‹ OEuvres posthumesChapitre 5 sur 103 · A LA POLOGNE · texte numérisé non relu

A LA POLOGNE

Jusqu'au jour, o Pologne ! où tu nous montreras (Juekjue désastre allieux, comme ceux de la Grèce, Quelque Mis.solonybi d'une nouvelle espèce, Quoi que tu puisses faire, on ne te croira pas. Battez-vous et mourez, braves gens. — L'beure an ivi Battez-vous; la pitié de l'Europe est tardive; Il lui faut des levains qui ne soient point usés. Battez-vous et mourez, car nous sonniies blasés !

STANCES

Je méditais, courbé sur uu volume anliquo. Les dogmes de Platon et les lois du Portique. Je voulus de la vie essayer le fardoan. Aussi bien, j'étais las des loisirs de l'enfance, Et j'entrai, sur les pas de la belle espérance, Dans ce monde nouveau.

Souvent on m'avait dit : « Que ton âge a de charmes ! Tes veux, heureux enfant, n'ont point d'amères larme; Seule la volupté peut t'arracher des pleurs. » Et je disais aussi : « Que la jeunesse est belle! Tout rit à ses regards ; tous les chemins, pour elle, Sont parsemés de fleurs ' »

Cependant, comme moi tout brillants de jeunesse, Des convives chantaient, pleins d'une douce Ivresse; Je leur tendis la main, en ni'avançant vers eux : « Amis, n'aurai-jc pas une place à la l'été? » Leur dis-je... Et pas un seul ne détourna la tète Et ne leva les yeux !

Je m'éloignai pensif, la mort au fond de l'âme. Alors, à mes regards vint s'offrir une femme. Je crus que dans ma nuit un ange avait passé. Et chacun admirait son souris plein de charme ;

STANCES. 9

Mais il me fit horreur ! car jamais une lirme Ne l'avait effacé.

« Dieu juste! m'écriai-je, à ma soif dévorante Le désert n'offre point de source bienfaisante. Je suis l'arbre isolé sur un sol malheureux, Comme en un vaste exil, placé dans la nature; Elle n'a pas d'écho pour ma voix qui murmure Et se perd dans les cieux.

Quel mortel ne sait pas, dans le sein des orages, Où reposer sa tête, à l'abii des naufrages? Et moi, jouet des flots, seul avec mes douleurs, Aucun navire ami ne vient frapper ma vue. Aucun, sur cette mer oix ma barque est perdue. Ne porte mes couleurs.

0 douce illusion ! berce-moi de tes songes ; Demandant le bonheur à tes riants mensonges, Je me sauve en tremblant de la réalité ; Car, pour moi, le printemps n'a pas de doux ombrages ; Le soleil est sans feux, l'Océan sans rivage, Et le jour sans clarté ! »

Ainsi, pour égayer son ennui solitaire, (Juand Dieu jeta le mal et le bien sur la terre, Moi, je ne pus trouver que ma part de douleur ; Convive repoussé de la fête publique.

Mes accents troubleraient l'harmonieux cantique Des enfants du Seigneur.

Ah ! si je ressemblais à ces hommes de pierre Qui, cherchant l'ombre amie et fuvant la iinnièrp,

10 (EIVF'.ES POSTIILMF.S.

Ont Ironvt' d.ins le vice un facile plaisir!.., Ceux-là vivent licuroux !... Mais celui qui dans l'ànio Gnrdo quelquo lueur d'une plus noble fljunmi', Celui-là doit mourir.

L'ennui, vautour affreux, l'a marqué pour sa proie ;

11 trouve son tourment dans la commune joie; Respirant dans le ciel tous les feux de l'enfer,

Le bonheur n'est pour lui qu'un borrible mélange, Car le miel le plus doux sur ses lèvres se change En un breuvage amer.

Jusqu'au jour où d'ennui son ànie dévorée Trouve pour reposer quelque tombe ignorée, Et retourne au néant, d'oij l'homme était venu ; Comme un poison brûlant, renfermé dans l'argile. Fermente, et brise enfin le vase trop Iragile Qui l'avait contenu.

A ALFllED TATTKT

iNoii, mon cher, I)icii niuiri ! pour trois iiiob de ciitinue,

Je ne me suis j)as l'ail [wete satiriq le ;

Mou silence n'csl pas, qujiqu'ou puisse eu doutei',

Uue prétention de nie faire écouter.

Je [)uis bien, je le crois, sans crainte et sans envie,

Lorsque je vois tomber la musc évanouie

Au milieu du l'alras d;' nos romans mort-nés.

Lui brûler, en passant, ma plume sous le nez ;

Mais censuier les sots, que le ciel m'en préserve '

Quand je m'en sentirais la chaleur et la verve,

Dans ce triste combat dussé-je être vainqueur.

Le déi^oùt que j'en ai m'en ùterait le cœur.

Novembre 18 ii

Eu 18 i2, luiMiuL' Allïcd de Mu?>cl eut publié sou Épllrc sur la paresse et le muiceau iutitu'é Apres une lecture, son ami .\lfre<i Tallel lui écrivit jiour l'engaî^cr à suivre uue veine satirique qui venait de lui procurer deux succès brillants. Ces vers sont la réponse du poêle à cette lettre.

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