‹ Œuvres polemiques (volume 5)Chapitre 24 sur 26 · LA LAÏCITÉ DE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE · texte numérisé non relu

LA LAÏCITÉ DE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE

Mgr Freppel. Je prie la Chambre de vouloir bien m'excuser si je prends la liberté cV intervenir une seconde fois dans la grave question qui s'agite devant elle.

Mais, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire à l'une de nos dernières séances, l'instruction obligatoire et le maintien ou la suppression de l'enseignement religieux dans les écoles primaires sont, à mes yeux,

deux points absolument distincts^ et dont l'un ne commande pas l'autre ; voilà pourquoi je tenais à les traiter séparément. On peut être partisan de la contrainte légale^ et je ne le suis en aucune façon, comme je crois l'avoir suffisamment montré, mais enfin on peut être partisan de la contrainte légale sans vouloir pour cela bannir de l'école ni la prière, ni la lecture de l'Evangile, ni l'étude de l'histoire sainte...

Un membre à gauche. Il n'y aurait donc plus rien à faire à l'Eglise !

Mgr Freppel... ni la récitation du catéchisme diocésain...

M. Henri de Lacretelle. Il n'y aura plus rien à faire à l'Église alors !

Mgr Freppel... ni la récitation du catéchisme diocésain, le seul qui puisse venir

en question,, car c'est dans ce cadre très modeste et très restreint que s'est renfermé jusqu'ici l'enseignement religieux des écoles primaires, conformément à la lettre et à l'esprit des lois de 1833 et de 1850.

Je sais que tel n'est pas l'avis de M. le rapporteur de la Commission, ni peut-être même celui du Gouvernement; mais je ne désespère pas de les ramener au maintien de ce minimum d'éléments religieux, en montrant que ni la liberté religieuse des élèves, ni celle des maîtres, n'auront rien à redouter ni à souffrir de nos justes réclamations.

Et d'abord, Messieurs, il est un fait considérable et qui ne laisse pas de créer un préjugé favorable à ma thèse : c'est qu'il existe en Europe une quantité d'États où l'instruction primaire est obligatoire —

l'Autriche, l'Allemagne et l'Italie. — et où néanmoins l'enseignement religieux est donné à l'école même, par l'instituteur ou par l'institutrice.

Direz-vous que, dans ces différents pays on se montre moins soucieux que dans le nôtre de la liberté religieuse des élèves et des maîtres? Vous ne le direz pas plus que moi, puisque c'est précisément l'Allemagne que vous voulez choisir pour modèle. (Rumeurs à gauche.)

M. Paul Bert, rapporteur. Pas à ce point de vue là !

Mgr Freppel. Donc à moins de prétendre que les Pays-Bas et une partie de la Suisse ont seuls le monopole de la liberté religieuse, vous ne pouvez pas soutenir qu'il y a incompatibilité entre l'instruction obligatoire

et l'enseignement religieux donné dans les écoles primaires.

Voilà donc, Messieurs, un premier fait sur lequel j'appelle l'attention de la Chambre.

Mais laissons de côté, si vous le voulez,, les pays étrangers pour nous en tenir au nôtre; car, après tout, nous n'avons pas à faire des lois pour la Hollande, ni pour le canton de Neufchâtel, mais bien pour la France. Quand est-ce que cette question de l'instruction obligatoire, écartée des lois de 1833 et de 1850, après des débats aussi intéressants qu'approfondis, quand est-ce que la question de l'instruction obligatoire est revenue se poser sérieusement devant le pays ? C'est à l'époque où M. Duruy présentait à l'empereur son rapport resté célèbre

sur l'état de l'enseignement primaire pendant l'année 1863.

Mais M. Duruy, partisan convaincu de l'instruction obligatoire, entendait-il bannir des écoles primaires l'enseignement religieux ? Pas le moins du monde. Il admettait parfaitement, avec les législateurs des Etats que je viens de citer, que l'instruction obligatoire se concilie sans peine avec l'enseignement religieux donné dans l'école primaire par l'instituteur ou par l'institutrice. Aussi grande a été ma surprise d'entendre MM. Paul Bert et Chalamet s'appuyer sur l'autorité de M. Duruy, dont le sentiment

est en absolue contradiction avec le leur

(Très bien ! à droite), car voici les principes qu'il formulait à cet égard :

« Il y a en France 35 millions de catho-

liques contre moins cle 2 millions de dissidents. » Ce dernier nombre est devenu bien inférieur depuis la perte si malheureuse de l'Alsace et de la Lorraine.

« Or, les lois ne sont pas faites pour ce qui est l'exception, il suffit que la minorité trouve dans la loi toutes les garanties nécessaires à la liberté de conscience... » (Très bien ! très bien, à droite.)

« Nos lois scolaires et nos règlements ont pourvu à toutes les exigences légitimes en décidant que les élèves dissidents n'assisteraient pas aux exercices religieux et que des ministres de leur croyance leur donneraient à part, l'enseignement dogmatique.

