‹ Œuvres polemiques (volume 5)Chapitre 25 sur 26 · SUR LE MÊME SUJET · texte numérisé non relu

SUR LE MÊME SUJET

Mgr Freppel. Messieurs, mon intention n'est aucunement de rentrer dans le fond du débat ; il y aurait indiscrétion de ma part à le tenter, après l'attention si soutenue que la Chambre a bien voulu me prêter à deux reprises différentes ; c'est une simple observation que je voudrais vous soumettre et qui m'est suggérée par le discours de M. le Ministre.

J'avais l'honneur de vous le dire à notre

dernière séance : il ne faut pas que la moindre équivoque puisse subsister sur le sens ni sur la portée du projet de loi soumis à vos délibérations ; il faut, au contraire, que tout le monde sache bien ce que vous voulez faire et quelle idée vous attachez précisément à ce mot « d'école neutre ou d'école laïque. »

Eh bien, Messieurs, j'ai le regret de le dire, mais après les paroles de M. le Ministre de l'instruction publique, l'équivoque subsiste plus forte qu'auparavant.

(Rires et dénégations à gauche.)

M. Henri Villain. Vous ne ferez jamais croire cela au pays, je vous le garantis !

Mgr Freppel. Au lieu de marcher vers la lumière, il semble que l'on fasse tout pour lui tourner le dos. (Nouveaux rires à gauche.)

Oh ! quand je regarde du côté de la commission, tout est clair, rien n'y est dissimulé : l'école primaire telle que la commission la comprend et qu'elle vous propose de l'organiser, c'est bien l'école sans Dieu. (Protestations sur plusieurs bancs à gauche et au centre.) Dieu en est écarté comme une simple hypothèse métaphysique.

Divers membres à gauche. Très bien !

très bien !

Mgr Freppel. On ne nie pas Dieu, on ne l'affirme pas, on se contente de ne pas s'occuper de lui.

M. Georges Perin. Très bien ! -

Mgr Freppel. C'est la propre formule du positivisme appliquée à renseignement primaire.

Quelques membres à gauche. Très bien !

très bien !

Mgr Freppel. Je ne sais pas si j'exprime exactement la pensée de la commission, elle voudra bien me rectifier si je me trompe ; mais je crois l'avoir rendue aussi fidèlement que possible.

M. le Rapporteur. On vote sur des textes, et non sur des pensées !

Mgr Freppel. Tel est aussi, comme l'honorable M. Trarieux me semble l'avoir très bien compris l'autre jour, tel est aussi le sens des interruptions qui, de ce côté de la Chambre (l'orateur désigne la gauche), ont accueilli son amendement et celui de M. de Lacretelle. Nous ne nions pas Dieu ; nous ne l'affirmons pas ; nous voulons seulement

que, à l'école, on ne se prononce ni pour ni contre : voilà ce qu'ont répété de concert nos collègues de la gauche de l'Assemblée, du moins ceux dont les voix sont arrivées jusqu'à moi.

Ainsi donc, du côté de la commission, pas de réticences, pas d'obscurités : l'école qu'elle veut imposer au pays, c'est l'école positiviste, c'est l'école sans Dieu.

Voix diverses à gauche et au centre.

Mais non ! C'est l'école laïque !

Mgr Freppel. Rien de plus net, rien de plus formel que le rapport de la commission. Veuillez seulement vous reporter à la page 40 de ce document.

Mais où commence l'équivoque et où finit l'accord, c'est quand le gouvernement, par la bouche de M. le Ministre de l'instruction

publique, vient, à son tour, nous faire connaître sa pensée sur le projet de loi soumis à vos délibérations. Alors nous apprenons que, dans les écoles projetées,, dans ces écoles d'où Dieu sera banni comme une simple hypothèse métaphysique, on enseignera quoi ? la morale religieuse, les devoirs enfers Dieu, tout ce programme que l'on déroulait sous les yeux du Sénat, et qu'on est venu, tout à l'heure, rappeler à cette tribune.

Eh bien, Messieurs, comme je vous le disais en commençant, je ne veux pas rentrer dans le fond du débat ; mais il m'est impossible de ne pas constater qu'il y a une contradiction manifeste, palpable, entre la pensée de la commission et la pensée du gouvernement. Or il est inadmissible, dans

une matière si grave, que la Chambre et le pays restent sur une pareille équivoque.

Mon observation se réduit donc à ceci : où faut-il chercher la véritable pensée du projet de loi ? Est-ce dans le rapport de la commission

M. le Président du Conseil. C'est dans le texte du projet de loi.

Mgr Freppel... d'où Dieu est écarté comme une simple hypothèse métaphysique?

(Rumeurs à gauche.) Est-ce dans le discours de M. le Ministre, où Dieu reparaît avec le programme de la morale religieuse? La commission adopte-t-elle le système du gouvernement ? Le gouvernement s'est-il rallié au projet de la commission ? (Nouvelles rumeurs à gauche.)

Il faut que, sur ce point, la lifmière

se fasse pleine et entière. Si cette lumière ne se faisait pas, Messieurs, voici ce que j'en conclurais pour ma part...

A gauche. Ah ! ah ! voyons ! (Protestations à droite.)

Mgr Freppel... J'en conclurais que le mérite de la franchise est du côté de la commission... (Très bien ! à droite), et que le gouvernement cherche à dissimuler sa vraie pensée sous des concessions apparentes, uniquement parce qu'il est convaincu d'avance de la répulsion presque unanime du pays pour des écoles sans prière, sans culte et sans Dieu. (Vives réclamations à gauche. Applaudissements à droite.)

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