‹ OEuvres posthumesChapitre 99 sur 103 · A SA MARRAINE · texte numérisé non relu

A SA MARRAINE

Je remercie d'abord la plus petite de toutes de ne pas avoir oublié son ancienne coutume d'écrire à son fieux quand il pond. Rien n'est plus gentil et plus doux pour moi que ce bon petit écho. — Gardez-le-moi toujours, marraine, gardez-le-moi quand même. Un sentiment de ce genre-là doit être à l'abri de tout, et console de bien des choses.

Le public a été à peu près de l'avis d'Uranie. Il a préféré, m'a-t-on dit, le côté sérieux de mes vers*. Peut-être a-t-il raison ; mais, au fond, quelle drôle de manie de vouloir faire de l'art et de la pédanterie à propos d'une boutade ! 11 me semble que si les coudées franches sont permises quelque part, c'est dans les choses de ce genre. Mais, comme disait Listz, le public est un cuistre.

11 faut que je vous raconte deux carambolages que le hasard vient de s'amuser à faire deux jours de suite aux Italiens (je veux dire au théâtre Italien).

i" carambolage. P^igurez-vous, marraine, que je m'en vais voir Norma dimanche dernier, chose assez naturelle. Or, j'avais pris la stalle du balcon n" 25. Pourquoi? Parce que c'est la dernière au

Les vers à Leopanli intitulé? ; Après une lecture.

•220 (KIIVIIKS POSTHUMES.

roin, et qiio, dans la \uiio à (;nlr, je romplais Irouvor — qiicl(nrnii (|n(' vous no connaissez pas. J'arrive à Iniit licnres sonnant, tout emhanfumé^ et je tronve ilans la slalle n" 2i, c'csl-à-dirc à côté (le moi, nne fille entretenue, ancienne maîtresse (I lin (le mes amis. Elle m'adresse la j)arole, impossible de ne pas répondre, en sorte que, pour le publie, me voilà installé tranquillement au beau milieu du balcon des Bouffes avec une donzelle. Je me donnais au diable; on me lançait, ou plutôt on me laissait tomber des regards d'un mépris! — Je m'en suis allé, et j'ai planté tout là selon ma louable coutume.

■S" carambolage. Hier mardi, je suis allé voir /« lÀnda di Chomounij. Il y a de jolies cboses. Cela vaut la peine d'être enlemlu de vous. J'aime la Rrambilla, quoiqu'elle ait le plus gros postérieur du monde dans sa culotte de Savoyard. — Je m'adresse, en arrivant, à un marcband de billets qui m'en vend un. La comtesse de*** avait vendu sa loge. Il se trouve que c'est dans celle-là qu'on me donne une place. J'entre à ravant-scéne donc, et j'aperçois en face de moi Belgiojoso (jui me braque d'imairétonné. Ce n'était pas pour nievoirqu'ilétail venu là. (En face de moi, par parenthèse, était aussi l'ingrate Pauline.) Pendant l'entracte, Belgiojoso m'aborde dans le corridor. Xous nous promenons, — les meilleurs amis du monde, — et il jiaraît apprendre avec plaisir que j'ai payé ma place, si bien que nous devons souper ensemble vendredi.

LETTUES. m

Il m'a semblé que quelques persomies nous regardaient avec un peu de surprise.

Voilà mes deux carambolages. Ce n'esl pas grand'chose, comme vous voyez ; mais j'ai pensé que cela vous amuserait peut-être.

Vous savez que le petit s'en est allé, peut-être |iour longlenqjs. Cela m'a fait beaucoup plus de [)eine que je n'en ai eu l'air. Non-seulement j'aime beaucoup mon frère ; mais c'est mon ami, et il a eu, dans ces derniers jours d'ennui, tant de soins, tant de pitié pour moi, que son absence me laisse lerriblement seul. (Jiie de clioses se sont éloignées de moi, cette année !

Adieu, marraine, aimez-moi un peu, aimez-moi le plus possible. J'ai froid au cœur, j'ai bien besoin (|u'on m'aide un peu à vivre.

