‹ OEuvres posthumesChapitre 28 sur 103 · SCÈNE H · texte numérisé non relu

SCÈNE H

PRÉDÉGONDE, .p-hp.

'.Ho vont s'échapper! roHc nnif, dans une lioiiro.. ;iiil-d (in'i'llo s'ôloigne, on laiil-il ipr<'lli' iiiciire?

l\ SERVANTK DU KOi.

Pensons-j ; le. temps presse, el, je n'ai qu'un instant. L'occasion m'appelle, et le hasard m'attend. De cette trahison que faut-il que je fasse? Galsuinde a ses raisons pour me céder la place. L'heure en était venue, elle l'a bien compris ; Rlle a peur, l'Espagnole, et se sauve à tout prix. Dès demain, si je veux, cette luite soudaine De ce palais désert me laisse souveraine ; Ces portiques, ces murs, ces plaines, sont à moi ; Ce soir, j'y reste seule avec l'ombre d'un roi. Que fera ma rivale? Elle court en Espagne ; Jusques à la frontière un vieillard l'accompagne ; La honte la précède, et le mépris la suit ; On la croira chassée, en voyant qu'elle fuit. Que peut-elle? pleurer dans les bras de son père, Faire de ses chagrins un récit à sa mère ; Peut-être pour sa cause armer quelques soldats, Oui tireront l'épée et ne se battront pas ; Chercher d'niities amours, et sur les bords du Tage Promener les langueurs d'un précoce veuvage ; J'en ai presque pitié, nuls dangers, nuls témoins; Qu'elle parte! après tout, c'est un crime de moins.

.Mais que dis-je? le roi l'a-t-il répudiée? Non. .\bsente demain, sera-t-elle oubliée? Elle part, mais le coeur plein d'un mortel affront, La pourpre sur l'épaule et la couronne au front ; Kt moi, ({ui par faiblesse épargne une victime, le ne puis plus porter qu'un titre illégitime, El (pielque amour pour moi que le roi puisse avoir, Je ne puis ressaisir qu'un fragile pouvoir, liétri par le dégoût, brisé par un caprice '... ijiie [ilutôt dans mon sein mon cœur s'anéantisse!

«C (KUVRES POSTHIIMKS .

Ksl-ce (loin; y>onr si peu qiio j'rii, depuis doux ans, Ile l'oiilrr, (l;lll^ (<• ((riir, |i(iilr Unis les loiiniiciils? (>l,le triste grandeur, si loiii,'lentps attiMuiue, l']sl-re d(inr pour si pen que j'en suis desreudue, Toiidtaiit ilu rang snprènie an degré le pjn> lias, Sans pousser un soupii', sans reculer il'nn pa> ; (laressinl tonr à tour el servant ma rivale ; l'osant sur son clievel la robe nuptiale, Moi-iiiènie siu' s(tn sein prenant soin d'allaelier j,a ponrpre qu'à mes flancs je venais d'anaclier ; Sur les marrjies du trône, esclave altaiidonnée, \enant laver la place où je lus couronnée; Aux duidenrs de (ialsniiKh; assistant sans pfilir ; Dans ses yeux, dans sis jilenrs, cali nhuil l'avenir. Fa, parmi tant de maux, n'axant [loni' tonle joie (jne l'espitir de saisn' et d'altaltre ma |»roie? Non, non, il me j'aul pins (pi'nn niiséralile aninnr. lia passion tpie j'ai s'assouvit an grand jour, Kt je ne lessons point une oisive l'ailtlesse, A m'aller cojitentei' d'un lilie de maîtresse! Qu'une lenmie de conr ait cette làclielé. Je suis fille dn |ieuple, et j'ai plus de lierlé. Non, fialsninde, en (juittant cette cliamlire lalale, Tu n'enqjorteras pas nia dépouille royale, Kt ce glorieux nom qu'avant loi j ai poité, Tu me le i(;ndras tel que je te l'ai prêté; Tu l'aliandonneras, ce lit qui t'épouvante, Kl demain, s'il le faut, j'y rentrerai servanic. Mais j'en sortirai reine, el si, pinu' t'en hannu , Dans ta grandeur d'un jour il tant t'ensevelir. Accusez-en le ciel qui voiis a condanuu''e, Madame : vous venez heurter ma destinée ; Nous sonuues l'une à l'autre un olistadi' ici-ltas.

Page 1