveli sous terre;
Puis, par un long canal en rameaux divisé,
Y Élit couler les flots de Tairain embrasé.
Si bien qu'au même instant, cloches, petite et grande,
Sont prêtes, et chacune attend et ne demande
Qjii'à sonner quelque mort, et du haut d'une tour
Réveiller la paroisse à la pointe du jour.
Moi, je suis ce fondeur : de mes écrits en foule
Je prépare longtemps et la forme et le moule;
Puis, sur tous à la fois je fais couler l'airain ;
Rien n'est fait aujourd'hui, tout sera fait demain.
Âmi, Phébus ainsi me verse ses largesses.
Souvent des vieux auteurs j'envahis les richesses. Plus souvent leurs écrits, aiguillons généreux, M'embrasent de leur flamme, et je crée avec eux. Un juge sourcilleux, épiant mes ouvrages.
Tout à coup à grands cris dénonce vingt passages Traduits de tel auteur qu'il nomme ; et, les trouvant, Il s'admire et se plaît de se voir si savant. Qjue ne vient-il vers moi? je lui ferai connaître Mille de mes larcins qu'il ignore peut-être.
Mon doigt sur mon manteau lui dévoile à l'instant La couture invisible et qui va serpentant Pour joindre à mon étoffe une pourpre étrangère; Je lui montrerai l'art, ignoré du vulgaire.
De séparer aux yeux, en suivant leur lien, Tous ces métaux unis dont j'ai formé le mien.
ÉPÎT&BS 19
Tout ce que des Anglais la muse inculte et brave, Tout ce que des Toscans la voix fière et suave, Tout ce que les Romains, ces rois de Tunivers, M'offraient d*or et de soie, a passé dans mes vers. Je m'abreuve surtout des flots que le Permesse Plus féconds et plus purs fit couler dans la Grèce; Là, Prométhée ardent, je dérobe les feux Dont j'anime l'argile et dont je his des dieux. Tantôt chez un auteur j'adopte une pensée. Mais qui revêt chez moi, souvent entrelacée, Mes images, mes tours, jeune et frais ornement; Tantôt je ne retiens que les mots seulement : J'en détourne le sens, et l'art sait les contraindre Vers des objets nouveaux qu'ils s'étonnent de peindre. La prose plus souvent vient subir d'autres lois, Et se transforme, et fuit mes poétiques doigts; De rimes couronnée, et légère et dansante, En nombres mesurés elle s'agite et chante.
Des antiques vergers ces rameaux empruntés Croissent sur mon terrain mollement transplantés; Aux troncs de mon verger ma main avec adresse Les attache, et bientôt même écorce les presse. De ce mélange heureux l'insensible douceur Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur. Dévot adorateur de ces maîtres antiques.
Je veux m'envelopper de leurs saintes reliques. Dans leur triomphe admis, je veux le partager, Ou bien de ma défense eux-mêmes les charger.
Le critique imprudent, qui se croit bien habile,
Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile Et ceci (tu peux voir si j'observe ma loi), Montaigne, il t'en souvient, l'avait dit avant moi.
Laisse gronder le Rhin et ses flots destructeurs, Muse; va de Le Brun gourmander les lenteurs.
Vole aux bords fortunés où les champs d'Elysée De la ville des lis ont couronné l'entrée ; Aux lieux où sur l'airain Louis, ressuscité, Contemple de Henri le séjour respecté. Et des jardins royaux l'enceinte spacieuse.
Abandonne la rive où la Seine amoureuse.
Lente, et comme à regret quittant ces bords chéris, Du vieux palais des rois baigne les murs flétris, Et des fils de Condé les superbes portiques; Suis ces fameux remparts et ces berceaux antiques Où, tant qu'un beau soleil éclaire de beaux jours, Mille chars élégants promènent les amours.
Un Paris tout nouveau sur les plaines voisines S'étend, et porte au loin, jusqu'au pied des collines, Un long et riche amas de temples, de palais, D'ombrages où l'été ne pénètre jamais ;
C'est là son Hélicon. Là, ta course fidèle
Le trouvera peut-être aux genoux d'une belle.
S'il est ainsi, respecte un moment précieux;
Sinon tu peux entrer; tu verras dans ses yeux,
Dès qu'il aura connu que c'est moi qui t'envoie.
Sourire l'indulgence et peut-être la joie.
Souhaite-lui d'abord la paix, la liberté,
Les plaisirs, l'abondance et surtout la santé.
Puis apprends si, toujours ami de la nature.