'iô nuvciiibre 18i"J.

A so.\ iiiEiii:;, i:n iTALii:.

Janvier 1843.)

Je sais, mon clier ami, que tu as fait bon vo}ag« et que tu m'amuses, ce qui ne m'étonne point, bien que Hetzel dise qu'il n'y a que toi au monde capable de trouver du plaisir à voyager seul.

Pour ce qui me regarde, je te dirai que je suis raccommodé avec Raclicl, je lai rencontrée à souper

228 ŒUVRES l'OsTII IIMES.

clicz Buloz et nous nous sommes iloimé iiiie poignùe de main. Tu sais (|u"ellc demeure sur le quai, comme le chevalier de la Marjolaine. C'est un gentil voisinage.

As-tu vu â Gènes ce beau jardin où il y a écrit .sur la j)orte : Hic mihi jucuuda soUtiulo^ amicitia jncuudior? c'est celui (jue préi'érail ton serviteur très-humble. Madame Sand en parle dans les Lettres d'un voyageur. Il y a une fontaine en grotte délicieuse.

Je me porte très-bien. Fais-en autant, amusetoi surtout, et envoie-nous des nouvelles dcNaplcs.

Al.FHKIl.

A SOIS riitliE, i;i\" ITAMt.

(Février 1845.)

Mon cher ami, j'ajoute ce mot à la lettre de ma mère pour répondre à tes questions.

J'étais donc à souper chez Buloz le jour des Rois. Toute la Revue s'y trouvait, plus Raehel. C'était un peu froid ; on aurait dit un dîner diplomatique. Le hasard facétieux a donné la fève à Henri Heine, (jui a fait semblant de ne pas savoir ce qu'on lui voulait, de sorte que le gâteau sur lequel la maitress(,' de la maison devait conijjter pour égayerla soirée, a été pour le roi dePrusse. Heureusement Chaudes-Aiguës s'est grisé, ce (juî a ronq)u

la glace. Rachel m'a demandé si nous étions lâchés, d'un petit air si coquet et si aimable que je lui ai répondu : « Pourquoi ne m'avez-vous pas regardé ainsi et fait la même question il y a trois ans? Vous sauriez que je ne connais pas la rancune, et notre brouille aurait duré vingt-quatre heures. » — Elle m'a lancé un regard plus coquet que le premier, en disant : « Oue de temj)s perdu ! » — Et nous nous sommes donné la main en réjiétant que c'était fini. Rachel m'a invité à venir chez elle, et j'y vais tous les jeudis. Voilà toute l'histoire. Chenavard vient me voir et me raconte ses chagrins en jouant aux échecs.

Adieu, mon cher ami ; je suis sage comme une rosière. Amuse-toi et aime-nous.

Alf. m.

Wlll

A MAIiAMK MÉ>ESSlEi;-.N ODIEli.

Je VOUS remercie, madame, de votre remerciment. J'ai peur que vous n'ayez peur encore d'un sonnet ; c'est pourquoi je m'empresse de vous rassurer. Vous avez tort de croire que le .«ilence ne dit rien ; il eu dit quelquefois beaucoup, et même ti'op, et même pas assez. Je crois (ju'Odrv en jiersonnc, de qui vous me citez une phrase mémorable, serait de mon avis là-dessus. Vous voyez (|ue je connais mes auteurs.

250 IKL'VRES l'USTIIl'MtS.

Sérieusement parlant, je vous remercie mille lois (Je voire Itonne et aimable lettre, et je vous |>rie d'agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués et les plus resjiectueux.

Alf. de Musset.

Vendredi (mai I8i5).

Si vous rencontriez le docteur Xeojilioluis, voudriez-vous être assez bonne pour lui l'aire de ma p;ul un sincère et très-humble complimeni sur ipiebpu's pages de la Piei'iie de Paris, où il a houvé le moyen d'être à la lois cîiarmant et raisonnable, chose qui devient de plus en plus rare.

WIV

A SOA FKi:i{E, EN ITALIE.