« En fait il existe très peu d'écoles mixtes, quant à la religion, autorisées

comme telles par les Conseils départementaux dans les communes où plusieurs cultes sont professés publiquement : on n'en compte que 211 sur plus de 52,000. D'ailleurs, dans nos écoles comme dans celles où sont reçus les enfants des dissidents isolés, ceux-ci trouveront toujours auprès de Fadministration les moyens assurés de sauvegarder la foi de leurs enfants. » (Marques d'approbation à droite.)

C'est dans ces termes que M. Duruy, « ce ministre véritablement libéral, »

comme l'appelait M. Chalamet, posait la question en ce qui concerne l'enseignement religieux dans les écoles primaires; il partait de ce fait certain, avéré, incontestable, qu'il y a en France trente-cinq millions de catholiques recensés contre un

nombre relativement minime de dissidents.

M. Eugène Mm. Ils ne sont pas tous bon teint les catholiques !

Mgr Freppel. Je reproduis le sentiment de M. Duruy. Il énonçait ce principe, non moins indiscutable, que les lois ne sont pas faites pour ce qui est l'exception, — autrement il serait impossible d'en faire, — et qu'il suffit que les minorités trouvent dans la loi les garanties nécessaires à la liberté religieuse. Ces garanties, M. Duruy les trouvait expresses, formelles, dans nos lois scolaires et dans nos règlements. Et si elles ne s'y trouvent pas, le législateur n'aurait qu'à les y mettre ; personne n'y contredira.

M. Barodet. Alors vous admettez la liberté de conscience ?

Mgr Freppel. Y a-t-il, continuait M. Duruy, parmi les enfants catholiques qui forment l'immense majorité de la population scolaire, y a-t-il quelques enfants appartenant à des dissidents, soit protestants, soit israélites, soit libres penseurs, ils ne priveront pas pour cela leurs condisciples, qui sont la règle, tandis qu'ils ne forment que l'exception, ils ne priveront pas, comme cela est juste, rationnel, équitable, ils ne priveront pas, dis-je, leurs condisciples du bénéfice de l'instruction religieuse, car ce serait une injustice, ce serait une intolérance, ce serait l'oppression de la majorité par la minorité. (Très bien ! à droite.)

M. Barodet. Alors vous admettez la liberté de conscience ! C'est contraire au Syllabus !

Mgr Freppel. Permettez!.... J'analyse l'opinion de M. Duruy.

Je continue :

Seulement, et quant à eux, ils n'assisteront pas aux exercices religieux,, ils seront dispensés de la récitation du catéchisme, de la lecture de l'Evangile, de la prière même, si vous le voulez

M. Lelièvre. Et l'histoire sainte ?

Mgr Freppel.... on ne leur demandera* absolument rien de contraire aux sentiments et aux voeux de leurs parents ; la majorité conservera tous ses droits, la minorité ne perdra aucun des siens, Où voyez- vous clans tout cela l'ombre d'une atteinte à ce que vous appelez la liberté de conscience des élèves ?

Eh bien, Messieurs, est-ce que la ques-

tion si bien présentée par M. Duruy, — et je cite M. Duruy, non pas comme un père de l'Église.... (Exclamations à gauche), mais précisément parce qu'il n'a jamais voulu passer pour tel et que dès lors son autorité doit être considérable à vos yeux... (Très bien ! et rires à droite), est-ce que la question si bien présentée par M. Duruy ne se pose pas de la même façon à l'heure présente? Est-ce que, comme le faisait observer mon éloquent collègue du Finistère., M. Villiers, est-ce que les derniers recensements de la population française ne nous donnent pas le nombre de 35 millions de catholiques

M. Lelièvre. Combien de pratiquants?

Mgr Freppel... contre un chiffre relativement minime de dissidents?

On m'interrompt pour me dire que tous les catholiques n'ont pas une égale ferveur. . . (Rires à gauche.)

Un membre à gauche. Ce n'est pas seulement la ferveur % c'est la foi qui manque !

Mgr Freppel. • Gela est possible, cela est malheureusement très probable.

M. Lelièvre. C'est certain.

Mgr Freppel. Mais, Messieurs, pour vous, législateurs, il ne s'agit pas de rechercher si ces 35 ou 36 millions de catholiques pratiquent plus ou moins fidèlement leurs devoirs de religion, — ceci est l'affaire de l'Église et non pas de l'État.

M. Lelièvre. Par conséquent nous n'avons pas à nous en occuper. Gela ne nous regarde pas.

Mgr Freppel. Je vous donne précisément la réponse.

Nous n'avons, dis-je, à descendre dans la conscience de personne ; nous n'avons à examiner la conduite de qui que ce soit. Le législateur n'opère pas de la même façon que le philosophe ou le théologien... (Interruption à gauche); il prend le fait, le fait officiel, juridique, légal, le seul qu'il puisse faire entrer en ligne de compte, et c'est cle ce fait qu'il part pour donner à la loi sa mesure et sa portée.

A droite. Très bien ! très bien !

