‹ Œuvres politiques de Benjamin ConstantChapitre 49 sur 71 · H. de Sismondi · texte numérisé non relu

H. de Sismondi

2. Les idées exprimées ici par Benjamin Constant sont trèsjustes au point de vue philosophique; mais par malheur elles sont jusqu'à présent bien peu répandues en France. L'établissement du suffrage universel, en donnant à la population la plus grande somme de droits politiques qui ait jamais existé, a fait voir combien peu nous comprenons nos devoirs civiques : la grande majorité des électeurs est parfaitement indifférente ou quand elle ne l'est pas, elle devient trop souvent la proie des partis extrêmes ou des intrigants. 11 y a dans les villes aussi bien que dans les campagnes une masse d'électeurs auxquels on peut faire tout croire ; et l'on mène toute la France avec une dizaine de mots. Ici, il suffit de dire d'un candidat : c'est vu rouge, il veut le

partage des biens, pour que les trois quarts des voix lui soient enlevés. Là, il suffit de dire : c'est un jésuite, c'est un blanc, il vous ramènera la dîme. L'ignorance des faits les plus importants eux • mêmes est poussée si loin, qu'en 1873 nou3 avons vu, à quaranlo lieues de Paris, des individus notables d'un quartier industriel, dans une ville de vingt mille âmes, venir nous annoncer avec un profond sentiment do tristesse qu'une révolution venait d'éclater à Paris, qu'on avait voulu prendre l'Hôtel de ville et fusiller lo général Trochu. Les bonnes gens venaient de lire un journal de 1871 qui leur était par hasard tombé sous la main; ils n'avaient point regardé la date ; de là leur inquiétude au sujet des dangers qu'avait courus le général Trochu. D'autres dans la môme ville, lors de la revue de l'armée allemande passée à Longchamps, se sont imaginé que Napoléon III était revenu à Paris, parce qu'ils avaient lu dans les journaux que Vempereur et le prince impérial assistaient à cette revue. Us ne s'étaient pas douté le moins du monde qu'il s'agissait de l'empereur d'Allemagne. Ceux-là étaient pourtant l'élite des électeurs du quartier, les abonnés des journaux de la localité. (Note de l'éditeur.)

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