Lundi 2-2 mai (1845).

,1e te remercie de ta lettre, mon cher ami. Elle m'a l'ail grand |)hiisir, à moi d'abuid, connue disait notre ami de Guer, et ensuite à d'autres. J'ai montré ce soir même à madame ,1... ton dessin catanais. — Elle m'a chargé de te dire qu'elle ne t'écrira pas tant que tu seras en Sicile, parce qu'elle a peur d'une éruption et qu'il ne resterait plus, dans un monceau de cendres, que ta poche et sa lettre.

Puisque je te parle de la rue T. . . , tu sauras cpic depuis peu, on y est pris d'une rage de magné-

lismo. C'est h cliose du moiulo la plus curieuso. J'ai assisté à un coi tain nombre de séances. Ce que j'ai vu d'abord m'avait ]iresque rendu incrédule. Le petit Alexis (c'est le nom d'un somnambule) a été collé trois fois de suite par moi, dans une séance à laquelle, par parenthèse, assistait Paulinelte, qui nous a chanté un air dePalestrina, une sicilienne, qui est la plus belle chose qu'on puisse entendre.

Trois fois de suite, à peu près, je n'ai donc vu que des niaiseries, ou des tours de cartes, ce qui revient au même. Alexis a joué à l'écarté avec moi, les yeux bandés, mais très-mal. Il avait fait pourtant des choses assez singulières : ayant deux cardes de coton sur les yeux et un mouchoir bien serré par-dessus, il venait de jouer avec un des "raves collègues du conseiller, et non-seulement il jouait très-lestement, mais il indiquait le jeu de l'adversaire, — comme de lui dire par exemple : « Pourquoi ne jouez-vous pas la dame de carreau '.' >> Et il a touché du doigt la carte. Cela n'était |)as tout à fait facile ; mais, pour moi, cela n'était pas' suffisant. Mademoiselle Julie (autre somnambule) a commencé de même avec moi par être bête comme une oie; et puis voici le tour qu'elle m'a joué: Achille la magnétisait, Achille en personne, qui n'était pas compère*. Je lui ai demandé si elle pourrait lire un mot, non pas écrit, mais dans ma pensée. Elle m'a dit (pie oui: je lui ai pris la

* M. Achille BoiicliPt

main. J'avais pensé le nom de Racliel. Elle m'a dit qu'elle voyait les letlres, mais (jirelle ne pouvait pas lire le mot (dans nïon cerveau, note bien). — Je lui ai demandé si elle pourrait écrire ces lettres. « Oui. » On hii a donné du papier et un crayon. Elle a écrit C-L-E d'abord, ensuite, d'un seul coup. A-II. — Elle a cherché longtemps, et enfin elle a écrit Gharle. C'est précisément l'anagramme de Rachel. Ce sont les mémos lettres. N'est-ce pas très-baroque?

H tant dire qu'on l'aide un peu malgré soi. Cependant comment pécher, endormi ou non, un mot dans la cervelle d'un homme? Du reste, la mémo demoiselle Julie a lu très-vite ton propre nom écrit de ma blanche main sur un morceau de papier que je lui avais délicatement glissé dans le dos, sous sa robe, Ce genre de lecture n'est pas très-commode. Elle répétait sans cesse Po, Po, d'une voix presque éteinte. — « Eh bien, lui di^ Achille, Po, Po ! après? » Elle a lait un éclat de riie, et elle a prononcé ton nom. Ainsi, mon cher ami, tu es de moitié dans la farce. Qu'est-ce que c'est que tout cela? je n'en sais rien du tout.

Je ne sais pas si vous savez, vous autres, à Catane, que le Principe*** a enlevé la comtesse de***. Il y avait deux ans qu'ils étaient ensemble au su de tout Paris. La comtesse s'est disputée, à ce qu'il paraît, avec son mari; elle est arrivée cliez le prince (qui devait chanter le soir dans mi concert) ornée de son mouchoir pour tout bagage, et elle

LETTRES '25r.

lui a dit : « Allons-nous-en. » Ils sont en route. Le vent est aux enlèvements à Paris, dans ce momentci, ou pour mieux dire, aux séparations. Je viens de voir de mes yeux la même plaisanterie, qui est beaucoup moins gaie qu'on ne pense. Je t'expliquerai cela un jour; mais si tu m'en crois, n'onlève jamais }tersonnc, à moins que ce ne soit la reine d'Espagne.