Il s'en tient comme nous aux bosquets d'Ëpicure,
S'il a de ses amis gardé le souvenir,
Quelle muse à présent occupe son loisir,
Si Tibulle et Vénus le couronnent de rose,
Ou si dans les déserts que le Permesse arrose.
Du vulgaire troupeaa prompt à se séparer.
Aux sources de Pindare ardent à s'enivrer,
Sa lyre fait entendre aux nymphes de la Seine
Les sons audacieux de la lyre thébaine;
Que toujours à m'écrire il est lent à mon gré;
Qpe, de mon cher Brazais pour un temps séparé.
Les ruisseaux et les bois, et Vénus, et l'étude,
Adoucissent un peu ma triste solitude.
Ouil les cieux avec joie ont embelli ces champs.
Mais, Le Brun, dans l'effroi que respirent les camps.
Où les foudres guerriers étonnent'mon oreille.
Où loin avant Phébus Bellone me réveille,
Puis-je adorer encore et Vertumne et Paies?
U faut un cœur paisible à ces dieux de la paix.
De Pange, ami chéri, jeune homme heureux et sage, Parle, de ce matin dis-moi quel est l'ouvrage. Du vertueux bonheur montres-tu les chemins A ce frère naissant dont j'ai vu que tes mains Aiment à cultiver la charmante espérance?
Ou bien vas-tu cherchant dans l'ombre et le silence. Seul, quel encens le Gange aux flots religieux Vit les premiers humains brûler aux pieds des dieux? Ou comment dans sa route, avec force tracée, Descartes n'a point su contenir sa pensée?
Consumant ma jeunesse en un loisir plus vain, Seul, animé du feu que nous nommons divin, Qui pour moi chaque jour ne luit qu'avec l'aurore. Je rêve ami au bord de cette onde sonore Qu'au penchant d'Hélicon, pour arroser ses bois. Le quadrupède ailé fît jaillir autrefois.
A nos festins d'hier un souvenir fidèle Reporte mes souhaits, me flatte, me rappelle Tes pensers, tes discours, et quelquefois les miens, L'amicale douceur de tes chers entretiens.
Ton honnête candeur, ta modeste science.
De ton cœur presque enfant la mûre expérience. Poursuis; dans ce bel âge où, faibles nourrissons, Nous répétons à peine au maître ses leçons.
Il est beau, dans les soins d'un solitaire asile, Même dans tes amours, doux, aimable, tranquille, De savoir loin des yeux, sans Êiste, sans fierté, Sage pour soi, content, chercher la vérité.
Va, poursuis ta carrière, et sois toujours le même; Sois heureux, et surtout aime un ami qui t'aime. Ris de son cœur débile aux désirs condamné, De l'étude aux amours sans cesse promené.
Qui, toujours approuvant ce dont il fait l'usage. Aimera la sagesse, et ne sera point sage.
Heureux qui, se livrant aux sages disciplines.
Nourri du lait sacré des antiques doctrines,
Ainsi que de talents a jadis hérité
D'un bien modique et sûr qui fait la liberté 1
Il a, dans sa paisible et sainte solitude.
Du loisir, du sommeil, et les bois et l'étude.
Le banquet des amis, et quelquefois, les soirs.
Le baiser jeune et frais d'une blanche aux yeux noirs.
Il ne faut point qu'il dompte un ascendant suprême.
Opprime son génie et s'éteigne lui-même.
Pour user sans honneur et sa plume et son temps
A des travaux obscurs tristement importants.
Il n'a point, pour pousser sa barque vagaboaide,
A se précipiter dans les flots du grand monde ;
Il n'a point à souffrir vingt discours odieux
De raisonneurs méchants encor plus qu'ennuyeux;
Lorsqu'en de longs détours de disputes frivoles
Hurlent de vingt partis les prétentions folles,
Prêtres et gens de cour, ambitieux tyrans.
Nobles et magistrats, superbes ignorants.
Tous vieux usurpateurs et voraces corsaires, •
Et dignes héritiers de l'esprit de nos pères.
Il n'entend point tonner le chef-d'œuvre ampoulé
D'un sourcilleux rimeur au fauteuil installé.
Il ne doit point toujours déguiser ce qu'il pense.
Imposer à son âme un éternel silence,
Trahir la vérité pour avoir le repos,
Et feindre d'être un sot pour vivre avec les sots.
SATIRES
SATIRES
1 L est bon de tout feindre et même la pudeur. Mais qui peut sans dégoût^ sans subite froideur, Voir une beauté mûre et presque sous les rides Affecter d'un enfant les alarmes timides?
