‹ OEuvres posthumesChapitre 98 sur 103 · A MADAME LA DUCHESSE DE CASTRIES · texte numérisé non relu

A MADAME LA DUCHESSE DE CASTRIES

Je rentre, madame, et il est deux heures ; je rentre, non pas triste, mais un peu las, et avec cette espèce de pressentiment d'ennui que donne la fatigue , m'attendant presque à quelque mauvaise nouvelle, comme Scapin. Au lieu de cela, je

•222 • (KIIVIiES l'dSTIIUMES.

Irouvp valro lioimo ol rliamianlo leltro (|iii imremet Pâme ;'i sa |ilace, en me montrant (|iie de si nobles choses si IVanclieinent j)ensées et si ai>ément dites s'adressent à moi. Merci mille lois de ce ra\on de soleil que vous m'envoyez. II était dans voire cœur et dans vos veux pendant que vous écriviez. Je ne suis pas trop dif^ne d'en rêver ce soir ; mais je ne veux pas dormir sans vous en remercier, quitte n vous demander pardon de le t'a-ire si mal.

Compliments respectiieux et dévoués.

Same(U soir.

A SA MAP.nMNr:.

Je ne puis aller ce soir chez vous, ma chère marraine, attendu que je suis plongé dans une lin de grippe qui me [ail grand mal au côte\ comme dit le malade imaginaire. J'espère que vous ne prendrez pas celte trop honne raison pour une excuse, quand vous saurez que cela m'emj)èchcra de monter la garde demain, et peut-éirc même d'aller en jtrison jeudi. — Vous comprenez (pie ce sont là les premiers des devoirs. — Je n'ai pas hesoin que vous quittiez Paris pour regretter mon métier (Kours, et je ne veux |)as vous dire (|ue je n'ai vu personne de l'hiver, car ce ne sérail pas

une raison ])Our ne vous avoir pas vue. Dites-vous que je n'ai pas existé. C'est la vraie vérité, et je ne suis pas encore prêt à sortir de terre. Compliments sur papier gris.

Alf. m.

■15 avril 1841.

MX

A SA MAIiHAIM., A V ET. S A 1 1. L K S.

J'ai grogné tout mon soiil ; mais je ne veux pas écrire à cette personne féroce. Non, je ne le veux pas. Ainsi, puisqu'il y a, à Versailles, un beau grand démon et un joli petit génie encore moins méchant qu'il n'est gros, tant pis pour le petit, car il faut que j'écrive.

Dites-moi, marraine, concevez-vous quelque chose de plus inhumain que celte personne? Elle me dit qu'elle a de l'amitié pour moi. — Moi, imbécile, je le crois bonnement. Je lui répète dans une demi-douzaine de lettres qu'elle est une des personnes du monde que j'aime le plus. — Elle me répond : « Venez. » — J'arrive, par la rive gauche, au péril de wa vie, et là-dessus, pour une m'xhante plaisanterie que je fais à table, — j laisanterie à laquelle vous-même n'avez pas fait la moindre attention, — elle me cherche une querelle d'Allemand, ou plutôt de Patagon, au milieu d'une j,arti«' d'échecs, que je j)ei\ls, bien entendu.

■m (KIÎVI'.ES PdSTIIlMKS.

Kilo voit (|irr'llo me luit iiiv jifiiio alTronso, »l alors la voilà qui se met à me fra|t|)er à «^çraiids coups de bâton sur la tète, avec son charmant sourire, entre ses deux fossettes, cl des rej^ards à me donner la migraine. Non ! il n'est pas possible d'être plus sanguinaire. — Et je crois aussi qu'il est bien diriicilc de s'ennuyer plu> cordialement (jue moi, hier, sur cette infernale avenue de l'aris, (jui faisait certainement oxjirès de s'allonger devant moi, comme le nez de Pantalon dans les Pilules du Diable. Marraine, je vous en prie, dites un Pater pour moi, car j'en vais faire une maladie quelconque. Et concevez-vous celte personne (je ne peux décidément pas la nommer) qui m'empêche de boire du vin pur, sous le prétexte que je tousse, et qui m'appli(jue sur le co'ur un cataplasme de cent mille coups d'épingle? Comme c'est rafraîchissant! on n'aurait qu'à l'aimer tout de bon ! qui sait? on serait à un joli régime : du sirop de groseille, et la torture 1

Marraine, je commence à m'ennuyer. même de grogner. Si je perds cette ressource, il n'y aura plus qu'à jeter des lleurs sur ma tombe. Tâchez d'y jeter un petit vernis.s-mein-niclit, et >oye/, sûre qu'il y poussera.

Vours.

Page 1