Que te dirai-je encore de nouveau? Mademoiselle 11... (tu t'en souviens) se marie. Mademoiselle deB... se marie. Mademoiselle T... s'est mariée, il y a un mois, et se meurt. A..., la nouvelle marquise, est plongée dans les douceurs de la lune de miel.

La tragédie de Judith de madame de Girardin a été jouée par Rachel. Je vais demain chez la même madame de G. entendre mademoiselle Hagn, la première tragédienne de l'Allemagne, dit-on, "déclamer, en allemand, devant la même Rachel. Je regretterai de ne pouvoir pas t'en rendre compte. Ce sera curieux, — personne n'y comprendra mot. — M. Ponsard, jeune auteur arrivé de province, a l'ait jouer à l'Odéon une tragédie de Lucrèce, très-belle, — malgré les acteurs. — C'est le /io« du jour ; on ne parle que de lui, et c'est justice. — Je me suis réconcilié avec Victor Hugo. Nous nous sommes rencontrés à déjeuner chez Guttinguer. — Madame Hugo m'a envoyé son album ; j y ai écrit un sonnet sur cette rencontre, qui m'avait réellement touché ; — il m'a répondu

•ÎTA iKi;V|{K> IMISTH L MKS.

mip leltiP Irès-liien. .V.ù lait aussi plusieurs soniipIn [tour niadanio M«''iussi(i , <|iii iircn a rcnvoy»' doux tivs-jolis. llcl/cl on osl |iiilo. — (ilionavard oontinuo à aller au Divan.

Adicn, mon olior ami, je te dis des niaiseries, à quatre ou cinq cents lieues de distance, connue si nous causions à souper. Amuse-toi, piule-toi hien : nous t'aimons tous.

Ton IVcre et ami,

Ai.r. M.

A M. A t. F li ED T A T I KT.

Mon cher Alfred, jiarmi les raisons qui m'ont empêché d'aller vous rejoindie se trouve celle-ci : que M. Bocage, directeur de l'Odéon, est venu me demander l'autorisation de faire siffler, à son théâtre, un petit proverhe de ma façon intitulé Un Caprice, ce à quoi j'ai accédé, après avoir pris l'avis des plus grands connaisseurs en matière de fiasco. Je ne I aurais pas doimé aux Français, c'eût été trop grave : mais à l'Odéon, cela m'amusera, sans danger pour ma <jloire, puisijue cette petite pièce a été imprimée, il y a six ou sept ans, et non destinée au théâtre. Ainsi je vais être présenté par Bocage en personne, père des .\ntony et touriei de Nesle, fort aimahle et hrave homme, i\\\ reste, qui V me! toute lohligeance possihie et qui mêlera

LETTRES. -27,t,

l'aire une petite décoration pour rétrérir sa salle. Il faut donc que je sois à Paris, quoique je ne m'en mêle pas du tout. J'es|)ère que vous y viendrez. C'est votre devoir d'y être ; vous aurez le droit de partager les j)ommes cuites jetées à votre ami. Ce sera, je crois, pour le mois de novembre. Les répétitions sont commencées, mais je n'en ai rien vu. Ma jeune première, mademoiselle Naptal, est venue me l'aire une visite avec son pa|)a. Elle est jolie ; c'est toujours lion si^ne.

Alf. m.

A SON F r. È R E , A A N C. K R S.