Tout mensonge a besoin d'un air de vérité; Et j'aime mieux cent fois l'indiscrète gaîté, Trop folle, trop hardie, et qui n'est pas sans grâce, Que d'une antique Agnès la risible grimace.
Alors pour son argent il a danse, musique, Goût, talents, grâce, esprit, fauteuil académique; Grand cercle de beautés qui viennent chaque nuit Le bercer, l'endormir, veiller près de son lit; Maîtresse au nez fripon qui l'aime et le ruine ; Rimeurs, toujours amis de ceux chez qui Ton dîne; Tous pirates rusés qui s'entendent fort bien ; Vrais barbiers de Midas, qui du bon Phrygien Par eux loué, flatté, mis au rang des merveilles, Sous un bandeau royal déguisent les oreilles.
Le bon Chartrain, vieil imbécile honnête, La larme à l'œil, les sens toujours boufiis D'un froid pathos, dit : Courage mon fils, Cela promet
. . . et le grand Jean Fréron Digne héritier du grand Aliboron, Fils glorieux d'un si glorieux père.
De cette gent l'étoile est bien prospère!
O renommée 1 ô sorti ô dieux jaloux 1 duoi ! la faveur gouverne aussi chez vous I Voilà Gorsas dont la faconde aimable Sans Durosoy serait incomparable, duel art, quel goût, quelle âme, juste ciell Sont dévoilés par Pierre Manuel!
Burke est sublime, et d'Entragues l'admire, Et Coquillart rit et ne fait point rire.
Ces grands esprits, vains jouets du trépas.
Sont inconnus comme s'ils n'étaient pas.
Et les Frérons accaparent l'histoire.
D'un œil d'amour les muses et la gloire Veillent sur eux, illuminent leurs fronts.
Et ce grand nom de Frérons en Frérons Doit à jamais lasser le c... poète De la déesse à la double trompette.
Un marquis bègue et qui n'est des plus sots, Gros chansonnier qui crève de bons mots, Contre eux aiguise, en sa gaîté caustique.
Vingt calembours pétris de sel attique.
Ainsi souvent, quand, d'une égale haleine, Six forts coursiers font voler sur la plaine D'un char léger les quatre orbes roulants, Le poil dressé, vingt dogues turbulents, Précipités dans leur rage imbécile.
Viennent en vain mordre la roue agile.
La roue agile et les coursiers nerveux, Sans écouter ces cris tumultueux, Sans se hâter, poursuivent leur carrière.
Le char bondit et couvre de poussière Le sot troupeau dont l'importune voix Le suit de loin par de rauques abois.
De recueillir par double récompense.
Avec l'estime et l'amitié des bons, Un autre bien, la haine des fripons.
Épigramme
Ce gros Seiffer, dont les yeux, dont la voix, Respirent sang, rage, audace et bassesse.
N'est si balourd que son grossier patois.
Du dur vandale admirez la finesse!...
Pour mieux remplir son emploi d'assassin, Il a, de plus, étant jà médecin, De patriote acquis brevets et bulles.
Par là, dit-il, nul ne peut m'échapper. Malade ou sain. Mes poignards vont frapper Tous ceux qu'auraient épargnés mes pilules.
Or venez maintenant, graves dédamateurs, D'almanachs, de journaux, savants compilateurs; Déployez pour mes vers vos balances critiques. Flétrissez-les du sceau des leilrrs italiques;
32 ŒUVRES d'aNDRÉ DE CHÉNIER
Citez faux de grands noms, épouvantails des sots; Aux lourds raisonnements joignez de lourds bons mots; Assurez que ma muse est froide ou téméraire, due mes vers sont mauvais, que ma rime est vulgaire. Je l'ai bien fait exprès; votre chagrin m'est doux. Je serais bien fâché qu'ils fussent bons pour vous. Mon Dieu 1 lorsqu'imiunt ce bon roi de Phrygie, Vous jugez ou le drame, ou l'ode, ou l'élégie. Faut-il que nul démon, ami du genre humain.
Jamais à votre front ne porte votre main 1 Vous connaîtriez au moins combien vos doctes veilles Sur votre tête auguste allongent vos oreilles.
C'est son chef-d'œuvre, il lit : studieux auditeur, Admirez. Ce matin, fougueux déclamateur, Loin du bruyant démon qui le presse et l'agite, Maîtres, valets, portier, ils ont tous pris la fuite. L'escalier a tremblé des éclats de sa voix.
