N« III
Extraits des Fragments Historiques
DU PRINCE LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE, t. Il, p. 17.
... En traçant les principaux faits des révolutions d'Angleterre, on éprouve au premier abord une répugnance naturelle, quand on €st né catholique, à traiter avec mépris les hommes qui soutinrent cette religion dans la Grande-Bretagne; mais, en examinant les ■choses de plus près, on voit qu'il est juste d'en vouloir à ces hommes qui, par un zèle aveugle et par une conduite inconsidérée, compromirent et dépopularisèrent, en Angleterre, la vraie doctrine du Christ, en en faisant une question de parti et une arme de leurs passions. Leur conduite doit être flétrie ; car jamais la religion
catholique ne s'était trouvée dans une situation aussi favorable qu'en Angleterre pour dominer par la pureté de ses principes et l'influence de sa morale. Persécutée par le pouvoir royal (?), elle devait suivre l'exemple de l'aristocratie, et se venger de son oppression en se mettant à la tête des libertés nationales. Sa position était admirable pour agir ainsi ; car elle était indépendante du pouvoir temporel, ne reconnaissant pour chef que le chef de l'Église universelle, tandis que les anglicans ne tenaient plus leurs droits et leurs pouvoirs que du droit et du pouvoir du chef de l'État; mais, aveuglé par des intérêts mondains, le clergé catholique se perdit en s'alliant aux oppresseurs du peuple, au lieu de s'allier aux opprimés. Tout esprit éclairé voyait si bien que les Stuarts perdaient la religion, que le pape Innocent XI témoignait hautement son mécontentement de la conduite imprudente de Jacques II, et les cardinaux de Rome disaient en plaisantant « qu'il fallait excommunier Jacques II, comme un homme qui allait perdre le peu de catholicisme qui restait en Angleterre. » Mais ce qui n'est pas moins remarquable, c'est que le prince d'Orange, chef de la ligue protestante, réunit en sa faveur, contre un souverain catholique, le pape, l'Espagne et l'empereur d'Allemagne, ce qui prouve qu'on s'dUie toujours à une cause noblement et franchement défendue, tandis qu'on déserte môme une cause amie, lorsqu'elle est conduite par la sottise et la lâcheté...