Mon cher ami, Je t'envoie, pour ma mère, une espèce de factum auquel je n'ai pas pu comprendre grand'chose. En outre, j'ai une requête à te faire : un bon garçon et fort honnête, nommé Piot, part pour Venise, et il ma demandé si je ne pourrais pas avoir de loi (pielqnes mots de recommandation. Il voudrait ses entrées aux bibliothèques et même aux archives ; mais sans aucun but politique, ni même littéraire. Il s'occupe de dessins, de gravures, et il espère trouver quelque chose là. J'espère que tu peux lui rendre service sans aneim inconv('mient. Il pari dans huit jouis, .le lui ai jtromis, non que je

■17H\ iF.lIVKES IMISTIII'MKS.

l'pussirais, mais que jo l'en |iarlorais. — Jo vions de passer deux heures à corrio^er tes épreuves, où il n'y avait que de très-légères fautes, qu'il fallait pourtant relever. — Donne pour moi une grande poignée de main à notre nouveau frère; embrasse ma mère ; dis à ma so'ur combien j'ai senti que je l'aimais en la voyant partir. Je lui écrirai.

Notre oncle m'a quitté pour aller à Melini. Je n'ai plus, en fait d'anges consolateurs, (|U0 la vieille Renote et le petit oiseau.

A toi.

Ai.F. M.

7 iuillot 18i<i.

xxvn

A M. AI-Flii: I) TATTKT.

Je vous remercie de votre lettre, mon cher ami. Il ne nous est rien arrivé, à mon frère ni à moi, que beaucoup de fatigue. A l'instant où je vous écris, je quitte mon uniforme que je n'ai guère ôté depuis l'insurrection. Je ne vous dirai rien des horreurs (pii se sont passées; c'est trop hideux.

Au milieu de ces aimables églogues, vous comprenez que le pauvre oncle Van-Buck est resté dans l'eau*. 11 avait pourtant réussi, et je puis dire

* // ne faut jurer de rien, comédie en trois acles représentée au Théâtre-Français le '22 juin 1848.

complètement, — sans exagération. C'était justement la veille de l'insurrection; j'avais encore trouvé une salle toute pleine et bien garnie de jolies femmes, de gens d'esprit ; un parterre excellent pour moi, de très-bons acteurs, enfin tout pour le mieux. J'ai eu ma soirée. Je l'ai prise, pour ainsi dire, au vol. Après la pièce, on a redemandé tous les acteurs et même l'auteur, qui, vous le pensez bien, n'a pas paru. — Le lendemain, l)onjour ! acteurs , directeur, auteur, souffleur, nous avions le fusil au poing, avec le canon pour orchestre, l'incendie pour éclairage et un parterre de vandales enragés. La garde mobile a été si admirablement intrépide que ce seul spectacle, heureusement, nous a donné encore de bons battements de cœur. C'étaient presque tous des enfants. Je nai jamais rien rêvé de pareil. — Mille amitiés respectueuses à madame Tattet. — Je vous écris à la hâte et vous serre la main de tout cœur.

Ai.F. M.

1" jiiillot IS'pS.

A S 0 N r li K H F .

Mon cher ami, Lu voilà une tuile désagréable! J'étais averti que l'Académie me donnait un prix, mais je ne

•2.3S (KUVItr.S l'OSTIII'MKS.

savais |)as on quels loniios. On viciil de me los dire et je les trouve blessants. Il y a vin^t ans que j'ônis ; j'en ai tout à riienrc trente-huit, cl on m'apprend que je sjiis un jeune homme qui méritf d'être encouragé à poursuivre sa carrière. Quand 1.1 critique me lait de ces compliments-là, je les mrprisc ; niais de la pari de rAcadémie, c'est |)lus grave. Il m'en conterail de paraître orgueilleux ou susceplihie, et ce|)cndant puis-je à mon âge me laisser traiter d'écolier 'MJue l'aire? j'ai besoin d'avoir ton avis là-dessus. Attends-moi ce soir, avant de te coucher, ou laisse la clef à ta porte. Il faut (|ue nous causions ensemble.

A toi. Alf. m.

JeuiH soir 17 .loùt I8i81.

