A MADAME LA DUCHESSE DE LA FERTÉ
Étrennes.
^T^i^^r liez , nymphe de la Seiue ,
•^^^^M I^oïit les eaux ont à Paris
Wf&^>^^\ ^^ ^'^^^ S'^^* *1^ l'Hippocrène :
^^ife^ Allez trouver la marraine
Du quinzième des Louis ,
Et lui portez pour étreune
Petits vers épanouis
Qui coulent d'heureuse veine,
Bien tournés, bien réjoiiis,
Tels qu'en eût fait La Fontaine;
Car ces longs à perdre haleine,
Comme froids sermons trop ouïs,
Dans la maigre quarantaine
Lui donneroient la migraine.
Evitez la pompe vaine
Dont les sots sont éblouis;
C'est onguent miton mitaine
Et l'on bat moins de pays
Sur les monts que dans la plaine.
Vous lui direz que ^Amo^lr,
De l'air dont elle l'habille,
Paroît plus beau que le jour;
Qu'il plaît, qu'il charme et qu'il brille :
Que le voile industrieux
Dont elle orne sa figure.
Le rend agréable aux yeux
De la vertu la plus pure ;
t44 Épitres.
Que par ses soins parvenu A n'être plus redoutable.
On le trouve plus aimable Qu'alors qu'il alloit tout nu.
Mais que les Grâces se plaignent De leur sort infortuné; Qu'elles tremblent; qu'elles craignent Que les lampes ne s'éteignent Dans leur Temple abandonné :
Que de leur nom on se lasse.
Et que le monde enchanté Ne connoit plus d'autre grâce Que l'illustre La Ferté.
D'ailleurs, la muse est outrée Qu'on ne trouve plus d'esprit Soit comptant, soit à crédit, Et se plaint tout éplorée Au palais de Cji.hérée Et pays circonvoisin, Qu'une duchesse admirée En a fait un magasin Qui renchérit la denrée.
Que l'on craint, pour tant de torts, Et dont la suite inquiète, Qu'un jour Vénus ne décrète Contre elle prise de corps.
Si ce coup, qui la regarde.
Ne se peut pas éviter, Heureu.x l'exempt de la garde Commis pour l'exécuter !
Mais trêves de fariboles :
Grands seigneurs, courtes paroles.
Vrai, quoi que vieux quolihet ;
Epargnez sa patience.
S'il se trouve qu'elle en ait,
Et faites la révérence ;
Votre compliment est fait.
146 Épitres.