‹ OEuvres posthumesChapitre 63 sur 103 · I-IÎÉ VANNES · texte numérisé non relu

I-IÎÉ VANNES

C'est que je l'aime »le tont mon cœur. Ne dois-je pas être son mari?

LA COMTESSE

D'accord, mais...

PHÉVANNES.

Est-ce qu'elle hésite?

LA COMTESSE

Elle dit qu'elle n'est pas pressée.

l'UKVANNES,

Nous verrons bien ; parlons de vous : (|u'est-il donc arrivé ?

LA COMTESSE

Rien de nonveau. — Mais dites-moi : comment voyez-vous de prime abord, en arrivant ici, que j'ai quelque .sujet d'inquiétude ?

PRÉVANNES

Il n'est |)as dil'licile de voir si les yeux sont tristes on non.

LA COMTESSE

Bon ! triste, on l'est pour cent raisons dont pas une souvent n'est sérieuse. Si vous rencontrez

un (le vos amis et qu'il ait l'air moins gai que la veille, allez -vous lui demander pourquoi? Cela arrive à tout le monde.

PRÉVANNES

A tout le monde, soit, je ne demanderai rien et ne m'en soucie pas davantage ; mais aux personnes qu'on aime, c'est autre chose, et je vous demande la permission d'oser v voir clair avec vous. — Je reviens à mon dire : qu'est-il arrivé ?

Je vous le répète, rien de nouveau, et c'est justement ce qui me désespère. Votre ami est si étrange, si bizarre...

PRÉVANNES

Ah! oui, il ne se décide pas. C'est un peu comme la petite cousine.

LA COMTESSE

Oh! c'est bien pire, et que voulez-vous? Notre mariage était... convenu... Je ne sais vraiment...

PRÉVANNES

Est-ce que je vous intimide ?

LA COMTESSE

Xon, non, vous êtes presque mon j)arent ; d'ailleurs, j'ai toute confiance en vous, et j'ai besoin de parler franchement. Vous connaissez, n'est-ce pas, la position singulière où je me trouve ! Veuve et libre, j'ai une famille qui no peut, il est vrai, disposer de moi, mais dont je ne voudrais, sous aucun prétexte , me séparer entièrement ; je ne suis pas forcée de suivre les conseils qu'on peut

lis (F.UYHKS l'OSTIIlIMES.

ino donner, mais vous comjn'pno/. que les conve-

ii;hh'('S,..

PRKVANNES.

Oui, les convenances... et mon ami Vallutin...

LA COMTESSE

M.deValbrun, avant mon maria^^e, avait, vous le savez aussi, demandé ma main. Depuis ce temps-là, il s'était éloigné, il était allé... je ne sais où ; je ne l'ai plus revu. Maintenant il est revenu, il a renouvelé sa demande; elle n'a point été rejtoussée, et... comme je vous le disais, les convenances, les intérêts de famille, et même une inclination récipro- (pie... je ne vous cache rien...

rr.ÉVANNKS.

A quoi bon?

LA COMTESSE

Tout s'unissait, s'accordait à merveille. Voilà trois mois que les clioses sont ainsi. Il nie voit Ions les jours, et il ne dit mot.

PKÉVANNFS.

Ola doit être latiguant.

LA COMTESSE

One puis-je faire? Attendrai-je un hasard, une éclaircie dans cette obscurité, et qu'une fantaisie lui prenne de me rappeler ma parole donnée? 11 V avait encore pour ma terre de Cernay, pour des arrérages, je ne sais quoi, quelques petites difficultés. Elles sont résolnes d'hier : je viens d'en recevoir l'avis. Lui en parlerai-je la première?

L'ANE RT LE l'.LFSSEAU. l'2tt

im!Évaa'.m:s.

Ma l'oi, oui. Si vous nie ronsultoz, ce serait mn façon de penser. Je connais Valhrun depuis l'enfance : c'est le plus honnête garçon du monde ; mais il ne fait jamais ce qu'il veut. Est-ce timidité, est-ce orgueil, est-ce seulement de la faiblesse? C'est tout cela peut-être à la fois. Quand la timidité nous tient à la gorge, elle gâte tout, elle se mêle à tout, même aux choses qui semblent lui être le plus opposées. Voilà un homme qui vous aime, qui vous adore, j'en léponds ; il se battrait cent fois, il se jetterait au feu pour vous ; mais c'est une entreprise au-dessus de ses forces que de se décider à acheter un cheval, et, s'il entre dan;; \\n salon, il ne sait où poser son chapeau.

LA COMTESSE

Ne serait-il pas dangereux d'épouser ce caractère-là.

^'RÉvA^^il;s.

l'oint du tout, car ce n'est pas le vôtre. D'ailleurs, il n'est ainsi que lorsqu'il est tout seul. H demandera, peut-être, alors son chemin ; mais, rpi'il vous donne le bras, il le saura de reste.

LA COMTESSE

Vous m'encouragez, je le vois. Mais est-il possible à une femme d'aborder de certaines questions...

Eh! madame, ne l'aimez-vous pas?

r.O (KUVRES POSTHIJMKS

LA COMTESSE

Mais ètes-voiis hion sur qu'il m'aime? Cetto madame Darcy.. .

PRÉVANNES

Ali! voilà lo lirvro. C'est, en pensant à cette l'emme-là que vous me disiez tout à l'hnireque ce ))auvre baron, après votre mariapfe, était allé je ne sais où... Mais vous parliez d'histoire ancienne.

Croyez-vous qu'il en soit tout à lait détaché !

PRÉVANNES

Vous ])ourriez dire quelque chose de plus... mais pour détaché, sans nul doute, car il n'en parle plus, maintenant, {»as même pour en dire du mal.

LA COMTESSE

Il l'a beaucoiip aimée?

PRÉ VANNE s.

On ne peut pas davantage. Cotte cruelle maladie, (pii a failli le mettre en terre, et cette défiance Itoudeuse qu'il en a gardée, sont autant de cadeaux de cette charmante personne. Ah, morhleu! cellelà, si je la tenais !...

LA COMTESSE

Est-ce que vous êtes vindicatif !

PRÉVANNES

Non pas pour moi, je n'ai pas de rancune, et je ne fais point de cas des colères conservées. Mais ce pauvre Henri, (pii, avec ses vertiges, est le plus franc, le plus brave garçon... la bonne dupe!

LA COMTESSE

Lui (loimez-vous ce nom parce qu'il lui est arrivé... de se tromper? C'est votre ami.

l'IÎÉVANAES.

Oui, et c'est pour cela même que je serais capable, Dieu me pardonne!... Oui, et ensuite, je ne saurais dire... mais je déteste la Tausst'té, la |)erlidie, tout l'arsenal des armes féminines ; je sais bien qu'on peut s'en servir utilement, mais cela me répugne ; et c'est ce qui lait (pie, si je iTaimais pas votre cousine, je serais amoureux de vous.

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