Dans sa si''anrf du 17 août 18i8, l'Acadrinic t'nmraise drrernail à Alfred de Musset \o prix fondi- par M. de .Maillr Lati)iir-I..indry. I>'après les inlenlions du fondateur, ce prix annuel doit être donm' (( à un jeune écrivain ou artiste, dont le talent, déjà remarquable, paraiti'a mériter d'être enirourapré à poursuivre sa carrière dans les lettres ou les beaux- arts. » Voir à ce sujet, ilans le volume des Mélanges, la lettre qu'Alfred de Musset a écrite au National à la dat." du '21 aoùl 18i8.

\ \ I \ A M, AI. F r.EH TATTi; T.

.le voulais aller vous voir, mon cher ami, mais je suis retenu fous les jours par quelque raison

nouvelle. 11 semblerait que je n'ai plus rien à faire, c'est pourquoi je suis fort occupé. Je vous raconterai tout cela, car je ne puis vous envoyer tout un volume pour vous mettre au fait de trois balivernes. Dès que je le j)Ourrai, je \ous\e manderai., comme on disait

Je vous écris ce mot à la liàte, parce que je vois que, si j'attends que j'aie le temps, je ne vous répondrai jamais.

Alf. .m.

15 mars 184U.

A M ALFliED TAÏTET, A F0> T A INF BL E A l" .

Je suis bien sûr que vous ne voudrez pas p^" croire quand je vous dirai, mon cher Alfred, que j'avais résolu de vous aller voir. J'en atteste cependant deux témoins purs, sinon sans tache, ma malle ot M"'' Colin, l'une faisant l'autre. Demandezleur s'il n'est pas vrai qu'elles sont depuis huit jours dans l'attente, et que tous les matins on déballe une à une mes chemises. Pour toute réponse à votre lettre de reproches, je voulais me mettre moi-même à la poste; les dieux en ont ordonné autrement. D'abord, comme vous dites, on a joué mon proverbe*. En second lieu, on va le jouer

Un ne saurait penser à tout, n^piésenté poui la première lois dans les ^aloll^ du M. Plc\rl, lo jeudi 3 mai 18 W.

240 ŒUVItKS l'USTIIUMES.

encore. Je souhaite seulement que le Ijaplème lui sort aussi léj>cr (ino sa naissance a été bien venue. J'avais, chez IMeyel , ce (jn'on me fait l'ininicnse honneur d'appeler mon public. Vous savez qui je veux dire : tout ce monde charmant (ju'on dit envolé, était là tout comme l'an passé. Les petis becs roses sortaient des chapeaux et les menottes blanches des mitaines. Maintenant je vais avoir affaire, ces jours-ci, à sa majesté le suffrage universel, et ensuite à la clique des feuilletons. A vous dire vrai, je m'en moque un ])eu à cause de la matinée vraiment charmante pour moi (|uc j'ai eue rue I{ochechouart. Les preslolets auront beau faire, Icin's plâtras n'écraseront pas une feuille du petit bouquet qui m'a passé sous le nez. — J'espère d'ailleurs (pielque adoucissement.

Voilà, mon cher ami, pourquoi je suis resté. ,\v vais maintenant conduire ma mère à Angers. Si je |)eux m'échapper, j'irai vous dire bonjour, mais ne soyez j)as, et jamais, en colère contre votre meilleur ami.

Alf. m.

SamtHli 2(J mai 18W).

LETTRES. '.'il

A M. CHA lil'ENTlEl!.

Janvier 1800.

Je suis vraiment désolé, mon cher ami, de voir que, pour grossir de quelques pages notre volume, nous imprimions des choses qui ne valent rien, et que je n'ai même pas voulu publier à vingt ans dans u'on premier recueil. N'est-ce pas une faute bien réelle que nous faisons? N'est-ce pas nous faire tort bénévolement? n'y a-t il donc pas moyen de composer un volume plus petit, et convenable? ne le vendrait-on pas, fut-ce un peu moins cher? Quant à moi, j'ai beau faire, je ne peux pas corriger ces derniers moments de François P\ Il y a dixneuf ans que c'est au rancart. — Faites un effort, au nom du ciel ; laissez-moi ne donner au public que ce dont je puis être content. Vous me soulagerez d'un vrai fardeau.