Mgr Freppel. Eh bien, ce fait, ce fait officiel, juridique, légal...

Une voix à gauche. Gomment légal !

Mgr Freppel... ce fait indéniable, parce qu'il est constaté sur les rôles de l'État,

c'est qu'il existe, en France, une immense majorité de pères de famille qui font baptiser leurs enfants, qui leur font faire la première communion, qui les font élever dans la religion catholique. (Interruptions à gauche.)

M. Paul de Cassagnac. Et qui se font enterrer à l'église, comme M. Albert Jolj, un des vôtres !

A droite. Très bien ! Voilà leur logique !

M. le Président. N'interrompez pas, Messieurs.

M. Paul de Cassagnac. Vous y étiez, et vous l'avez vu !

Mgr Freppel. Et, pour ma part, je ne sache pas que dans mon diocèse il y ait un seul enfant auquel ses parents ne fassent

faire sa première communion. (Très bien! très bien! à droite.)

A gauche. C'est leur droit!

M. Allain-Targé. Ne faites donc pas une politique qui compromettrait votre diocèse !

Mgr Freppel. Voilà la situation légale du pays au point de vue religieux.

A gauche. Légal? mais non !

Mgr Freppel. Législateurs, vous n'en connaissez point d'autre, vous ne pouvez, vous ne devez pas en connaître d'autre — (Très bien ! très bien ! à droite.)

A gauche. Encore une fois, en vertu de quelle loi ?

Mgr Freppel. Le reste est affaire théologique ou philosophique et n'est ni du ressort ni de la compétence de cette Chambre (Applau-

dissements à droite. — (Réclamations à gauche.) Cette situation légale du pays au point de vue religieux, la contestez- vous ? Vous la contestez si peu que vous la proclamez vous-mêmes, car voici ce que je lis à la page 454 du rapport de la Commission :

« Total des écoles pour la France : catholiques, 69,381; protestants, 1,535; Israélites, 43. »

Ce sont vos propres expressions. Donc vous reconnaissez vous-mêmes qu'il y a en France 69,381 écoles catholiques.

Vous les appelez de ce nom, vous leur donnez ce titre, vous leur attribuez ce caractère et avec raison, et par conséquent, vous avez le devoir de les traiter comme telles. (Rumeurs à gauche.)

A droite. C'est logique.

Mgr Freppel. Du moment où, de votre propre aveu, ce sont des écoles catholiques, composées d'enfants catholiques,, vous n'avez pas le droit de placer à leur tête un protestant ou un israélite ou un libre-penseur. (Interruptions à gauche.)

M. Paul de Cassag^nac. Très bien ! très bien !

Mgr Freppel. A des écoles que vousmêmes qualifiez de catholiques, il f%ut des maîtres catholiques comme elles, ou bien vous blesseriez tous les droits.

(Murmures à gauche. — Assentiment à droite.)

J'ajoute, Messieurs, que vous blesseriez le caractère de l'instituteur; car pour peu que cet homme ait de loyauté, d'honneur, cle délicatesse, — et il en a, — il ne con-

sentira jamais à faire l'éducation d'enfants appartenant à un culte différent du sien. (Exclamations à gauche.) C'est pour lui une question d'honnêteté, et je dirai même de décence.

M. Lelièvre. C'est la condamnation même de votre thèse !

Mgr Freppel. Donc, de deux choses l'une, ou l'instituteur n'est pas catholique, et alors sa place n'est pas à la tête d'une école que y ou s appelez de ce nom ; ou il est catholique, et dans ce cas, en quoi sa conscience serat— elle gênée, s'il fait pour les enfants de son école ce que, père de famille, il ne manque pas de faire à l'égard des siens propres, c'est-à-dire s'il leur apprend à prier, à réciter le catéchisme et à lire l'Évangile ?

Ne prononcez donc pas ces grands mots qui n'ont aucune application dans le cas présent, ne venez pas nous parler de liberté religieuse blessée, soit dans la personne du maître, soit dans celle des élèves. Tous les droits sont sauvegardés : celui de la majorité par l'enseignement religieux ; celui de la minorité par la dispense et par l'abstention.

M. le Rapporteur. Pourquoi interdisaiton les instituteurs libres qui s'abstenaient?

M. Paul de Cassagnac. C'était au temps de Goriolan ! (Rires à droite.)

M. le Président. N'interrompez pas, Messieurs !

Mgr Freppel. Sans doute, je le sais bien, il y a des logiciens à outrance qui vont jusqu'à prétendre qu'il suffit de la présence

d'un seul enfant dissident pour priver ses condisciples du bénéfice de l'instruction religieuse.

