A MADAME
Merci d'abord, inadame et chère marraine, pour la lettre que vous me counuuniquez de l'aimable Vaolila^. Cette lettre est })ieu remai'quableet bien .i^cutille; mais que dirai-je de vous, qui ne manquez jamais vuie occasion d'envoyer un ])eu de joie à ceux qui vous aiment? Vous êtes la seule créature humaine que je connaisse laite ainsi.
Un bienfait n'est jamais perdu : en réponse à votre lettre de Desdémone, je veux vous servir un ■souper chez mademoiselle Rachel^ qui vous amusera, si nous sommes toujours du même avis, et si vous partagez encore mon admiration pour celte sublime fille. Ma petite scène sera pour vous seule, d'abord parce que la )iobte enfant déteste les indis-
Madeiiioi-elle l'aiiliito Garcia
50 iKLVFiES l'OSTIIlMtS.
délions, et onsuilc |i;iiLC (jiroii a lail, depuis (juc je vais (niel(|iierois chez elle, laiil de sots jtropos et (le l»avai(la^('s, (ine j'ai pris le parti de ne pas iiieine dire <pi<' je l'ai vue au Tliéàlre-I' Vaneais.
On avait joué Tancièile ce soir, et j'étais allé dans l'entr'actc lui l'aire coniplinient sur son costume, (pii était cliarniant. Au cinquième acte, elle avait In sa lettre avec un accent plus louchant, |>lu> lU'olbnd (|ue jamais: elle-même ni'adil(|u'ence moment elle avait jileuré et s'était sentie émue à tel |)oint, (ju'elle avait craint d'être forcée de s'arrêter. A dix heures, au sortir du théâtre', le hasai'd m'-i lait la renconlrei' sous les {galeries du l*alais-lioyal, domiant le bras à Félix l{onnaire,et suivie d'un escadron de jeunesses^ parmi lesquelles mademoiselle Rahut, mademoiselle Itubois, du Conservatoire, etc. Je la salue ; elle me ié[)ond : « Je vous ennnène souper. »
Nous voilà donc arrivés chez idle-. Donnaire s'é- (•li|)se, triste et lâché delà rencontre ; Rachelsouiil de ce piteux dépait. Nous entrons; nous nous asseyons, les amis de ces demoiselles chacun à côté de sa chacune, cl moi à côté de la chère Faiifan. Après (pielques pro|)os insi^niliants, Rachel s'aperçoit qu'elle a oublié au théâtre ses bagues et ses bracelets; elle envoie sa bonne les chercher. — l'ins de servante pour l'aiie le souper! Mais llachel se
' La Iragédie conimençail à liuil licures et ne durait ;;ucic (lu'uiie lieure et demie.
- Mademoiselle IJaclu'l demeurait alors passajie Vcro-Dodat.
IN SOIPEP. CHEZ M'" I! A Cil KL. M
l(';vo, va sedésliahillor et pas^o à In ( iiisino. Un qiiaii il lioiire aj)rès, oIIp r^itro en rolic df rliaiiilnccl on ImmimoI (If nuit, un foulard sur rnriMJlc, jolie comme un ange, tenant à la main une assiette dans laqutdle sont trois biftecks qu'elle a fait cuire elle-même. — Elle pose l'assiette au milieu de la table, en nous disant : « Régalez-vous; » puis elle retourne à la cuisine, et revient tenant d'une main une sou))ière pleine de bouillon fumant et de l'autre une casserole on sont des épinards. — Voilà le soujier ! — Point d'assiettes ni de cuillers, la bonne avani emporté les clefs. Rachel ouvre le buffet, tro\ive un saladier plein de salade, prend la fourcbette de bois, déterre une assiette, et se met à manger seule.
« Mais, dit la maman, qui a faim, il y a des couverts d'étain à la cuisine. »
Raeliel va les cbercber, les apporte et les distribue aux: convive-. Ici commence le dialogue suivant, auquel vous allez bien reconnaître que je ne cbange rien.
LA MÈr.E.
Ma cbère, tes biftecks sont trop cuits.
RACHF. I..
C'est vrai ; ils sont durs comme du bois. Dans le temps où je faisais notre ménage, j'étais meillenrc cuisinière que cela. C'est un talent de moins. (,)ne voulez-vous! j'ai perdu d'mi côté, mais j'ai gagné (le l'autre. — Tu ne manges pas, SaralT'