A vous.

Alf. de Musset.

Un pourrait poiisfr d'après celle lettre que nous avions voulu exercer une sorte de pression snr Alfred de Musset pour réimprimer des vers qu'il avait condamm's; on se tromperait fort. INons lui en avions seulement fait la proi)osition par suite des demandes qui nous en avaient été adressées, et loin d'insister nous applaudîmes à sa résolution. Ch.

542 tKUVUKs iMJSTIILMKs

XWil.

A M. VEUON.

Mon cher Véron, .If viens d'être malade, et je le suis encoie, ce (|ui m'a empêclié d'aller vous voir. J'ai lu Cunnnsine^ et j'ai été parfaitement content de la manière dont la pièce a été coupée et imprimée. Ce soir seulement, j'y trouve une seule faute, et le malheur veut qu'elle soit dans les vers. C'est à cette strophe: « Depuis le jour où, » etc. H y a :

Fût-ce un instant, je n'ai i)as eu le cœur De lui montrer ma craintive pensée, Dont je me sens à tel point op})ressée, Mourant ainsi, que la mort me l'ait peur.

Il est bien clair que ces deux mots, mourant ahisi, sont une parenthèse, et que le sens doit se suivre ainsi : à tel point oppressée que la mort, etc.

Mourant ainsi est mis bien évidemment pour eti mourant ainsi, — chose fort ordinaire et permise en vers. Or, au lieu de cela, je trouve imprimé :

Dont je me sens à tel [toiiit oppressée. Avec un point ; et puis :

Mourant ainsi, que la mort me l'ait peur! Avec un point d'exclamation.

Non-seulement cela change les deux vers : mais, en arrêtant le sens après à tel pohit oppressée^ cela fait une faute de français, car on ne dit pas à tel point, sans ajouter que.

Je ne saurais vous dire combien cela me désespère. Je ne voulais pas vous en parler, attendu que j'aurais l'air liien mal venu d'avoir le courage de me plaindre après le soin que vous avez bien voulu prendre. Si une faute se trouvait partout ailleurs, je ne dirais certes pas un mot ; mais que cela tombe précisément sur ces vers, quand tout le reste est à merveille , voilà ce qui me fait une peine affreuse. Ya-t-il un moyen quelconque de revenir sur cette faute, soit par un erratum, soit en réimprimant les vers à part ?

Soyez assez bon pour me répondre un mot, je vous en supplie. J'ai dans ce moment la tête d'un malade. J'espère, en tous cas, que vous ne m'en voudrez pas d'un vrai désespoir dont l'expression est involontaire. J'espère surtout que vous ne me croyez pas trop peu reconnaissant de la peine (jue vous avez prise.

Mille amitiés.

Al.F. DF MiSSET.

l.iin<ti 4 nnwmhre 18.-|0 ,

'241 (ElIVRES POSTHUMES

XXXHI

A SON FRftiîF.

Mon cher ami, La comtesse Kalerf^is m'rcrit une lettre de compliments sur Cormnsine. Elle a bien de la bonté. Il ne tenait qu'à elle de me dire que les vers étaient incomprélicnsibles. ruis(|ue tii vas dîner chez elle aujourd'bui, fais-moi le plaisir de lui expliquer les deux vers estropiés. Cette faute m'a donné bien du souci. Je n'aurais jamais cru qu'un point à la place d'une virgule put empcclur un homme raisonnable de dormir pendant trois nuits. H est bien fàciieux pour moi que nous ne demeurions plus ensemble. Cela ne serait pas arrivé au quai Voltaire, quand je t'avais sous la main. Mon oncle se moque de mon chagrin et prétend (pie personne ne s'apercevra de la bévue. S'il disait vrai, je conviens que je serais bien bête de me désoler ; mais je serais encore plus béte d'écrire.

Tout à toi.

Ai.F. M.

Wndrodi 8 ii()Vi'riil)r(' 1850).

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