Il s'est gratté le front; il s'est rongé les doigts. Pour être un grand rimeur il sait ce qu'il en coûte. Ses ongles en entier disparaîtront, sans doute,
S'il faut qu'une autre fois, Apollon, qui lui rit, D'un tel moment de verve échauffe son esprit.
Un jeune homme orgueilleux et docte réputé.
Tout plein de quelque auteur au hasard feuilleté,
Ëtonne un cercle entier de sa haute sagesse;
Il se joue avec grâce aux dépens de la messe,
11 plaisante le pape et siffle avec dédain
Tous ces rêves sacrés qu*enfanta le Jourdain.
Et puis d'un ton d'apôtre, empesé fanatique.
Il prêche les vertus du baquet magnétique.
Et ces doigts qui de loin savent bien vous toucher
Et font signe à la mort de n'oser approcher.
Un tel conte à ses yeux est moins plat, moins insigne,
Que ce vin frauduleux, étranger à la vigne,
Par qui sont de Cana les festins égayés.
Ou ces diables pourceaux dans le fleuve noyés.
C'est que son jugement n'est rien que sa mémoire;
S'il croit même le vrai, c'est qu'il est né pour croire.
Ce n'est point que le vrai saisisse son esprit,
C'est que Bayle ou Voltaire ou Jean-Jacques l'a dit.
. . . et le pauvre hébété
N*cst incrédule, enfin, qtie par crédulité.
La couronne toujours ne fait pas la victoire. Que Voltaire, partout, à l'encens immortel, Aille de son Quinault recommander Tautel; A juger des bons vers les oreilles bien nées, De ses hymnes pompeux justement étonnées.
Ne trouvent, quoi qu'ait dit un si grand défenseur. Dans cet amas d'écrits humbles, nus, sans couleur, Se traînant sur leur molle et rampante harmonie. Rien qu'un rimeur glacé, sans verve, sans génie. Que trente vers charmants, dans ce recueil épars, N'auraient point dû si fort grandir à ses regards.
Belles, le ciel a fait pour les mâles cerveaux
L'infatigable étude et les doctes travaux.
Pour vous sont les talents aimables et faciles.
OI le sinistre emploi pour les grâces badines
De poursuivre une sphère en ses cercles nombreux,
Ou du sec A plus B les sentiers ténébreux 1
Quelle bouche immolée à leurs phrases si dures
Aura jamais la nuit les suaves murmures.
Et pourra s'amollir à soupirer : mon cœur,
Mon âvie, et tous ces noms d'amoureuse langueur?
On dit que le dédain froid et silencieux
Devint une ardente colère, Lorsque le Moniteur vous eut mis sous les yeux
Le sot £atras du sot Barère
QjLi'au Phœbus convulsif de l'ignare pédant,
De honte et de terreur troublées, Votre front se souvint de ce Thrace impudent.
Qui vous eut toutes v...
On dit plus : mais je sais combien chez nos plaisants
Grâce, p... et faconde.
Exposent une belle à des bruits médisants;
Ils veulent que sur cet immonde.
Vous ayez, mais tout bas, aux effroyables sons
D'apostrophes trop masculines.
Joint : pied-plat, gredin, cuistre, et d'autres maudits sons.
Peu faits pour vos lèvres divines !
Dignes de lui, d'accord; mais indignes de vous.
Ces gens n'ont point votre langage; N'apprenez point le leur. Un ignoble courroux
Justifie un ignoble outrage.
La potence est pour eux une source féconde;
Il faut voir combien leur gentillesse abonde
A lui trouver cent noms les plus gentils du monde.
Il est vrai, plats bavards, canaille inepte et lâche.
Vous êtes sujets du bâton, du bourreau, de la hache.
De l'infamie et de Couthon.
— Il faut avec le fer les soumettre à la loi.
— Non, grand Dieu 1 point de sang.
— Les citoyens pervers doivent être punis.
— Les citoyens pervers sont les cœurs sanguinaires Qui vont, le fer en main, persuader leurs frères.
pour lui
L'ombre du cabinet en délices abonde.
S'il fuit les graves riens, noble ennui du beau monde
Ou si, chez la beauté qui l'admit en secret.
Las de parler enfin, il demeure muet.
Il regagne à grands pas son asile et l'étude :
Il y trouve la paix, la douce solitude.
Ses livres, et sa plume au bec noir et malin,
Et la sage folie, et le rire à l'œil fin.