M. Barodet. Vos curés sont là pour la donner !

Mgr Freppel. Mais, Messieurs, veuillez donc bien réfléchir aux conséquences d'une pareille théorie. S'il suffit de la présence d'un seul enfant dissident pour priver tous ses condisciples de l'instruction religieuse, il faut aller résolument jusqu'au bout et accepter toutes les conséquences du principe ainsi posé : car le domaine de la conscience est bien vaste. Une fois armé de ce prétendu droit, tel père de famille viendra dire à l'instituteur : Je n'entends pas que vous- parliez de l'âme spirituelle devant mon enfant; car je suis matérialiste et vous blés-

seriez ma liberté de conscience. Tel autre lui dira : Je ne veux pas que vous enseigniez à mon enfant la légitimité de la propriété individuelle... (Rumeurs à gauche et au centre), car je suis collectiviste, je suis socialiste de l'école de Proudhon ou de Karl Marx, et pour moi la propriété individuelle c'est le vol...

A gauche. Allons donc! — Et le code?

M. le Rapporteur. Il y a la loi civile.

Mgr Freppel. Un troisième pourra lui dire : Gardez-vous d'inculquer à mon enfant la théorie du libre arbitre et de la responsabilité morale, car je suis fataliste, et je ne veux pas que vous incliniez dans un sens contraire cette jeune intelligence que je confie à vos soins.

Une fois engagés dans cette voie, où allez-

vous vous arrêter, et que pourra-t-il bien rester du programme de l'instituteur, si, sous prétexte de liberté de conscience, chaque père de famille peut venir diminuer la somme totale des matières de l'enseignement? (Très bien ! très bien ! à droite.)

Donc^ Messieurs, il faut de toute nécessité, sous peine de tomber dans l'absurde, en revenir au principe que posait M. Duruy à propos de l'enseignement religieux et moral dans les écoles primaires :

« Les lois ne sont pas faites pour ce qui est l'exception ; autrement il serait impossible d'en faire. Il suffit que la minorité trouve dans la loi les garanties nécessaires pour la liberté religieuse. » (Marques d'approbation à droite).

Dans les écoles catholiques, composées

d'enfants catholiques, il faut également que la doctrine soit catholique; et s'il s'y trouve l'un ou l'autre dissident, sa situation sera suffisamment sauvegardée du moment où on ne lui demande absolument rien de contraire aux sentiments et aux vœux de sa famille, (Très bien ! très bien ! à droite).

M. Paul de Cassagnac. Voilà la vérité !

Mgr Freppel. Vous voulez nous rassurer en disant que clans l'école telle que vous la concevez, on se renfermera dans une stricte neutralité; que l'on ne parlera ni pour, ni contre la religion, que l'on se contentera de se taire sur l'Église, sur le Christ, sur l'Évangile et sur Dieu lui-même ; car vous allez jusque-là, Monsieur le rapporteur de la Commission, à la page 40 de votre rapport.

il ne faut pas qu'il subsiste là-dessus la moindre équivoque.

On nous dit maintenant que le gouvernement et la Commission ne sont pas d'accord sur ce point. Nous le verrons bien dans le cours de la discussion; mais en attendant, je n'ai devant moi que le projet de loi éclairé par l'exposé des motifs de la Commission. Eh bien ! je vous demande, — je ne mets en cloute les bonnes intentions de personne, je n'en ai ni le droit ni le goût... (Murmures à gauche.)

M. Paul de Cassagnac. Mais il paraît qu'on s'y trompe !

Mgr Freppel... je vous demande seulement si pareille neutralité pourra subsister quelque part? Serait-il possible à un instituteur quelconque de rayer Dieu de son en-

seignement ? Et le voudrait-il, quel moyen d'écarter un nom que l'enfant a sur les lèvres et dans le cœur

Un membre à gauche. Eh bien alors ?.

Mgr Freppel... qu'il mêle à tout instinctivement, qu'il retrouve partout, qui lui apparaît à chaque page de ses livres de lecture ?

Ces livres où l'enfant apprend à lire, et où il est question sans cesse de Dieu, du Christ, de l'Évangile, allez-vous les bannir de toutes les écoles publiques de France ? Car il faudra bien que vous en arriviez là. Et par quoi les remplacerez-vous ? Par des livres où ne figurera aucun de ces noms les plus augustes et les plus dignes de respect qu'on puisse prononcer sur la terre ?

Encore une fois est-ce possible ? Comprenez-vous un livre d'histoire naturelle où il

ne soit pas question de nature, de providence, de création, où ne reviennent quantité de mots exprimant ces mêmes idées ou d'autres mots qui rendent des idées contraires ? Comprenez-vous une histoire de France où l'on se taise sur l'Église catholique qui apparaît à chacune de ses pages ? Sera-t-il interdit à l'enfant de demander à l'instituteur ce que signifient toutes ces choses? Sera-t-il défendu à l'instituteur de donner des explications sous peine de pénétrer dans le dogme et de sortir de la neutralité? Devra-t-il répondre invariablement : ceci ne me regarde pas, c'est l'affaire de M. le curé? Et voilà le rôle étroit, mesquin, infime, machinal, mécanique, auquel vous voulez condamner l'instituteur sous prétexte de l'élever .'-(Interrup-

tions et rires à gauche. — Marques d'assentiment à droite.)

