TROISIÈME CIRCONSCRIPTION DE RREST
Angers, le 13 juin 1880.
Messieurs ,
Je viens vous remercier du témoignage de confiance que vous avez bien voulu me donner à une si forte majorité de voix, dans le scrutin du 6 juin. La France entière a compris la signification du vote que vous avez émis avec le calme et l'indépendance
qui distinguent le caractère de votre noble pays. Ce que vous avez voulu affirmer par un choix auquel je n'avais assurément aucun droit personnel, c'est votre attachement à la foi de vos pères, c'est la liberté du culte catholique, de l'enseignement chrétien, de la vie religieuse, de toutes ces grandes choses qui, depuis l'origine de la France, constituent une partie essentielle du patrimoine national.
Il a plu, à des esprits plus audacieux qu'avisés, de choisir pour leurs attaques le terrain de la religion, c'est-à-dire précisément celui où, au milieu de nos tristes divisions politiques, tous les hommes de bonne foi et de bonne volonté peuvent se rencontrer et se donner la main.
Catholiques de la Bretagne, vous leur
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avez répondu en indiquant à vos frères le vrai terrain de la défense ; et si le grand exemple que vous venez de donner était suivi partout, si le généreux mouvement dont vous avez pris l'initiative s'étendait i d'une extrémité du pays à l'autre, l'âme de la vieille France se 'réveillerait au souffle de la foi et de la liberté religieuse. Ce sera votre honneur d'avoir prononcé, à l'heure présente, le mot du ralliement; et j'espère fermement que ce cri de la conscience chrétienne,, parti du fond de la Bretagne, trouvera de l'écho dans le cœur de tous ceux qui placent avant tout le triomphe de la justice et de la vérité. Dieu fera le reste.
Quoi qu'il en soit, Messieurs, et quelque avenir que les événements ' puissent nous réserver, je suis profondément touché de
vos suffrages, et c'est de grand cœur que je vous envoie de loin l'expression de ma reconnaissance. Il me tarde d'apprendre à connaître par moi-même et de voir de plus près des populations dont la loyauté et la droiture sont proverbiales. Laissez-moi me persuader, à l'avance, que je ne trouverai parmi vous que des amis; car, après une lutte électorale, il ne peut plus être question ni de vainqueurs, ni de vaincus ; quelque vives qu'elles aient été, ces agitations passagères doivent disparaître sans laisser aucune trace après elles. Enfants d'une même patrie, nous pouvons différer d'avis sur les moyens de la servir le plus utilement, mais à la condition de nous retrouver tous unis dans les liens de la charité chrétienne.