Est-ce que vous ne voyez pas que vous faites à cet homme une sanglante injure, et que d'un pareil enseignement sans lumière et sans vie,, d'un enseignement où il ne sera plus question ni de Dieu, ni du Christ, ni de la Bible, ni de l'Évangile, ni de tout ce qui fait l'honneur et la force du genre humain, il ne sortira que des générations inférieures et abaissées? (Applaudissements à droite.)

G'est ce que disait très bien le rapporteur de la loi de 1833, M. Renouard, dont vous ne suspecterez pas les opinions libérales, ni même républicaines; il est mort sénateur et procureur général de la cour de cassation.

M. Hérisson. Il ne l'était plus!

MKr Freppel. « L'instruction religieuse... » , disait-il dans la séance de la Chambre des députés du 4 mars 1833, — ce n'était pourtant pas une époque de réaction religieuse, 1833 ! — « ... l'instruction religieuse n'est pas de nature à être concentrée dans le cercle étroit de quelques leçons. Elle ne saurait être, dès le premier âge, présentée sous trop de formes à tous les esprits. Elle se mêle, comme la morale, aux plus simples paroles qu'on adresse à l'enfance.

« Nous voulons tous le succès des écoles. Réfléchissez si les parents seraient appelés par un attrait bien puissant à y envoyer leurs enfants, après qu'il aurait été officiellement déclaré par la loi, que les saintes Ecritures, que le catéchisme, que l'histoire sacrée ne pourraient plus y être adoptés

comme livres de lecture; car, pour peu que l'on tienne à se montrer conséquent, il est inévitable d'aller jusque-là, si l'on interdit aux instituteurs de s'immiscer dans l'instruction religieuse. Croyez bien qu'une partie considérable de la population, mue par un sentiment digne de nos respects, reculerait loin de nos écoles, si, sans égard à l'état des mœurs et brisant de longues habitudes, nous ne permettions aux parents d'y retrouver aucun de ces livres auxquels une longue vénération s'attache, et si l'on n'y redisait jamais quelques-unes de ces prières et de ces leçons que les pères et mères ont eux-mêmes entendues dans leur enfance, et qu'ils se regarderaient comme coupables de ne pas mettre au-dessus de tous les autres enseignements. »

Permettez-moi, Messieurs, d'insister' sur ce point, car là est le nœud de la question. C'est le seul point qui, du moins en dehors de cette enceinte, pourrait faire illusion à quelques esprits peu familiers avec la tenue et la marche d'une école.

On se figure que le silence de l'instituteur sur la religion équivaut de sa part à un acte de neutralité ; c'est là une pure chimère.

Ne pas parler de Dieu à l'enfant pendant sept ans? alors qu'on l'instruit six heures par jour, c'est lui faire accroire positivement que Dieu n'existe pas, ou qu'on n'a nul besoin de s'occuper de lui. (Très bien ! très bien ! à droite.)

Expliquer à l'enfant les devoirs de l'homme envers lui-même et envers ses sem-

niables, et garder un silence profond sur les devoirs de l'homme envers Dieu, c'est lui insinuer clairement que ces devoirs n'existent pas, ou qu'ils n'ont aucune importance. Avec la finesse d'observation naturelle à son âge, et que vous lui avez reconnue l'autre jour, non sans raison, l'enfant se dira que son maître ne croit pas en Dieu et il fera de même, ou il doutera.

Votre école neutre ne produira donc que des sceptiques et des indifférents : voilà pourquoi notre conscience nous fait un devoir de la repousser de toutes nos forces. (Très bien !)

L'instituteur se renfermera dans une abstention complète à l'égard des matières religieuses ! Mais, Messieurs, sur ce point capital, l'abstention est impossible : car

suivant que l'on croit ou que l'on ne croit pas à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme, la pensée et la vie humaine prennent un tout autre cours.

En pareil cas, et de la part d'un instituteur, le silence équivaut à la négation.

Taire systématiquement et de parti pris, — car c'est l'hypothèse, — le nom du Christ, sa doctrine, sa vie, ses œuvres, dans une école d'enfants chrétiens, qui l'invoquent matin et soir, qui vont faire leur première communion ou qui viennent de la faire, ce n'est pas garder un rôle purement passif, ce n'est pas se renfermer dans la neutralité ; c'est agir directement , positivement sur l'esprit de l'enfant, c'est lui faire accroire que le Christ n'est pas Dieu, puisque le maître ne daigne même pas

s'occuper de lui. (Assentiment- à droite).

On ne cantonne pas la religion dans un coin de l'âme ; elle n'est rien, ou comme le disait Bossuet : « Elle est le tout de Fhomme. » (Applaudissements à droite.)

On ne puise pas la croyance à l'église pour la laisser à la porte de l'école ; cette croyance suit l'enfant partout, elle s'identifie avec lui ; elle a besoin d'être éclairée et soutenue à l'école, comme dans la famille, comme à l'église.

Que suis-je? Qui a créé le monde ? Pourquoi sommes-nous sur cette terre? Qu'y a'-t-il après la mort ? (Exclamations à gauche.)

Mais, Messieurs, comme le disait un pasteur protestant de Genève, M. Nâville, il suffira de la mort d'un de ses petits camarades, dont il vient d'accompagner la dé-

pouille mortelle jusqu'à la dernière demeure, pour soulever dans l'âme de l'enfant toutes ces questions. (Très bien ! très bien ! à droite.)

Ces questions-là, ces questions dogmatiques au premier chef se posent à l'enfant, sous une forme appropriée à son âge, je le veux bien, mais enfin elles se posent à lui comme elles préoccupent l'homme mûr.

Si vous refusez d'y répondre, sous prétexte de garder la neutralité, et de ne pas toucher au for intérieur, vous allez rabaisser l'enseignement scolaire à un degré de vulgarité, de banalité et d'insignifiance dont je rougirais pour mon pays !

Et si vous y répondez, vous sortez bon gré mal gré de votre prétendue neutralité. (Très bien ! très bien ! à droite.)

À l'école, ce qui se démontre ; à l'église ce que l'on croit ! nous disait l'autre jour, M. le rapporteur de la Commission.

Cette antithèse peut être brillante, mais elle n'est pas solide ; car la religion repose sur des faits...

M. Dethou... qui ne sont pas démontrés !

Mgr Freppel.. qui se démontrent absolument comme tous les autres faits. (Dénégations sur divers bancs à gauche).

Plusieurs membres. Et Jonas ! et Jonas !

Mgr Freppel. Le témoignage historique est une source de connaissances tout aussi positives et tout aussi certaines que celles dont la perception des sens nous fournit les éléments. Ce sont des preuves d'un autre ordre, des démonstrations d'un autre genre, sans doute, mais ce sont des preuves ou

des démonstrations qui, elles aussi, engendrent la certitude.

Vous n'avez qu'à passer dans la bibliothèque du Palais-Bourbon pour y trouver des centaines de volumes intitulés : Démonstration de la vérité de la religion chrétienne. (Exclamations et rires à gauche).

La théologie est une science, la métaphysique est une science tout comme la physiologie ; seulement ce sont des sciences d'un ordre plus élevé, parce qu'elles atteignent et éclairent les sommets de l'intelligence humaine. (Très bien ! à droite.)

L'instituteur, nous dit-on, se contentera d'enseigner la morale naturelle. Oui, sans cloute, il y a une morale naturelle, par cela seul que l'homme est un être" raisonnable et libre; tous les théologiens, saint Thomas à

leur tête , sont unanimes sur ce point.

Cette morale plus ou moins vague, indécise, incomplète, cette morale obscurcie et défigurée dans les siècles païens, — tous n'avez qu'à lire les erreurs si graves que Platon enseigne dans sa République, — cette morale, le Décalogue et l'Évangile l'ont formulée, précisée, éclaircie, développée, perfectionnée, et c'est ce qui fait la supériorité morale des nations chrétiennes sur les Chinois de Confucius et sur les Persans de Zoroastre, dont on nous parlait l'autre jour. (Très bien à droite.)

Mais, naturelle ou non, la morale est-elle pour cela indépendante du dogme? pas le moins du monde.

A mon tour, je ne veux pas me tromper de lieu; je ne dois pas oublier que la

Chambre n'est pas une académie, autrement je lui demanderais la permission de lui rappeler que si l'idée du bien n'a pas son fondement et sa racine dans la raison et dans la volonté divines, c'est-à-dire dans le souverain bien, dans l'absolu, dans l'infini, ce n'est plus qu'un fait, un fait relatif, contingent, variable, qui ne saurait plus rien avoir d'impératif ni de catégorique. (Très bien ! à droite.)

En dehors de l'idée de Dieu, qui est à -la base et au sommet de la doctrine morale, le devoir ne repose plus que sur un absolu néant. (Exclamations à gauche.)

Le mot n'est pas de moi, Messieurs, il est de M. Barthélemy-Saint-Hilaire.

Voici, en effet, ce qu'il écrivait, non pas en 1848, — M. Keller citait à bon droit

des paroles de l'honorable ministre des affaires étrangères prononcées à cette époque, — mais voici ce qu'il écrivait hier, pour ainsi dire, à la veille d'entrer au ministère, en 1879 :

« Le devoir ne repose plus que sur un absolu néant, du moment que l'on ne peut croire ni à Dieu, qui a fait la loi morale, ni à la pensée, qui la comprend, ni au libre arbitre, qui l'accomplit héroïquement à travers tous les sacrifices, »

Et un peu plus loin :

« Ce n'est pas l'homme qui a fait la loi morale, puisqu'il ne peut l'abolir, quelque désir qu'il en ait, quand elle le condamne aux tortures d'une existence pire que la mort. Mais une loi suppose nécessairement un législateur; et ici, le législateur tout-

puissant et souverain ne peut être que Dieu. C'est donc à Dieu directement que nous rattache la loi morale, dont nos législations ne sont jamais qu'un pâle reflet et un insuffisant écho. »

Et il serait interdit à l'instituteur de montrer le lien qui rattache cette loi morale à Dieu, lui qui a pour mission de former l'intelligence, le cœur et la volonté de l'enfant!...

Et enfin :

« Pensée et conscience, dans l'homme, loi morale qui s'impose, nécessité d'un législateur de qui vient cette loi souveraine, nécessité non moins certaine d'un jugement, croyance en Dieu et à sa présence en nous, plus encore que dans le reste de l'univers, ce sont là les titres de noblesse de l'homme,

ce sont autant de phénomènes divins qui ne se produisent qu'en lui et qui sont attachés et liés entre eux par des raisons de fer et de diamant dont Platon et Socrate parlent dans le Gorgias. Ceux qui les nient sont à plaindre autant que les aveugles qui ne voient pas la clarté des cieux. »

Et il serait défendu à l'instituteur d'énumérer à l'enfant ces titres de noblesse de l'homme ! C'est à ce terre-à-terre que vous voudriez rabaisser renseignement dans nos écoles primaires ! . . .

On a cité M. Guizot... mais M. Guizot a fait un livre tout exprès pour réfuter la thèse de la morale indépendante.

Permettez -moi seulement de vous citer quelques lignes :

« On essaie aujourd'hui d'établir une autre

thèse et de présenter la morale comme absolument indépendante de la religion : c'est là aussi une erreur grave qui enlève à la morale, sinon son principe, du moins sa source et sa fin, son auteur et son avenir. »

Et dans un autre écrit :

« Un autre caractère de cette loi n'est pas moins original ni moins auguste ; elle place Dieu et les devoirs envers Dieu en tête de la vie et des devoirs de l'homme ; elle unit intimement la religion et la morale, et les regarde comme inséparables. Que les philosophes les distinguent en les étudiant, qu'ils recherchent dans la nature humaine le principe ou les principes spéciaux de la morale considérée en elle-même et à part de la religion, c'est le droit de la science ; mais ce n'est là qu'un travail scientifique, une dis—

section de l'âme, qui ne s'applique qu'à une partie de ses facultés et ne la prend point dans l'ensemble et la réalité de sa vie. L'être humain, entier et vivant, est naturellement et à la fois moral et religieux ; à la loi morale qu'il trouve en lui-même, il faut un auteur et un juge ; Dieu est pour lui la source et le garant, Yalpha, Voméga de la morale.

« Que tel ou tel métaphysicien oublie Dieu en affirmant la loi morale, que tel ou tel homme reconnaisse et respecte la morale en restant étranger à la religion, cela se peut, cela se voit ; l'esprit humain peut se contenter d'une si petite dose de vérité ! L'homme se méconnaît et se mutile si aisément lui-même ! Sa pensée est si aisément incomplète, inconséquente et obscurcie ou

égarée par sa passion et sa liberté ! Mais ce ne sont là que des états exceptionnels de l'esprit, des abstractions scientifiques ; les hommes n'y tombent point d'une façon générale et durable ; dans la vie naturelle et pratique du genre humain, la morale et la religion sont nécessairement liées ; et c'est l'un des divins caractères du Décalogue, comme l'une des causes de son autorité permanente, après tant de siècles, d'avoir proclamé et pris pour base leur intime union. »

C'est ce que M. Guizot avait déjà dit dans ses Mémoires pour servir à V histoire de mon temps :

« Pour que l'instruction primaire soit vraiment bonne et socialement utile, il faut qu'elle soit profondément religieuse. Et je n'entends pas seulement par là que l'en-

seignement religieux doit y tenir sa place,, et que les pratiques de la religion y doivent être observées ; un peuple n'est pas élevé religieusement à de si petites et si mécaniques conditions ; il faut que l'éducation populaire soit donnée et reçue au sein d'une atmosphère religieuse. »

Un membre à gauche. A l'église.

Mgr Freppel. « Il faut que les impressions et les habitudes religieuses y pénètrent de toutes parts. La religion n'est pas une étude ou un exercice auquel on assigne son lieu et son heure ; c'est une foi, une loi qui doit se faire sentir constamment et partout, et qui n'exerce qu'à ce prix, sur l'âme et la vie, toute sa salutaire action... »

Je m'abstiens , comme vous le voyez, de produire des autorités ecclésiastiques, car

leur langage vous est connu d'avance. Je cite de préférence ceux que vous regardez comme les représentants de ce que vous appelez la grande tradition libérale en France. Voilà pourquoi je me permets d'ajouter l'opinion de M. Cousin qui, dans son rapport à la Chambre des pairs sur la loi de 1833, s'exprimait ainsi dans la séance du 21 mai ; et certes vous ne sauriez soupçonner M. Cousin d'une tendresse excessive à l'égard du catholicisme : fc

« Il est nécessaire que, parmi les divers objets de l'instruction primaire, l'éducation morale et religieuse ait le rang qui lui appar- . tient , c'est-à-dire le premier ; car c'est l'éducation morale qui seule peut faire des hommes et des citoyens, et il n'y a pas d'éducation morale sans religion. Cette

maxime de l'expérience, écrite en quelque sorte à la tête de la loi, lui conciliera le respect des gens de bien, le concours de tous les pères de famille, facilitera son exécution et en fera aux jeux de l'Europe entière une loi digne d'une grande nation civilisée. »

Vous avez cité l'autre jour M. Jouffroy. Véritablement on ne saurait avoir la main moins heureuse en fait de citations, car tout le monde a présentes à l'esprit les pages magnifiques où ce brillant esprit célèbre avec enthousiasme les avantages inappréciables de ce manuel de l'enfance chrétienne qu'on appelle le catéchisme :

« Il y a un petit livre qu'on fait apprendre aux enfants et sur lequel on les interroge à l'église : lisez ce petit livre, qui est le Catéchisme ; vous y trouverez une solution de

toutes les questions que j'ai posées, de toutes sans exception. Demandez au chrétien d'où vient l'espèce humaine, il le sait ; où elle va, il le sait. Demandez à ce pauvre enfant,, qui de sa vie n'y avait songé, pourquoi il est ici-bas et ce qu'il deviendra après sa mort, il vous fera une réponse sublime, qu'il ne comprendra pas, mais qui n'en est pas moins admirable. Demandez-lui comment le monde a été créé, et à quelle fin ; pourquoi Dieu y a mis des animaux, des plantes ; comment la terre a été peuplée ; si c'est par une seule famille ou par plusieurs ; pourquoi les hommes parlent plusieurs langues ; pourquoi ils souffrent, pourquoi ils se battent, et comment tout cela finira : il le sait. Origine du monde, origine de l'espèce, question de races, destinées de Fhomaie en cette

vie et en l'autre^ rapports de l'homme avec Dieu, devoirs de l'homme envers ses semblables, droits de l'homme sur la création : il n'ignore rien ; et quand il sera grand, il n'hésitera pas davantage sur le droit naturel, sur le droit politique, sur le droit des gens ; car tout cela sort, tout cela découle avec clarté, et comme de soi-même, du christianisme. »

A droite. C'est très beau !

Mgr Freppel. Voilà le petit livre qu'il faut mettre entre les mains de l'enfant, à l'école comme à l'église. Car l'enfant ne se dédouble pas, il est tout un. (Approbation à droite.) Vous ne voudrez sans doute pas prononcer sur lui, au moral, le jugement de Salomon, le couper en deux" moitiés, dont l'une resterait séparée de l'autre. , Chrétien

dans sa famille, chrétien à l'église, il doit l'être également à l'école ; par conséquent, vous devez l'y traiter comme tel. (Nouvelle approbation à droite.)

Voilà pourquoi, Messieurs, la seule et unique solution est de conserver à nos 70,000 écoles catholiques leur caractère religieux.

En dehors de cette solution, la seule juste, la seule rationnelle, la seule équitable, la seule française, la seule ayant une base légale, votre école neutre, — que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas, — deviendra logiquement, forcément, l'école athée, l'école sans Dieu.

Déjà le bon sens public l'a qualifiée de ce titre par avance, et le bon sens public ne se

trompe guère dans les choses qui sont à sa portée.

Autour de cette question de laïcité si imprudemment soulevée, il se fera dans les esprits une agitation 'dont vous ne pouvez pas calculer les conséquences. (Rumeurs à gauche.)

A droite. C'est vrai ! Très bien !

Mgr Freppel. Car, à la différence d'autres questions qui ne saisissent pas les masses, celle-là remuera profondément nos populations chrétiennes jusque dans le dernier village de France... (Dénégations à gauche) ; elle retentira au cœur du père, de la mère et de l'enfant lui-même, car tous comprendront qu'il y va de l'avenir religieux du pays, de l'affaiblissement ou du maintien de sa foi. Et ce sont là des sentiments qu'on ne

blesse pas impunément, car ce sont les sentiments les plus élevés et les plus puissants de Fàme humaine.

Voilà pourquoi, Messieurs, je vous supplie, au nom des intérêts les plus sacrés de la patrie... (Sourires ironiques à gauche), de ces intérêts qui doivent vous être aussi chers qu'à moi-même, je vous supplie d'adopter l'amendement, de maintenir l'enseignement religieux dans nos écoles primaires et de rejeter cet article premier qui porte dans ses flancs la discorde et la division.

M. Dethou. C'est vous qai faites la division tous les jours !

M. le Président. N'interrompez pas !

Mgr Freppel. N'assumez pas devant Dieu et devant les hommes une aussi lourde

responsabilité ; épargnez-vous ce reproche que l'histoire ne manquerait pas de vous faire,, d'avoir, vous aussi, dans un jour d'irréflexion et d'oubli, troublé votre pays par une loi de malheur! (Applaudissements répétés à droite.)

M. le Président. 11 y a une demande de scrutin public sur l'amendement de Mgr Freppel et de plusieurs de ses collègues.

M. Paul de Cassagnac. Je constate qu'on ne peut pas répondre.

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